Happy new EOW 2015 !!

Z’avez vu? Le bandeau, là-haut?

Cette fois c’est conclu, notez bien la date. Ce qui nous ravit, outre la joie d’accueillir la si pertinemment surnommée « Couteau Suisse », c’est de maintenir à notre manière un état d’esprit. Une sorte d’emprunt du souffle EOW, si vous voulez… Mais non, pas hhheeoowww ! ça c’est la bise de nord-est, et elle n’est pas très chaleureuse en ce moment.

On reprend : E-O-Dub ! E-O-Dub !!… voilà qui est mieux.

L’année 2014 était celle des 10 ans d’End Of the Weak France.

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coucou mes p’tits lapins! (comme dirait Cheeko, champion de France 2014)

On ne saurait décemment la boucler (quelqu’un a dit si, là ?) sans revenir sur cet anniversaire. D’autant que dix jours avant son terme, la fête parisienne du Petit Bain a été tout simplement somptueuse ! Les présents ce soir-là en attendent impatiemment des images professionnellement léchées.

Voyez déjà ci-dessous à quoi peut ressembler la prestation haut de gamme d’un « All Star » constellé de diamants. Soit bruts, comme Kt Gorique alors détentrice de la couronne mondiale à 22 ans ; soit déjà sertis à sa naissance     -ou peu s’en faut- dans le pavé de Boulogne-Billancourt, tels Kohndo et Dany Dan (respectivement de La Cliqua et des Sages Po’, ad vitam aeternam)…

 

 

Un peu d’histoire (-géo)

Bien, préservons-nous de tout parisianisme à la graisse de hérisson. La compétition a intelligemment essaimé, et depuis longtemps. Les challenges régionaux ont eux aussi quelques soirées mémorables à offrir à qui voudrait se plonger dans le Grand Bain de la communauté EOW… une Internationale du freestyle dont il n’existe pas d’équivalent.

USA, Royaume-Uni, France, Suisse, Allemagne : tous ces pays à forte implantation « rapologique » ont déjà vu leur représentant proclamé champion du monde End Of the Weak.

A commencer (soyons chauvins) par Artik à Saragosse en 2006, pour la première édition sous sa forme actuelle. Imité l’année dernière à Londres par RES, désormais Res Turner et (nous semble-t-il) presque jalousé.

 

Nooooon… ?! Si. Parce que tant que le freestyler vit sa passion dans sa piaule, ou la rue, puis dans des salles animées par un même esprit de partage, tout va bien. Les mâchoires commencent à se crisper s’il prétend venir bousculer la hiérarchie du rap biz (désolé, le rap game c’est autre chose).

Bon, une fois encore on s’éloigne du sujet.

 

Cessons donc cette déambulation hipopotamesque sur des plates-bandes entretenues par des jardiniers mieux avisés, ou plus consensuels.

Allez, on se mouille encore, pour le plaisir de la baignade… Du fait de tout son apport à la culture hip-hop, le Canada mérite d’avoir son EOW World Champion. Québécois et trilingue, ce serait en quelque sorte le bigarreau sur le cake. Et un background d’artiste pluridisciplinaire ne déparerait certes pas l’ensemble. Vous voyez à qui on fait allusion ?

Mais à Kampala le 25 octobre, le rappeur sud-africain Slege Lee a remporté le titre.

 

Magnifique symbole pour tout un continent : à l’instar de tous les autres emcee’s en lice, Monk.e l’a vécu et salué comme tel. Mentalité qui nous change sacrément des rituels moisis d’une arène dont les « combattants » bodysculptés ne se voient jamais à moins de cinq kilomètres… Ou gladiaviotent par séides décérébrés interposés !

The end of the wack

L’affrontement est une composante naturelle du hip-hop. Certaines figures de proue l’ont dénaturé, et cela fait mal au cœur (restons polis) des aficionados de longue date. Pas grave… reste les battles, et leurs bretteurs de la rime qui boxe. Même si le contexte est un peu différent, on les retrouve fréquemment dès les tours qualificatifs d’End Of the Weak. Où leur panoplie de kickeur affamé doit intégrer quelques qualités techniques indispensables pour ne pas se vautrer…

Ici à l’oeuvre en 2006 le « tireur » le plus rapide de tout l’Ouest : le Nantais Philémon, aîné respecté, l’un des plus doués de sa génération, pas encore cité dans le cours de cet article. Sa réactivité face au non moins talentueux Artik avait de quoi renvoyer sangloter dans leurs couches les Billy the Kid du moment. Lesquels ont bien grandi, mais Philémon continue de se balader…

 

Visuels et auditifs, les exemples ne manquent pas sur le net, servez-vous copieusement (Rap Contenders, WordUp! Battles notamment).

EOW est une confrérie universelle, dont les traces ne tarderont pas à être relevées outer space par la descendance du robot Philae (pas du tout, vous vous trompez ! il n’y a pas de moquette à la bibliothèque Couronnes)…  Son activisme est d’autant plus méritoire que dépourvu de toute visée lucrative. Ses coordinateurs(trices) sont de véritables hommes et femmes-orchestre peu soucieux(euses) de leur propre buzz, et que pourtant leur passion fait identifier très vite par les fans. Qu’il s’agisse de dee-jaying, de prosélytisme télévisuel et radiophonique, d’organisation des évènements, ou de fonctions manageriales au sens le plus noble du terme…

La famille en l’occurrence, ce n’est pas qu’une figure de style, c’est une réalité qui survivra à l’inéluctable déboulonnage des wack mc’s. En d’autres temps, ceux-là se seraient fait éjecter fissa de la scène. Un sort que ne méritera jamais le plus bafouillant des kids qui contribuent à bâtir l’aventure End Of the Weak, des fondations à la cime…

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Saint-Denis’ zoo Brooklyn style

Un seul hêtre vous manque, et tout est des peupliers : « The Batard Blog » n’a rien publié depuis le 11 décembre. Dont acte…        [démenti constaté vers 22h30 : allez voir comment le thème de son nouvel article rend indispensable cette rectification  😉 ]

 

Ok ok. Cette double illustration sonore d’escroc (qui a les crocs) est juste un prétexte. Personne n’est nul au point de ne pas avoir vu le lien, dans le titre en carton de ce billet. Mais on est là pour se faire plaisir, pas vrai ?

Sûr qu’en fait de clip « bucolique », souhait précédemment exprimé, il en existe de plus verdoyants que ceux-ci. Mais tels quels ils sont une forme de transition facile pour le blogueur qui entend ajouter au lectorat familial les occupants de la maison mitoyenne.

Et figurez-vous qu’on n’a pas envie de quitter celle, déjà évoquée, qui jouxte Lutèce au niveau 1.8 côté 9.3… Alors Ra-fal, à toi l’honneur, en pleine nature en plus !

 

La dalle au mic, ce doit être la règle pour tous ceux qui débarquent dans le game aujourd’hui. Faute de quoi le nouvel arrivant vit simultanément, et à son insu, sa naissance et sa mort artistiques ! Fût-ce avec quelques millions de vues youtubesques en une semaine…  Car seuls les vrais resteront. Y compris certains qui nous déçoivent maintenant, mais dont le passé les dispense d’avocat à la noix, merci pour eux.

Authentik

Dans la bande à (Pascal) Tessaud, cette authenticité-là exsude par tous les pores de la peau. Si l’on savait écrire sur le sujet, on décernerait au réalisateur de « Brooklyn », torero instinctif dans l’arène exagérément codifiée du 7ème Art, la queue, les deux oreilles, et les cojones pour faire bonne mesure.

A défaut, on se rabattra sur la dimension musicale, qui d’ailleurs lui est tout aussi familière. En se gardant bien d’oublier le sérieux appoint de Khulibaï, activiste dionysien sonique de longue date –tiens, replacez les trois qualificatifs dans l’ordre que vous voudrez, ça tinte agréablement !

L’adéquation entre les personnages de ce bijou filmique et le rap qu’ils représentent est un gage de crédibilité, jamais atteinte encore à un tel degré dans le cinéma français. Issa donc, certes pas le personnage le plus attachant de l’histoire, va se planter humainement. Ra-fal Uchiwa qui l’interprète, probablement tout aussi ambitieux dans sa réalité de MC, semble peu enclin à suivre le même chemin. Jugez-en plutôt, ici .

Pour autant, pas question de baliser aussi schématiquement leur parcours. Car de son côté le très carré animateur Yazid (Jalil Naciri), par exemple, pourrait bien avoir à regretter les effets de sa rigoureuse probité. On ne le saura pas. Pas plus que les choix à venir de ceux dont il aspire, sans doute trop, à être « la conscience ».

Ne perdons pas le fil… on a dit qu’on parlerait zik, et commencé par Kt Gorique, freestyleuse dans l’âme

 

Sans même savoir alors qu’elle tenait le rôle principal d’un film parti de nulle part pour arriver partout (festivals de Cannes, Tubingen, Bucarest, Talinn, Tanger, La Havane, Milan, Soleure… on en passe !). Ni qu’elle, la championne du monde End Of the Weak 2012, nous ferait la joie et l’honneur d’un concert à la bibliothèque Couronnes dans quatre mois !

Notre moisson d’avril… on n’en est pas peu fiers. Dès que la date sera validée, l’ami Monk.e, confrère lui-même champion EOW, lui laissera la place sur le bandeau de tête ci-dessus.

La famille

Autre figure centrale de « Brooklyn, le film » : Diego l’hôte sympa, le grand frère nonchalant et frimeur, c’est Despee Gonzales, et c’est une sacrée bonne idée ! Parce qu’on n’en voit pas beaucoup d’autres capables de nous faire humer aussi véridiquement l’air de Saint-Denis…

 

Le flow très articulé qu’on lui connaît, ce pilier d’Ursa Major en fait sans surprise un atout maître. Comment en irait-il autrement, dans un film dont toutes les scènes n’obéissent qu’à une loi, celle de l’improvisation !

Chacun des acteurs « secondaires » est dans son élément. Pas seulement l’irrésistible comparse Babali Show (au jeu presque sobre pour la circonstance, ses proches n’en sont pas revenus !!), mais toute l’équipe. Ainsi Tony, collègue de Yazid pendant les ateliers d’écriture, est joué par Blade MC, dont la vidéo ci-dessous fournit une idée assez exacte des dons multiples

 

tandis que celle-ci lui offre l’occasion de poser (à 11:15) sur l’instru de « Brooklyn zoo », dans l’exercice de prédilection de toute bonne émission dédiée à la culture urbaine

 

La famille pour le coup y est quasiment au complet, prenez donc place et faites connaissance. Et puisque Dino Killabizz est lui aussi présent, on ne va pas se gêner pour convier au dessert un soce de l’autre côté du périph’ : l’homme de Biffmaker, à savoir monsieur Nasme dont l’imminent « Goût du pire » va faire du bruit bien au-delà de Landerneau…

 

Ha ha ha avouez que vous l’avez pas vue venir celle-là ! Que tous les rappeurs de Landerneau lèvent le doigt, de toute évidence vous êtes parmi les plus proches géographiquement de Brooklyn, dans ce p….. d’Hexagone !!

Le rap suisse est à l’heure !

« … démontrer que le rap suisse n’a rien d’emmerdant… »

Cette profession de foi, en conclusion de notre avant-dernier billet, a quelque peu intrigué. Et parfois été prise pour une pique, ce qui n’était absolument pas le cas.

A titre d’éclaircissement : il s’agissait simplement de prendre le contre-pied d’un blogueur (au demeurant excellent dribbleur) exprimant voici quelque temps son… hem… scepticisme, quant aux productions helvétiques.

Juger celles-ci à l’aune de la représentation hexagonale est aussi fallacieux qu’illusoire et inversement. Jusqu’à présent, combien de mc’s suisses ont-ils suivi le parcours menant parfois les nôtres à la notoriété ?

« je rappe dans l’ombre en attendant le soleil, pourquoi verrais-je la vie riche que dans mon sommeil ? » 

(Opee, « Rap dans l’ombre », 1999)

On peut citer Sens Unik, quatre albums majeurs dans les années 90 avant de se tourner vers la pop puis la funk de leurs débuts (ci-dessous un titre very old school du 2ème « Les portes du temps ») ;

 

Double Pact, auteurs d’un premier EP dès 1995, mais véritablement découverts ici (au fait, quand on dit ici il s’agit bien de là, vous l’aviez deviné) sur les fracassantes mixtapes du regretté DJ Mehdi (Invasion vol.1, 1997) et de Cut Killer (Opération freestyle, 1998) ;

les initiés nommeront aussi Opee, dont le trop méconnu Une vie et 4 saisons (1999) a également sa place dans le Panthéon de ces trois glorieuses du rap franco. Et puis c’est à peu près tout.

Curieux parallèle avec notre centre d’intérêt précédent (et dorénavant, permanent) : le rap québécois, si riche de promesses à la même époque et si vite oublié. De nous grand public, vivement intéressés par les connexions d’outre-Atlantique, et pas assez par les albums de ceux qui les rendaient possibles. Mais aussi des artistes français, ne renvoyant pas l’ascenseur comme il convenait.

D’où cette impression identique d’une éclipse, alors que le hip hop demeurait tout aussi vivace que chez nous à Bâle, Genève, Sion et Lausanne. Comme à Montréal, Québec, Laval et Gatineau.

Autre parallèle : le multilinguisme. Un atout de premier ordre, dont on semble seulement découvrir aujourd’hui la réalité au travers du groupe Swiss Avengers, fort bien nommés pour la circonstance. On y retrouve d’ailleurs Nega, ex-membre de Double Pact à qui il arrivait de rapper en allemand, à défaut du romanche ou de l’italien ici présents.

 

Nous ajouterons un troisième aspect fusionnel, entre nos cousins canadiens et nos voisins helvètes : une sorte de bucolisme assumé dans la confection des clips, très évident sur celui qui précède. Si le béton a la cote dans l’iconographie spécifique du rap, peut-être pourrions-nous à notre tour mettre en valeur certaines couleurs sylvestres particulièrement photogéniques.

A l’image de celles-ci (culinaires dans un premier temps, pourléchez-vous les babines !) sur une gouleyante collab Cheak 13Osti One, tous deux de la grande famille des freestylers EODub. De bons chums en dépit des apparences. Voyez bien qu’on peut être hardcore et esthète… éloignez tout de même vos jugulaires ! 😉

 

Bon, on n’arrive décidément pas à lâcher le rap québ. Au moins « Brooklyn : le film » nous facilite-t-il la transition… grâces en soient rendues à Pascal Tessaud et son équipe de pirates !

« Prépare-toi j’vais tout dévoiler et j’en suis qu’au prologue » 

(Kt Gorique, « Définition », 2013)

Dénicher la perle Kt Gorique, pour tenir le rôle principal dans ce décor dyonisien, cela n’avait rien d’une évidence ! Pourtant, il est impossible désormais d’en imaginer une autre qu’elle incarner Coralie-Brooklyn. Elle est venue, a vu, a vaincu : un peu ce qu’elle avait réalisé en 2012, pour la finale d’End Of the Weak à Manhattan, pas très loin de… Brooklyn.

Kt Gorique est la parfaite illustration de ce que le hip hop peut engendrer de meilleur. A savoir, une pépite qui prend le temps de maturer, de s’aurifier en quelque sorte. Rien d’une comète aussi vite éteinte qu’apparue…

Débuts très jeune, premières armes au sein d’un collectif bien soudé (Frères Incendie, avec Opak et Ar-J), la structure qui s’étend et intègre d’autres composantes. ArtMistys pour n’en citer qu’une, label indé aux activités multiples, sorte de K6A dont la branche graff(eur) aurait été supplantée par la branche graph(iste). Puis Jumo Prod, les studios MSixteen où se peaufine tranquillement l’album à venir. Sans oublier la danse, où excelle cette fan de longue date des grandes voix de la soul féminine, passées et présentes.

 

Kt Gorique, on l’aime déjà sans la connaître, ce qui ne saurait tarder (des tractations sont en cours, selon la formule consacrée). Et on comprend qu’un tel joyau regagne régulièrement son écrin valaisan. Certes pas le canton idéal pour accéder à la reconnaissance internationale, mais bon an mal an une pépinière de talents dont la ténacité n’est pas la moindre qualité.

N’est-ce pas avec cette denrée, plus une indéniable capacité à Fédérer (ouarf lol mdr ouarf) que la Suisse vient de décrocher son premier Saladier d’argent ?