Webster, samouraï sous l’arbre à palabre

 

Vous avez remarqué, combien les vétérans québécois se portent bien ?

Dramatik, Sans Pression, Obia le Chef, Osti One, Toast Dawg… et bien d’autres encore. Dont Webster, dit « Le Web ». 
Reconnaissons-le, par contraste nos allusions au rap de l’Hexagone sont parfois teintées d’amertume (c’est joli ça ! teinté d’amertume… pas cliché du tout).

Peut-être qu’on a mal vieilli. Mais on se soigne. Nous aussi avons nos anciens, et pour eux le respect qu’ils méritent souvent.

Ceux que l’on n’arrive pas à imaginer s’arrêtant un jour. Ceux qui ont fait le combat de trop. Ceux qui se sont tournés vers autre chose, et laisseront leur trace indélébile… Et puis ceux dont on ne parle plus tellement, malgré tout figures tutélaires toujours présentes. Si l’on ne devait en citer qu’un, ce serait Ahmed Koma, un grand bonhomme, dont on attend impatiemment le nouvel album.

 

Le rap canadien semble avoir mieux résisté à l’épreuve du temps.
Reprenons à l’année 2003. Celle où les zanciens situent la baisse de régime déjà évoquée précédemment. Et où les pluzanciens se résignaient à un retour au bercail navré vers le… hem… rock (t’as vu, on l’a pas écrit fort, hein ?).

L’empreinte de Limoilou

En ces temps reculés paraissait au Québec « Mindbender », le premier solo de Webster. Formule assez originale en termes de packaging, le projet présentant simultanément une autre galette signée Shoddy, collègue MC au sein du collectif Limoilou Starz monté quelques années auparavant.

Ouvrons une prudente parenthèse : il nous semble qu’il est plus difficile de faire du rap à Québec qu’à Montréal. Si on se trompe vous nous le dites, mais ne tapez pas sur la tête svp !

En partie parce qu’il vit dans la première nommée, ville conservatrice à l’instar de bien d’autres terres d’immigration européenne, Webster a développé une aptitude au storytelling à dimension historique.

C’est après être repassé en 2006 par la case Limoilou Starz, devenue une véritable confédération anglo-franco ayant doublé de volume depuis ses débuts, qu’il a affiné ce don.

Outre sa splendide pochette façon Ghost dog, son deuxième effort en samouraï solitaire est un parfait exemple de cohérence artistique, réalisant une sorte de transition à double titre. De par son utilisation exclusive du français, bien sûr ; mais aussi et surtout, l’affirmation par le verbe d’une philosophie de vie, imprégnée de ses racines. Les sénégalaises, mais aussi celles qui l’attachent à son quartier.

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Le moine zen dont la lecture engendra « Sagesse immobile » en 2007, ou l’ordre de la Hashishin et son inspirateur Hassan-i-Sabah, qui sous-tendent la totalité de l’album « Le vieux d’la montagne » (2010), apparaissent au premier abord très éloignés, tant géographiquement que chronologiquement.
En rester là serait superficiel. Aly Ndiaye ne fait pas dans l’épate. Si son érudition impressionne, ce n’est pas le but recherché.

 

Dans l’exposé de son cheminement personnel, il inclut sans réserve sa bande de potes, passés de l’assemblage hétéroclite des énergies adolescentes à une organisation tirant le meilleur de chacun de ses éléments. Comme peut le faire Limoilou, secteur trop dénigré de la capitale. Et comme le fit, aux 11ème et 12ème siècles, certaine communauté de philosophes, assassins et consommateurs de hashish (pouahh !).

Ce parallèle entre souffle de l’Histoire et évolution individuelle, le hip hop a souvent su le traduire. Insight ou Akhenaton, Medine ou Immortal Technique, La Rumeur ou Dead Prez… la liste serait longue. Les uns comme les autres, ils nous instruisent mieux que les manuels de nos scolarités formatées, le plaisir auditif en prime.

Mmmmh… et donc? que faisiez-vous dans la nuit de 2003 à 2013?
Nous avons déjà plaidé coupable sur ce chef d’accusation, Votre Honneur. De fait, nous attendions sans le savoir « A l’ombre des feuilles ». Et vu qu’on n’a pas l’intention de vous mâcher le travail, vous allez le télécharger vous-même…
De « L’art des calligraphes » au « Dernier mot », en passant par « Main de maître » et « Reste vaillant » (feat. Souldia), c’est une merveille de circonstance atténuante !

 

 

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