KT Gorique, Monk.E et la famille EOW

Né sur un coup de cœur, ne détestant pas les coups de pique mais sachant se tenir à carreau (le trèfle vous change parfois une caisse claire en caisse enregistreuse), ce blog a aujourd’hui cinq mois. Un âge où l’on a encore le droit de balbutier, ce qui nous arrange bien dans notre credo de ne pas varier d’un iota sa raison d’être.
Grosso modo : hip hop à tous les étages, du moment qu’on se baigne ailleurs que dans le mainstream. Grossissimo modo : la culture des block parties à l’ancienne, plutôt que la sculpture des parties anciennement charnues…

Et lorsque l’élément moteur est le plaisir de la découverte, son carburant est facile à trouver. Prenez Monk.E, par exemple –vous êtes sûrs, on vous en a déjà parlé !?!
Bon, maintenant lâchez-le, et plus vite que ça. Réduisez la focale, ou élargissez le champ, c’est comme vous voulez puisque que ça revient au même. Vous voyez le nombre de connexions possibles dans le cadre ?

 

A la 50ème seconde apparaît la future primée de cette édition 2012 d’End Of the Weak à New-York, mais vous êtes vivement invités à aller jusqu’à 1:23:05, bande de flemmards ! Parce que le sextette de lévriers qu’elle a ramassés dans la ligne droite, c’est pas du menu fretin croyez-nous…

Faisons tout de suite un sort à un stéréotype langagier des plus navrants. KT Gorique n’est pas un petit bout de femme, KT Gorique est une grande dame. Championne du monde à 21 ans, représentant la Suisse dans le berceau même du rap pour sa première participation !

Si l’on osait (t’inquiète, on va oser), on évoquerait la précocité de Queen Latifah, ou mieux, MC Lyte. Sans oublier Diam’s et son prometteur « Premier mandat » de 1999. Si l’on osait toujours plus (te bile pas, on est des oufs), on dirait qu’il est bien moins aisé de décrocher la couronne mondiale EOW à l’extérieur que de réussir son premier album à domicile.
N’est pas la Mannschaft qui veut –aux dernières nouvelles, elle ne serait pas constituée de petits bouts d’hommes, n’est-ce pas wunderbar ?
N’est pas non plus le Barça qui veut, admirez la transition

 

Et comme KT Gorique n’en est plus à un défi près, écoutez-la dans l’exercice périlleux d’un premier titre en anglais, mis en ligne le jour de ses 23 ans. La famille, on vous dit !

 

Monk.E, le freestyle dans la tripe

Suite à la nouvelle victoire de Monk.E aux qualifs d’End Of the Weak, une petite polémique est née, concernant sa légitimité à représenter régulièrement depuis 2012 le Canada.

Attention ! on parle là d’un artiste trop respecté pour que le débat dégénère, et non d’une sanglante « matière à beef ». D’ailleurs, pour le moment, il n’est que finaliste, et sa mise au point (à lire sur sa page Facebook) a le mérite de le souligner.

Quant à notre propos en l’occurrence, il sera simple, sinon simpliste… Pourquoi Monk.E reste-t-il au sommet, bon an mal an ?

L’essentiel de la réponse tient ici, dans le règlement de la compétition, où aucune petite clause en corps 8 n’interdit au champion national de défendre son titre.
Chacune des 5 épreuves, chacun des 5 critères principaux de notation, offre une garantie de crédibilité à conseiller volontiers au petit monde de… heu, au hasard… du patinage artistique, tiens pourquoi pas ! De même que l’intégrité des organisateurs et des jurys d’EOW, soit dit en passant.

Alors, allons-y pour nos 5 bonnes raisons de voir Monk.E dans la peau du champion du monde EOW 2014…

– parce que sa capacité à se renouveler est immense, et qu’il n’y a jamais de redondance dans ses performances (ndlr : contrairement aux pauvres rimes en « ance » du blogueur honteux et confus, qui ne l’a pas fait exprès) ;

– parce que la passion l’anime en permanence (damned, encore une !), et que la lassitude l’épargnera encore lorsqu’il sera un ambassadeur octogénaire ;

– parce que son inspiration se nourrit de tout, et que la polyvalence est un atout maître dans ce type de confrontation ;

– parce que c’est un manieur de mots émérite, toujours dans le bon tempo car attentif au contexte ;

– enfin, last but not least, parce qu’il s’est bonifié dans le creuset de collectifs aussi divers que K6A, Amérythmes ou les trop méconnus KalmUnity, et qu’un total épanouissement artistique en est la conséquence logique.

Que Monk.E fasse ou non le voyage en Ouganda (*), il sera un vainqueur, tout comme Mef, Helmé et Clay, les autres participants de cette avant-dernière étape québécoise, et tant d’autres avant et après eux.

Car c’est aussi cela , la « Fin des Faibles » : une fête collective du pur mceing, traditionnellement conclue par un cypha skills de feu…

 

 

(*) big up à Cheeko (membre de Phases Cachées), qui y représentera la France en octobre. Avant d’en arriver là, il lui a fallu se frotter à quelques pointures…

 

« Hikuri », le clip : incandescent !

Agréablement hypnotique, obsédant jusqu’à la transe, à l’instar du rituel éponyme -à ne pas forcément conseiller à tous les esprits curieux- dansant à l’extrême et profondément humaniste, « Hikuri » fait depuis peu l’objet du troisième clip d’un album marquant de 2014.

 

La bibliothèque Couronnes dispose d’une version de ce titre filmée le 24 mai. Elle est de nature à envoyer dans les cordes quelques ergoteurs plus soucieux de technique d’enregistrement que de la puissance du morceau.

La présentation empreinte de chaleur et d’humour, et cette aisance dans l’impro que l’on connaît bien désormais, y donnaient lieu à une véritable re-création du thème pour la circonstance. Si l’épithète monkien n’était pas déjà accolé à un géant, on en userait et abuserait à satiété.

Hélas… car il y a un hélas, qu’on ose à peine confesser… le cadeau, ce soir-là, de Monk.E à son trop maigre (mais affûté) public pâtit d’un indéniable défaut visuel. A savoir, la présence intempestive dans le champ (de peyotl) de deux dos emportés par la vibe, au point d’occulter longuement la scène… :

 

Bon, faute avouée… bla, bla, bla, etc.

Quoi qu’il en soit, une heure et demie de concert de cette qualité permet la mise en ligne prochaine d’une vidéo dûment expurgée. Comportant, à défaut de l’image « incriminée », l’un des plus beaux sons d’Initiatique, dont le cinéaste Benjamin Ramaugé a saisi toute l’essence. Jusqu’au sympathique dernier plan du clip…

Hikuri, de Monk.E et Smilé Smahh, Montréal : une subtile fragrance cactacée, inoubliable !