Le rap suisse est à l’heure !

« … démontrer que le rap suisse n’a rien d’emmerdant… »

Cette profession de foi, en conclusion de notre avant-dernier billet, a quelque peu intrigué. Et parfois été prise pour une pique, ce qui n’était absolument pas le cas.

A titre d’éclaircissement : il s’agissait simplement de prendre le contre-pied d’un blogueur (au demeurant excellent dribbleur) exprimant voici quelque temps son… hem… scepticisme, quant aux productions helvétiques.

Juger celles-ci à l’aune de la représentation hexagonale est aussi fallacieux qu’illusoire et inversement. Jusqu’à présent, combien de mc’s suisses ont-ils suivi le parcours menant parfois les nôtres à la notoriété ?

« je rappe dans l’ombre en attendant le soleil, pourquoi verrais-je la vie riche que dans mon sommeil ? » 

(Opee, « Rap dans l’ombre », 1999)

On peut citer Sens Unik, quatre albums majeurs dans les années 90 avant de se tourner vers la pop puis la funk de leurs débuts (ci-dessous un titre very old school du 2ème « Les portes du temps ») ;

 

Double Pact, auteurs d’un premier EP dès 1995, mais véritablement découverts ici (au fait, quand on dit ici il s’agit bien de là, vous l’aviez deviné) sur les fracassantes mixtapes du regretté DJ Mehdi (Invasion vol.1, 1997) et de Cut Killer (Opération freestyle, 1998) ;

les initiés nommeront aussi Opee, dont le trop méconnu Une vie et 4 saisons (1999) a également sa place dans le Panthéon de ces trois glorieuses du rap franco. Et puis c’est à peu près tout.

Curieux parallèle avec notre centre d’intérêt précédent (et dorénavant, permanent) : le rap québécois, si riche de promesses à la même époque et si vite oublié. De nous grand public, vivement intéressés par les connexions d’outre-Atlantique, et pas assez par les albums de ceux qui les rendaient possibles. Mais aussi des artistes français, ne renvoyant pas l’ascenseur comme il convenait.

D’où cette impression identique d’une éclipse, alors que le hip hop demeurait tout aussi vivace que chez nous à Bâle, Genève, Sion et Lausanne. Comme à Montréal, Québec, Laval et Gatineau.

Autre parallèle : le multilinguisme. Un atout de premier ordre, dont on semble seulement découvrir aujourd’hui la réalité au travers du groupe Swiss Avengers, fort bien nommés pour la circonstance. On y retrouve d’ailleurs Nega, ex-membre de Double Pact à qui il arrivait de rapper en allemand, à défaut du romanche ou de l’italien ici présents.

 

Nous ajouterons un troisième aspect fusionnel, entre nos cousins canadiens et nos voisins helvètes : une sorte de bucolisme assumé dans la confection des clips, très évident sur celui qui précède. Si le béton a la cote dans l’iconographie spécifique du rap, peut-être pourrions-nous à notre tour mettre en valeur certaines couleurs sylvestres particulièrement photogéniques.

A l’image de celles-ci (culinaires dans un premier temps, pourléchez-vous les babines !) sur une gouleyante collab Cheak 13Osti One, tous deux de la grande famille des freestylers EODub. De bons chums en dépit des apparences. Voyez bien qu’on peut être hardcore et esthète… éloignez tout de même vos jugulaires ! 😉

 

Bon, on n’arrive décidément pas à lâcher le rap québ. Au moins « Brooklyn : le film » nous facilite-t-il la transition… grâces en soient rendues à Pascal Tessaud et son équipe de pirates !

« Prépare-toi j’vais tout dévoiler et j’en suis qu’au prologue » 

(Kt Gorique, « Définition », 2013)

Dénicher la perle Kt Gorique, pour tenir le rôle principal dans ce décor dyonisien, cela n’avait rien d’une évidence ! Pourtant, il est impossible désormais d’en imaginer une autre qu’elle incarner Coralie-Brooklyn. Elle est venue, a vu, a vaincu : un peu ce qu’elle avait réalisé en 2012, pour la finale d’End Of the Weak à Manhattan, pas très loin de… Brooklyn.

Kt Gorique est la parfaite illustration de ce que le hip hop peut engendrer de meilleur. A savoir, une pépite qui prend le temps de maturer, de s’aurifier en quelque sorte. Rien d’une comète aussi vite éteinte qu’apparue…

Débuts très jeune, premières armes au sein d’un collectif bien soudé (Frères Incendie, avec Opak et Ar-J), la structure qui s’étend et intègre d’autres composantes. ArtMistys pour n’en citer qu’une, label indé aux activités multiples, sorte de K6A dont la branche graff(eur) aurait été supplantée par la branche graph(iste). Puis Jumo Prod, les studios MSixteen où se peaufine tranquillement l’album à venir. Sans oublier la danse, où excelle cette fan de longue date des grandes voix de la soul féminine, passées et présentes.

 

Kt Gorique, on l’aime déjà sans la connaître, ce qui ne saurait tarder (des tractations sont en cours, selon la formule consacrée). Et on comprend qu’un tel joyau regagne régulièrement son écrin valaisan. Certes pas le canton idéal pour accéder à la reconnaissance internationale, mais bon an mal an une pépinière de talents dont la ténacité n’est pas la moindre qualité.

N’est-ce pas avec cette denrée, plus une indéniable capacité à Fédérer (ouarf lol mdr ouarf) que la Suisse vient de décrocher son premier Saladier d’argent ?

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