End Of the Weak, mouvement perpétuel

« Le  Livre s’ouvre sur une plage blanche / Une page grande / Un coucher de soleil orange / Au paysage immense / […] / Retour à un souffle véritable » (Immuable en mouvement, on Destin et Beyond, Monk.E & KenLo)

A l’entame de l’un des plus beaux textes de Monk.E, ces simples lignes ont une portée universaliste qui étreint le coeur du moins mystique d’entre nous. Sans pour autant en neutraliser la nuque… Elles s’appliquent à toute entreprise faisant table rase de la banalité, quand elle devient la norme.

Faut-il le rappeler, End of the Weak signifie la fin des faibles. Rien de péjoratif dans cette « A.O.C. ». Elle ne promet pas la Géhenne aux timorés, mais exhorte au dépassement de soi-même.

Par exemple, parti de là…

10470154_10152387210256728_6386182010041631193_o   tu peux te rendre là…   13954_10152658461800772_8095664007732848832_n

… en rivalisant, et convergeant tout à la fois, avec un échantillon de challengers tels que ceux-ci, ou celui-là qui leur a succédé au palmarès du chapitre français :

 

Avant, on se contentait de « suivre l’affaire »…. mais ça c’était avant. Maintenant, on sait qu’elle symbolise le futur du hip hop !

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Monk.E, septembre de folie

!! interlude !!

cabaretUW

une légende

+

le fils d’une légende

+

une légende en marche… devinez qui !!

(on vous donne 3 indices)

  

The Lighthouse (détail) – Monk.E @House of PainT, Ottawa

 

!! hip hop will never die !!

Brazivilain:7-1, signé Toast Dawg

Avant de croiser la route de Monk.E, on avait perdu le contact avec le hip hop québécois depuis… pfff… allez, on ose : 2003 !!

Un grand millésime là-bas. Dont nous recommandons l’écoute intensive (et éventuellement l’achat) de cette bombe-ci, cette bombe-là, et cette bombe-H pour faire bonne mesure.

Et encore, juste parce qu’un podium olympique n’a que trois marches. A partir de là, le rouge nous monte au front…

Une chose est frappante, dans ce qui se passait à notre insu, en cet outre-Atlantique Nord en pleine ébullition (faut l’faire !) : la manière dont on retombe toujours dans les pas de ceux qui ont compté au travers de cette décennie. Dans le même temps, un paquet de nos figures de proue hexagonales buvaient la tasse sans même s’en apercevoir ! Bien aidés en cela par une presse spécialisée en totale perdition.

Meanwhile in Canada…

La maturation artistique, dans la diversification. Une sorte de parcours en poupées-gigogne, où chaque projet d’envergure qui se monte contient au moins un pilier d’un précédent.

Atach Tatuq en est l’illustration parfaite. Né des cendres de Traumaturges, le temps de commettre deux albums d’anthologie (« Deluxxx » succédant en 2005 à « La guerre des Tuqs »), puis de splitter en deux entités distinctes dont Payz Play. Ce qui nous amène au monsieur dont nous voulons parler aujourd’hui.

Plus qu’un crime, ne pas évoquer sur ce blog Toast Dawg, metteur en sons des trois groupes pré-cités sous le nom de DJ Naes, serait une grave omission.

Notons que le DJ a sur le MC un indéniable avantage, qui ne vous échappe certainement pas bande de p’tits futés ! Quoi qu’il fasse, les garants empressés de la bonne moralité du rap ne viennent jamais apposer, de leurs gros sabots boueux, la mention certifié conscient sur ses instrus.

D’où, entre autres raisons très subjectives et complètement assumées, une indéniable longévité chez les plus doués de l’espèce. « Survival of the fittest », en quelque sorte… Pour autant, on ne connaît guère de rappeur(s) ayant fait carrière sans beats dignes de ce nom en guise de socle.

Un « vet » très demandé

En 18 ans de bons et loyaux services, Toast Dawg a déjà servi le caviar à la louche à nombre d’entre eux. Et son dernier effort en date nous apparaît à la fois comme l’une des belles créations de 2014, et une preuve de plus de sa disponibilité très recherchée. En deux épisodes très groupés dans le temps, ce qui ne gâte rien.

 

L’occasion de constater dès la « First impression » qu’il se maintient sans forcer (mains aux cocottes, dirons-nous) dans le peloton des prétendants au maillot jaune Piu Piu. Trophée virtuel sacrément disputé, avec l’avènement des Kaytranada, High Klassified (Alaiz) ou encore Vnce (Dead Obies) ; et la santé florissante des plus expérimentés KenLo, Smilé, SevDee (K6A en force) et vLooper (Alaclair Ensemble). Excusez du peu !

Détricoter ainsi les rythmiques tribales de la batucada, ou jazzy de la bossa, pour les intégrer à celles d’un hip hop lui-même sérieusement déstructuré, cela nous rappelle Amon Tobin à son meilleur. C’est-à-dire un Carioca de naissance et Montréalais de cœur, ce qui n’est pas anodin…

Par ailleurs Toast Dawg a gardé l’art et la manière de transformer un essai réussi. Les sept sons de derrière les fagots de « Brazivilain » (six si l’on ne compte pas le teaser final), dignes de la série des « Special herbs » de MF Doom, pourraient constituer à eux seuls l’objet sur lequel le fan de base va se ruer, la bave aux lèvres et les yeux fous. Sauf qu’il n’est pas en magasin, abruti !

Ni son successeur, où le Christ du Corcovado de l’artwork sort de sa nuit brumeuse pour adopter les tons jaune, vert et bleu nationaux. Presque aussi abstract que la Seleçao le 8 juillet suivant… prémonitoire ?

 

Quoi qu’il en soit, « Brazivilain : revisited » est une véritable offrande, payée de retour. Lancé sur des bases foudroyantes par l’instru  » Transamazonienne Express », relayée par une tierce à l’atout comme on en voit peu (successivement Monk.E, Koriass et Eman), le rythme de la partie ne faiblit qu’à peine sur les covers suivantes.

Loud & Lary privés d’Ajust en toute logique, se montrent très convaincants sur « Belem », pièce de choix de l’opus 1 ; Jam avec ou sans Pdox pourrait se permettre de flemmarder en permanence tellement on l’aime ; et l’alliance anglo-franco EgyptoWahli de « Wildin’ on the Island » (originellement « Six weeks vacation ») se glisse avec volupté dans un écrin douillettement préparé pour elle –Meryem Saci aux chœurs, rhâââ lovely…

On craignait de trouver plus anecdotiques les remixes de la deuxième partie. Le fameux écueil des toujours possibles redondances… Il n’en est rien. Les trois morceaux retravaillés ici sont plutôt l’occasion de faire connaissance avec quelques autres beatmakers riches de promesses, GrandBuda et Ben Orsound notamment. Que du beau monde, tout ça…

En résumé, six petits bijoux, dix-huit carats. Une nouvelle forme de la synergie à la québécoise.

Signée Toast Dawg !

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Eman x vLooper : un autre missile du rap québ

De Rap en Graff… c’est écrit sur l’emballage.

So what, quid du graff ? se demande à juste titre notre fidèle et latiniste follower de Limeil-Brévannes, dans le 9.4 (c’est pas vrai, on fait semblant, comme dans le courrier des lecteurs de la presse de gare).

Il est bien là, en filigrane. Avoir pris pour fil conducteur Monk.E est une idée presque aussi riche que le rap québ lui-même. Vu que le gaillard est armé en permanence de ses cans les plus créatives (check this out), on garde forcément le street art en ligne de mire.

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Crocodeals bas-canadiens, par Monk.E & Axe Lalime !?! Ode à Ogden ?

Lequel ne se goûte jamais mieux qu’in situ, est-il utile de le préciser…

Dans le même ordre d’idée, rien de tel qu’un bon freestyle pour montrer ce qu’un rappeur a « dans le moteur ». L’émission Ghetto Erudit s’en est fait depuis 2006 le temple sacré montréalais. On conseille volontiers aux curieux d’y faire un tour à l’occasion.

 

Récemment s’y produisaient Eman et vLooper (prononcez Vee Looper). C’est exact, on vous les a déjà présentés… bien vu, cher et néanmoins fictif Brévannais, du 9.4 ! Mais on ne faisait alors qu’annoncer leur premier LP. Qui entre temps est paru, et actuellement sur sa rampe de lancement.

L’expression n’est pas fortuite, tant « XXL » est bien le missile attendu. Et comme « Initiatique », le dernier opus de Monk.E (dont votre serviteur assume benoîtement la 87ème écoute), il brûle 40 minutes durant. Soit la durée des grands albums de l’histoire du hip hop.

Cqfd… ben tiens, on est là pour ça !

L’album rap québ de l’année? Oui, si…

Tout d’abord, que « Mantra » entame les (d)ébats est un excellent point (en passing shot de revers). Parce qu’il FAUT abuser des bonnes choses, et que celle-là est parfaitement apéritive ! Le clip réalisé par Les Gamins Production y distille d’ailleurs une telle addictivité qu’il n’est pas inutile de se recentrer sur le texte et l’instru.

Et là, aucune place au doute, c’est le morceau idéal pour une première approche de ce duo plus robuste que sa discographie commune. En dehors d’Alaclair, tout du moins.

Petite digression (on ne se refait pas). Ils ont pris le parti d’une distribution plus marketée qu’à l’habitude, qu’il s’agisse d’eux-mêmes ou de leur entourage immédiat. Démarche qu’Eman résumait limpidement au micro de Ghetto Erudit : il y a un peu d’argent à prendre dans le rap québ, pourquoi se gêner ?

Réfléchissons un instant, chers amis, à ceux qui en prennent cent fois plus avec cent fois moins de talent, ici et là, et même ailleurs. Top chrono, fin de la « réflexion »…

Gros avantage pour nous, discothécaires de Paname et néanmoins fans : on les aura ! Heu… dans nos bacs, voulons-nous dire. Monk.E ne peut pas faire tous les mois le trajet, les bras chargés de cadeaux. En attendant, retour à XXL, dûment acheté et impatiemment téléchargé par le précieux truchement de Bandcamp.

Au deuxième titre, le coup de foudre se profile. Même avec une prod électro qui chatouille nos tympans sur le mode où-ai-je-entendu-ça, « Tirer des moves » pose vLooper en vrai maestro du son, alliant puissance et subtilité à doses milligrammées, où les références revendiquées à feu J Dilla ne sont jamais très loin.

Quant à Eman, nul besoin de verses à rallonge pour asseoir son flow protéiforme. Plutôt fluide quand il se cale à l’attaque sur celui d’un invité certifié rub-a-dub (« Tout’ nou » avec Papa T) ; capable d’accélérer brusquement sur un beat pourtant downtempo (« Dookie ») ; revenant à des considérations plus old school et syncopées (« Les pauvres ») ; gardant résolument son style éraillé tout en se fondant dans le joli filet soul de MoDlee (« Back to me »).

Conquis par cet éclectisme, on n’a plus qu’à se refaire le finement irrévérencieux « Publi-sac », découvert en exclu chez Ghetto Erudit. Le type de friandise qui gagne en saveur à chaque écoute, pour tout francophone pointilleux (attention, terrain glissant 😉

Poursuivre « Sans les mains » mais avec Neto Yuth, toaster sur coulis de piu-piu du genre goûtu, et MoDlee concluant en diva trip-hopisante du meilleur cru.

Deux délicieuses incongruités plus tard, on voit d’un troisième œil velouté « Nat King Cole », et l’évanescente Ariane Moffatt monte dans notre estime pour son saut « Dans le vide » en clair-obscur, special guest écartelée entre les douces nappes de vLooper et le timbre rugueux d’Eman.

A vrai dire, tout cela est un peu mad, pardonnez-nous cette facilité. Yes Eman, yes vLooper, we’re « M.A.D. » at you… Et si XXL n’est pas notre disque de l’année, c’est qu’il ne contient que onze pépites, là où celui de Monk.E en alignait douze de facture tout aussi variée.

C’est vraiment là que réside la qualité du rap québ, tous genres confondus. Dans sa versatilité…

XXLcouv