Interlude : le souffle frais venu de « Brooklyn »

« Quand j’écoute du rap aujourd’hui ça m’rappelle que l’orchestre du Titanic a continué de jouer pendant qu’il coulait… »

Diantre ! ce blog chercherait-il à se saborder ? Ou : de l’art de perdre 500 amis en un post… Que nenni, damoiselles et damoiseaux !
Celui qui s’exprime ainsi est Ahmed Koma, vétéran véner et vénéré de la Scred Connexion, qu’on n’a plus besoin de présenter ici.
Dans un JT national, on dirait d’un ton pénétré : ce constat est alarmant, David. Sur le blog d’une équipe dont un membre est une variété de b-boy antédiluvien, on préfère interpeller sur le mode : « dis donc Ahmed, tu devrais avoir honte de désespérer ainsi les darons ! »…

N’empêche que « le fiston » soulève un lièvre de taille.
Si la punchline est lapidaire, et éparpille façon Raoul Volfoni, sa formulation sans concession reste à méditer –attention, on refait du JT, là…

Koma ne pardonne pas qu’un certain rap se soit aligné sur un modèle de société tellement rance qu’il devrait être sa cible de prédilection. Comment ne pas abonder dans son sens? Mais il est encore capable d’enthousiasme.
Comme nous.

Une bonne claque aux clichés

En voyant –en vivant– « Brooklyn : le film » mercredi soir, à l’occasion de son ultime avant-première francilienne, on s’est dit pas mal de choses. Dont celle-ci, en définitive plus revigorante qu’accablante : le rap français demeurerait sacrément tonique s’il ne s’était pas, à un moment donné, retiré dans sa tour d’ivoire. Laissant libre cours, par exemple, à une vision fantasmée de cette banlieue où ses peintres du dimanche n’ont parfois jamais mis les pieds.
Sincèrement, on éprouve quelques réserves à pointer du doigt (ou de n’importe quel autre organe accusateur) telle ou telle dérive. Nous l’avons tous ici laissée nous emporter, à défaut de l’encourager sciemment. Presque tous. Pas Koma.

Ni le réalisateur Pascal Tessaud dont le credo, débordant de très loin du cadre de la simple compétence cinématographique, embrasse une dimension sociologique sans pédanterie que pourraient avantageusement assimiler nombre de ses confrères mieux « établis » –hopopop, ça par contre c’est pas de la punchline, mille excuses à l’intéressé !
Pascal c’est un guerrier, nous a assurés un de ses proches lors du débat qui a suivi la projection. Voilà qui est mieux, et on le croit volontiers.

 

Et parce que notre truc c’est plus le hip-hop que le cinoche –de l’art de perdre 500 amis de plus à la moitié du billet !– on laisse à d’autres le soin de parler du film. Superbement, et souvent poétiquement, ce qui est à la fois symptomatique et exaltant… et si après tout, ce 21ème siècle adolescent avait encore une chance d’aspirer non seulement à la spiritualité mais, plus optimiste encore, à la solidarité ?
Intègre et intransigeant, le personnage de Yazid (Jalil Naciri, l’un des trois comédiens professionnels du casting) nous correspond. A tous. Il suffit de se départir du faux cynisme dont Issa (Rafal Uchiwa, impeccable) croit se faire une armure… celui-ci est le perdant de l’histoire, moins parce qu’il en est le salaud que parce qu’il a abdiqué ses propres valeurs.

Honnête et candide à la fois, une intervenante (dans la salle) regrettait de ne pas avoir le fin mot de l’affaire. On n’en a pas plus le début mot. Combien de fois l’avons-nous réellement, dans la vraie vie ? Pourquoi n’y aurait-il pas un vrai cinéma, pour la décrire et l’aimer telle quelle ?

Le rap tel qu’il se vit

Pascal Tessaud est de Saint-Denis, haut lieu historique de ce-que-vous-savez… et de la royauté française. Celle des Mérovingiens en particulier, occasion d’un hilarant raccourci entre Dagobert et NTM. Fallait quand même la placer, celle-là, dans la bouche de la jeune Suisse débarquée à l’improviste pour une vexation de trop…

A croquer, s’imagine-t-on. Par ces matois matous qu’elle émeut, puis fascine à sa manière sans fioritures, en sortant des griffes qu’elle a acérées. On en sent presque physiquement la marque cuisante au cours d’un génial « freestyle », sur le tempo d’une tâche ménagère aussi répétitive que soudain cathartique.

Coralie, alias Brooklyn quand elle rappe, c’est Kt Gorique. Sous une apparence frêle à chavirer les moins honorables instincts protecteurs, on lui devine une facilité à mettre aux trop sûrs d’eux dans la réalité, les mêmes « râteaux » que dans la fiction.

Le vrai hip-hop, c’est aussi celui d’Ursa Major, les inséparables 2Spee Gonzales , Babali Show et Dino Killabizz, ou alors on a rien compris ! Plus fort que le légendaire Percee P écoulant ses cassettes à la sortie des salles du Bronx, ils faisaient encore leur auto-promo dans les rames de métro de la ligne 13 il n’y a pas si longtemps. Et sont prêts à y retourner…

 

A propos, on ne devait pas trop parler du scénario, et finalement qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?

Explication toute bête : pour la première fois, on a vu un film français sur le rap qui respire le rap. Parce que tant ses interprètes que son auteur le vivent. Au quotidien, sans pathos, sans mégalomanie, avec les hauts et les bas que connaît toute passion.
A votre tour ! Et prenez donc le temps de faire connaissance avec toute l’équipe de « Brooklyn », ici.

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