Le rap suisse est à l’heure !

« … démontrer que le rap suisse n’a rien d’emmerdant… »

Cette profession de foi, en conclusion de notre avant-dernier billet, a quelque peu intrigué. Et parfois été prise pour une pique, ce qui n’était absolument pas le cas.

A titre d’éclaircissement : il s’agissait simplement de prendre le contre-pied d’un blogueur (au demeurant excellent dribbleur) exprimant voici quelque temps son… hem… scepticisme, quant aux productions helvétiques.

Juger celles-ci à l’aune de la représentation hexagonale est aussi fallacieux qu’illusoire et inversement. Jusqu’à présent, combien de mc’s suisses ont-ils suivi le parcours menant parfois les nôtres à la notoriété ?

« je rappe dans l’ombre en attendant le soleil, pourquoi verrais-je la vie riche que dans mon sommeil ? » 

(Opee, « Rap dans l’ombre », 1999)

On peut citer Sens Unik, quatre albums majeurs dans les années 90 avant de se tourner vers la pop puis la funk de leurs débuts (ci-dessous un titre very old school du 2ème « Les portes du temps ») ;

 

Double Pact, auteurs d’un premier EP dès 1995, mais véritablement découverts ici (au fait, quand on dit ici il s’agit bien de là, vous l’aviez deviné) sur les fracassantes mixtapes du regretté DJ Mehdi (Invasion vol.1, 1997) et de Cut Killer (Opération freestyle, 1998) ;

les initiés nommeront aussi Opee, dont le trop méconnu Une vie et 4 saisons (1999) a également sa place dans le Panthéon de ces trois glorieuses du rap franco. Et puis c’est à peu près tout.

Curieux parallèle avec notre centre d’intérêt précédent (et dorénavant, permanent) : le rap québécois, si riche de promesses à la même époque et si vite oublié. De nous grand public, vivement intéressés par les connexions d’outre-Atlantique, et pas assez par les albums de ceux qui les rendaient possibles. Mais aussi des artistes français, ne renvoyant pas l’ascenseur comme il convenait.

D’où cette impression identique d’une éclipse, alors que le hip hop demeurait tout aussi vivace que chez nous à Bâle, Genève, Sion et Lausanne. Comme à Montréal, Québec, Laval et Gatineau.

Autre parallèle : le multilinguisme. Un atout de premier ordre, dont on semble seulement découvrir aujourd’hui la réalité au travers du groupe Swiss Avengers, fort bien nommés pour la circonstance. On y retrouve d’ailleurs Nega, ex-membre de Double Pact à qui il arrivait de rapper en allemand, à défaut du romanche ou de l’italien ici présents.

 

Nous ajouterons un troisième aspect fusionnel, entre nos cousins canadiens et nos voisins helvètes : une sorte de bucolisme assumé dans la confection des clips, très évident sur celui qui précède. Si le béton a la cote dans l’iconographie spécifique du rap, peut-être pourrions-nous à notre tour mettre en valeur certaines couleurs sylvestres particulièrement photogéniques.

A l’image de celles-ci (culinaires dans un premier temps, pourléchez-vous les babines !) sur une gouleyante collab Cheak 13Osti One, tous deux de la grande famille des freestylers EODub. De bons chums en dépit des apparences. Voyez bien qu’on peut être hardcore et esthète… éloignez tout de même vos jugulaires ! 😉

 

Bon, on n’arrive décidément pas à lâcher le rap québ. Au moins « Brooklyn : le film » nous facilite-t-il la transition… grâces en soient rendues à Pascal Tessaud et son équipe de pirates !

« Prépare-toi j’vais tout dévoiler et j’en suis qu’au prologue » 

(Kt Gorique, « Définition », 2013)

Dénicher la perle Kt Gorique, pour tenir le rôle principal dans ce décor dyonisien, cela n’avait rien d’une évidence ! Pourtant, il est impossible désormais d’en imaginer une autre qu’elle incarner Coralie-Brooklyn. Elle est venue, a vu, a vaincu : un peu ce qu’elle avait réalisé en 2012, pour la finale d’End Of the Weak à Manhattan, pas très loin de… Brooklyn.

Kt Gorique est la parfaite illustration de ce que le hip hop peut engendrer de meilleur. A savoir, une pépite qui prend le temps de maturer, de s’aurifier en quelque sorte. Rien d’une comète aussi vite éteinte qu’apparue…

Débuts très jeune, premières armes au sein d’un collectif bien soudé (Frères Incendie, avec Opak et Ar-J), la structure qui s’étend et intègre d’autres composantes. ArtMistys pour n’en citer qu’une, label indé aux activités multiples, sorte de K6A dont la branche graff(eur) aurait été supplantée par la branche graph(iste). Puis Jumo Prod, les studios MSixteen où se peaufine tranquillement l’album à venir. Sans oublier la danse, où excelle cette fan de longue date des grandes voix de la soul féminine, passées et présentes.

 

Kt Gorique, on l’aime déjà sans la connaître, ce qui ne saurait tarder (des tractations sont en cours, selon la formule consacrée). Et on comprend qu’un tel joyau regagne régulièrement son écrin valaisan. Certes pas le canton idéal pour accéder à la reconnaissance internationale, mais bon an mal an une pépinière de talents dont la ténacité n’est pas la moindre qualité.

N’est-ce pas avec cette denrée, plus une indéniable capacité à Fédérer (ouarf lol mdr ouarf) que la Suisse vient de décrocher son premier Saladier d’argent ?

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Interlude : le souffle frais venu de « Brooklyn »

« Quand j’écoute du rap aujourd’hui ça m’rappelle que l’orchestre du Titanic a continué de jouer pendant qu’il coulait… »

Diantre ! ce blog chercherait-il à se saborder ? Ou : de l’art de perdre 500 amis en un post… Que nenni, damoiselles et damoiseaux !
Celui qui s’exprime ainsi est Ahmed Koma, vétéran véner et vénéré de la Scred Connexion, qu’on n’a plus besoin de présenter ici.
Dans un JT national, on dirait d’un ton pénétré : ce constat est alarmant, David. Sur le blog d’une équipe dont un membre est une variété de b-boy antédiluvien, on préfère interpeller sur le mode : « dis donc Ahmed, tu devrais avoir honte de désespérer ainsi les darons ! »…

N’empêche que « le fiston » soulève un lièvre de taille.
Si la punchline est lapidaire, et éparpille façon Raoul Volfoni, sa formulation sans concession reste à méditer –attention, on refait du JT, là…

Koma ne pardonne pas qu’un certain rap se soit aligné sur un modèle de société tellement rance qu’il devrait être sa cible de prédilection. Comment ne pas abonder dans son sens? Mais il est encore capable d’enthousiasme.
Comme nous.

Une bonne claque aux clichés

En voyant –en vivant– « Brooklyn : le film » mercredi soir, à l’occasion de son ultime avant-première francilienne, on s’est dit pas mal de choses. Dont celle-ci, en définitive plus revigorante qu’accablante : le rap français demeurerait sacrément tonique s’il ne s’était pas, à un moment donné, retiré dans sa tour d’ivoire. Laissant libre cours, par exemple, à une vision fantasmée de cette banlieue où ses peintres du dimanche n’ont parfois jamais mis les pieds.
Sincèrement, on éprouve quelques réserves à pointer du doigt (ou de n’importe quel autre organe accusateur) telle ou telle dérive. Nous l’avons tous ici laissée nous emporter, à défaut de l’encourager sciemment. Presque tous. Pas Koma.

Ni le réalisateur Pascal Tessaud dont le credo, débordant de très loin du cadre de la simple compétence cinématographique, embrasse une dimension sociologique sans pédanterie que pourraient avantageusement assimiler nombre de ses confrères mieux « établis » –hopopop, ça par contre c’est pas de la punchline, mille excuses à l’intéressé !
Pascal c’est un guerrier, nous a assurés un de ses proches lors du débat qui a suivi la projection. Voilà qui est mieux, et on le croit volontiers.

 

Et parce que notre truc c’est plus le hip-hop que le cinoche –de l’art de perdre 500 amis de plus à la moitié du billet !– on laisse à d’autres le soin de parler du film. Superbement, et souvent poétiquement, ce qui est à la fois symptomatique et exaltant… et si après tout, ce 21ème siècle adolescent avait encore une chance d’aspirer non seulement à la spiritualité mais, plus optimiste encore, à la solidarité ?
Intègre et intransigeant, le personnage de Yazid (Jalil Naciri, l’un des trois comédiens professionnels du casting) nous correspond. A tous. Il suffit de se départir du faux cynisme dont Issa (Rafal Uchiwa, impeccable) croit se faire une armure… celui-ci est le perdant de l’histoire, moins parce qu’il en est le salaud que parce qu’il a abdiqué ses propres valeurs.

Honnête et candide à la fois, une intervenante (dans la salle) regrettait de ne pas avoir le fin mot de l’affaire. On n’en a pas plus le début mot. Combien de fois l’avons-nous réellement, dans la vraie vie ? Pourquoi n’y aurait-il pas un vrai cinéma, pour la décrire et l’aimer telle quelle ?

Le rap tel qu’il se vit

Pascal Tessaud est de Saint-Denis, haut lieu historique de ce-que-vous-savez… et de la royauté française. Celle des Mérovingiens en particulier, occasion d’un hilarant raccourci entre Dagobert et NTM. Fallait quand même la placer, celle-là, dans la bouche de la jeune Suisse débarquée à l’improviste pour une vexation de trop…

A croquer, s’imagine-t-on. Par ces matois matous qu’elle émeut, puis fascine à sa manière sans fioritures, en sortant des griffes qu’elle a acérées. On en sent presque physiquement la marque cuisante au cours d’un génial « freestyle », sur le tempo d’une tâche ménagère aussi répétitive que soudain cathartique.

Coralie, alias Brooklyn quand elle rappe, c’est Kt Gorique. Sous une apparence frêle à chavirer les moins honorables instincts protecteurs, on lui devine une facilité à mettre aux trop sûrs d’eux dans la réalité, les mêmes « râteaux » que dans la fiction.

Le vrai hip-hop, c’est aussi celui d’Ursa Major, les inséparables 2Spee Gonzales , Babali Show et Dino Killabizz, ou alors on a rien compris ! Plus fort que le légendaire Percee P écoulant ses cassettes à la sortie des salles du Bronx, ils faisaient encore leur auto-promo dans les rames de métro de la ligne 13 il n’y a pas si longtemps. Et sont prêts à y retourner…

 

A propos, on ne devait pas trop parler du scénario, et finalement qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?

Explication toute bête : pour la première fois, on a vu un film français sur le rap qui respire le rap. Parce que tant ses interprètes que son auteur le vivent. Au quotidien, sans pathos, sans mégalomanie, avec les hauts et les bas que connaît toute passion.
A votre tour ! Et prenez donc le temps de faire connaissance avec toute l’équipe de « Brooklyn », ici.

Québec 2014, encore un bon cru

Avouez qu’on vous a manqué. Allez quoi… juste un peu ! quatre semaines sans article sur « de Rap en Graff », c’est proprement intolérable, non ?

Il faut dire que dans l’intervalle il y a eu la finale mondiale de End Of the Weak. Avec un beau vainqueur à la clé, le jeune Sud-Africain Slege Lee, et de l’avis de tous les participants une déferlante de vibes premier choix.

Et pourtant, on ne peut se départir d’une petite déception. Celle de n’avoir pas vu Monk.e, notre champion de cœur, couronné cinq mois après son passage rue des Couronnes.

Mais non, on ne boudait pas ! D’autant qu’EOW ne dort jamais, et le chapitre français est déjà bien avancé dans la phase des qualifications 2015.

Comment une scène underground aussi vivace n’a-t-elle pas encore la notoriété internationale qui redonnerait la banane au vieux babouin irascible signataire de ces lignes, cela reste un mystère ! Au moins se sent-on en famille (celle des cercopithèques, donc) quand on fréquente les salles où l’aventure commence pour quelques centaines de emcee’s, en herbe ou déjà confirmés.

Deux millésimes pour un grand crew

Bref… nous n’avions plus sous la main notre inspirateur favori. De retour de Kampala, Monk.e accepterait certainement de nous dresser un petit panorama du rap québ de 2014 finissant (dans lequel nous classons « Initiatique » hors catégorie, faut-il le redire). Mais cette fois on va le précéder, le moine-singe qui tel un Attila ayant appris les bonnes manières, laisse une impression durable partout où il passe –jaloux, nous ?

Avec sa confrérie K6A (famille des procyonidés), bien présente à chaque revue de détail,  il y aurait de quoi alimenter un blog pendant plusieurs années. Contentons-nous de savourer cette collaboration de 2013 entre trois de ses plus anciens raccoons, sur le « Full HD » du premier nommé : Osti One, Filigrann et P-Dox.

 

Ce dernier est par ailleurs l’auteur d’un solo légèrement loufoque pour ceux qui n’auraient pas connaissance de l’existence de la série cinématographique « The Mighty Ducks ». Ce en quoi ils sont amplement excusés. Anyway, la patte sonique veloutée de l’habituel acolyte Jam s’y pose en sept occasions sur douze.

Et puisque sur l’une des cinq restantes (vous avez remarqué comme on a progressé en maths, dans le programme de cette année scolaire?) figure Ajust, le beatmaker de LLA, vous reprendrez bien une louchée de Loud & Lary. Après « Gullywood », ils ont confirmé avec « Blue Volvo » leur leadership d’un genre que les détracteurs appellent rap de hipster –mais pourquoi sont-ils si méchants ?

 

On a un autre trio à vous mettre sous la dent, mordez bien fort. Pas des plus reconnus non plus, Tonic ici épaulé par Cobna (Sans Pression connexion, incontournable) et Paranoize la moitié d’Agua Negra déjà présenté (bon, vous suivez pas, c’est désespérant) nous servent un délice de cross-over à rendre vert Rick Ross soi-même, en personne nommément et peut-être même intrinsèquement sinon en tant qu’individu.

 

Venons-en maintenant au « cas » Souldia, repéré sur l’un des meilleurs titres du dernier album de Webster l’année passée. Lui aussi est de Québec, et quelque chose nous susurre dans l’oreille droite qu’une récente allusion à cette très comme-il-faut « Vieille Capitale » ne serait pas si… voyons… hem… arbitraire ?

Dans sa rubrique « Faits divers et judiciaire » (sic !!!) en date du 3 octobre, et avec une componction des plus suspectes, un quotidien s’étonnait que le lancement du nouvel opus de ce punchliner brut de décoffrage n’ait pas mis la ville à feu et à sang –on n’invente rien, payez 2,95$ si vous souhaitez vous régaler de ce papier-là !

Pas réellement le sentiment que son « Krime grave » soit de ceux qui nécessitent chars et barbelés pour protéger la nation en danger. Par contre, pour la faire réfléchir un peu… on vote de bonne grâce Souldia !

 

Ou Cheak, dont nous devons la récente découverte à notre référence radiophonique quasi hebdomadaire Ghetto Erudit. Musicien accompli puisant dans une époustouflante palette de genres, il est l’archétype de l’artiste québécois méconnu, qui mettrait la honte à une palanquée de glorieux bateleurs surcotés.

Son « Refus global » le situe en pole position sur la grille des Formule 1 de retour dans la compète après un petit break de deux ans. Bon rythme, pour un MC dont on devine le peu d’appétence pour le stress permanent…

 

Vignettes en série

Bon, toujours pas entrés dans la famille ?

Même si on y inclut, du côté de chez nous, une triplette impatiemment attendue en janvier si tout va bien ?

Dans le désordre (mais ça rapporte tout de même) : Lino, dont on exige que le titre de son « Requiem » ne soit qu’une figure de style ; Demi-Portion, notre Rachid Daif que l’on devrait multiplier par au moins quatre pour avoir une idée de la portion qu’il prend peu à peu dans le hip hop franco ; et Nasme, l’un de ces rappeurs sans le moindre solo à son actif d’après la police, mais omniprésent selon les organisateurs.

Très bien on reprend, vous l’aurez voulu !

En rafale et sans pitié aucune, veuillez agréer l’expression des sentiments distingués de Saye, vocalement au niveau du meilleur Rockin’ Squat (Assassin, z’avez pas oublié, quand même ?) ;

 

de Beeyoudee dont on conseillera par la même occasion les excellentes compilations « Talents disparus »;

 

de l’inimitable Syme (essayez, pour voir !) qu’on ne s’étonne aucunement d’entendre sur une instru de… Cheak, lequel semble désormais garder le 13 de son nom d’artiste à l’usage exclusif de sa casquette de producteur ;

 

de Rymz privé de Farfadet (cherchez un peu, pas question de vous mâcher toujours la besogne), qu’on ne risque pas d’oublier malgré la surprenante supplique qui suit ;

 

de Samian, dont n’importe quel teaser remplacerait avantageusement (a fortiori si l’on y voit à l’œuvre le grand DJ Horg) bien des clips belliqueux à 10 millions de vues…

 

… et bien des textes de 1000 mots que seule justifie une trop longue abstinence !

Prochaine mission, si toutefois nous l’acceptons : démontrer que le rap suisse n’a rien d’emmerdant. Si l’un de nos agents était capturé, ou tué, la Direction des affaires culturelles nierait avoir eu connaissance de nos agissements…

Dramatik avec un cas… de force majeure !

Il existe une presse spécialisée du rap québ, mais la densité n’est pas sa caractéristique première. Doux euphémisme, ou dangereuse litote, chacun jugera… quoi qu’il en soit, la qualité est généralement au rendez-vous.

Au sein de cette profession (de foi le plus souvent, donc méritoire) nul ne s’est rendu coupable d’une impardonnable hérésie : oublier Dramatik dans le palmarès 2014 !

Dramatik avec un cas, comme il se présente sur « Radiothérapie« , son remarquable deuxième solo. Cas de figure, cas de conscience, cas de besoin… après avoir vraisemblablement été un cas social, sinon clinique, dans quelques dossiers administratifs.

 

La force du vécu

On ne plonge pas ses souvenirs avec délectation dans un précipice frôlé dès l’âge le plus tendre. Dramatik l’a côtoyé de bien trop près pour y voir en premier lieu la très recherchée street credibility. Quand certains pratiquent le grand écart afin de s’en fabriquer une de toutes pièces, lui en appelle à la responsabilisation, individuelle et collective. Dans le but de l’éradiquer, cette misère-là.

Ni lourdeur sentencieuse, ni moralisme aux creuses sonorités. Juste le sentiment bien ancré que de toute éternité, le malheur s’en prend historiquement aux mêmes. Et qu’il est préférable de le combattre que de le glorifier –sans se cacher qu’il reste aujourd’hui un sacré boulot à accomplir.

Le fond s’alliant à la forme, on a droit ainsi à de petits chefs-d’œuvre d’humour cathartique tels que celui-ci, d’une réjouissante facture à l’ancienne :

 

Son engagement ne date pas d’hier. Rappelez-vous ce trio rap dont une femme, tous d’origine haïtienne et opérant dans la seconde moitié des années 90. Hé non ! pas les Fugees (d’ailleurs, les racines de Lauryn Hill sont jamaïcaines)…

MUZION !! J.kyll (Jenny Salgado), son frère Imposs… et Dramatik, auteurs du fracassant « Mentalité Moune Morne » en 1999 (et dans l’ordre inverse d’apparition sur ce clip qui en est extrait) :

 

Le trio s’est dissocié en ne donnant qu’un successeur à ce classique parmi les classiques (« J’rêvolutionne » en 2002… ne pas oublier le circonflexe svp). Mais on connaît peu d’exemples de groupes ayant poursuivi sur leur lancée comme un bateau sur son erre, en récoltant au passage force distinctions. Témoignage supplémentaire de la fantastique longévité des meilleurs outre-Saint-Pierre-et-Miquelon (et alors ? on dit bien outre-Quiévrain). Et aussi, de la diversification de leur champ d’action…

 La plume et le plomb

Biberonnés pour la plupart à cette chère old school US, les rappeurs canadiens se sont vus confrontés à un choix cornélien. Demeurer des adeptes de ce courant-là ; se laisser emporter par une sorte de « dérive nord atlantique » inversée menant droit au Dirty South ; ou décoller avec le vaisseau spatial de la Piu Piu. Panel d’options non exhaustif, bien sûr…

Ce qui est passionnant avec eux, c’est qu’ils aient si judicieusement rebattu les cartes. Et su s’adjoindre les services du comparse idéal pour leur concocter le son approprié.

Cette fois, celui de Dramatik se nomme DJ Horg, autre vieux routier du hip hop québécois. En voilà encore un qui ne s’est jamais raté dans ses nombreuses collaborations (ni 7ième Ciel Records dans ses contrats). Une autre pépite en guise de preuve ? Merci de l’avoir sollicitée, régalez-vous :

 

Auteur des instrus travaillées de « Radiothérapie », il y démontre son éclectisme à toute épreuve en douze prods, pas une de plus.

Indéniablement, c’est sur l’enchaînement initial que Dramatik tutoie l’excellence, déjà chevauchée gaillardement sur « La boîte noire » en 2009. Allons plus loin : même compte tenu de grands albums de l’histoire du rap, on a rarement vu se maintenir un tel niveau sur sept tracks consécutives ! L’extraordinaire puissance des textes de « Aux parleurs » et « L’horreur est humaine » (ce dernier illustrant individuellement la lucide analyse sociétale du précédent), tord littéralement la tripe.

Leur virulence percussive reste de mise dans l’intervalle, quoique sur un registre un peu moins sombre. Comment résister par exemple au bondissant « Jump », invite en bonne et due forme à se remémorer le séminal « Fight the power » de Public Enemy ? Allez, encore une petite gâterie en passant, on ne s’en lasse pas…

 

A peine le temps de se demander si un très édifiant « Ghetto folklore et Génétik » n’est pas la tuerie de l’année, que « Guns, haine, rosaires » prend la relève, sur une rythmique de plomb digne du combo allusivement cité par le titre du morceau.

Et derrière la suffoquante histoire du Ti Jean de « L’horreur est humaine », on en vient presque à craindre l’overdose d’un trop brusque afflux d’oxygène !

Car c’est là que se situe notre seule petite réserve : après s’être élancé sur ces bases monumentales, à grand renfort de cordes majestueuses, l’album semble se diviser en deux parties. Des ambiances plus smooth prennent le pas à partir du très réussi et nonchalant « Do it », où se baladent ces virtuoses du battle que sont Jam (de K6A) et Freddy Gruesum.

Cependant, si la diatribe socio-politique est en retrait dans le final, la dimension autobiographique (« Barbancourt »), l’hommage récurrent aux pionniers (« Rap story »), les canevas soul jazz cuivrés (l’émouvant « Parle-moi »), et la vigoureuse supplique terminale au continent africain (« Brille », avec Awadi le Sénégalais et Ti Bass le Congolais), empêchent la chute de tension. Sans nous ôter de l’idée qu’on vient de subir une fameuse douche écossaise.

Satanée consultation, Dr. Amatik, merci pour tout !

 

Kt Gorique, « couteau suisse » affûté…

 

… telle qu’à l’attaque du morceau où on l’a découverte (encore une connexion montréalaise) :

 

Il existe de longue date une spécificité du rap au féminin. Celle de s’affranchir de tout un arsenal de poncifs clinquants qu’il n’est plus besoin d’énumérer. Pour le reste, un peu comme dans le sport à tous niveaux, aucune raison d’établir de tableau comparatif de valeurs par sexe.
Ce préambule ne sous-entend pas l’absence de violence chez les sistas. Elles se préservent tout simplement de sa représentation redoutablement puérile. Cibler un public présupposé mâle, jeune et immature revient à donner aux peu convaincus le sentiment que le « vecteur » est lui-même un peu tout ça. Et les dispense de s’intéresser au real hip hop

« King Kong dans un corps de moustique »

Kt Gorique est violente. Violente, à la façon dont claque son nom d’artiste. Violente, au sens d’intense, impressionnante. Violente, par le fait que cette révoltée authentique bouscule, là où une néo-ploutocratie du rap croit le faire dans l’apologie de l’armement lourd.
Kt Gorique est à l’opposé de ce conformisme-là. « King Kong dans un corps de moustique », c’est elle qui le dit, dans l’une de ces punchlines dont elle a le secret :

 

Mais le poids plume en question occupe la scène comme une briscarde. Avec autant d’autorité que trois quarts de tonne de Boo-Yaa-T.R.I.B.E., les mémorables warriors samoans du rap californien des nineties.
Alors… violente, oui. Et aussi émouvante, tonique, drôle, cultivée.

Lorsque les jurés d’End Of the Weak (ces rencontres de freestylers qu’on ne louera jamais assez) ont décerné à Kt Gorique le titre mondial 2012 à New York, ils ont jugé sur des critères professionnels. Et non sur le symbole plaisant mais léger de la petite meuf de Martigny, Suisse, tenant la dragée haute à une demi-douzaine de confrères pas nés de la dernière pluie… Monk.E, Dandyguel, Drob Dynamic, entre autres.

Un peu plus de deux ans après, elle est en studio, enthousiaste à la perspective de boucler un premier album solo qui selon ses propres termes est l’aboutissement « d’un an de recherche, d’écriture, de composition, mais aussi d’attente, de prise de tête, de questions sans réponse, de barrières à passer encore et encore, et de bâtons dans les roues« .

Hé non ! certainement pas jonché de roses, le chemin de l’artiste éprise d’indépendance… ou alors, surtout les épines.

Brooklyn à Cannes

Dans un précédent article, nous avons risqué un audacieux rapprochement entre Kt Gorique et MC Lyte. Avec tout le respect dû à celle-ci, on doute de voir un jour la première nommée s’engluer dans la guimauve guettant à mi-carrière même les b-girls de Brooklyn !
Allez, on ne résiste pas à la tentation d’une transition facile.
Sachez que désormais Kt Gorique est Brooklyn.

 

Présenté à Cannes, plusieurs fois primé dans d’autres festivals, et en dépit d’un circuit de salles restreint, ce film a commencé à se faire une réputation par le bouche-à-oreille élogieux qui le suit partout. Tourné à l’arrache, aux dires de son réalisateur Pascal Tessaud, il décrit Saint-Denis comme rarement -presque aussi dionysiaque que dionysienne. Et possède la belle spontanéité de son interprète principale…

Voilà qui est la « femcee » valaisanne au caractère bien trempé qu’on ose intercaler dans un blog essentiellement consacré au rap québ ! Emblématique du hip hop dont la flamme se propage sans vaciller, et douée au point d’avoir gagné le surnom de « Couteau suisse » auprès des fans.
Parce qu’elle sait tout faire…

Une soirée dans la vie d’End Of the Weak

Paris, centre Dunois, samedi soir.

Lancement de la saison 7 d’EOW France, 35 emcee’s à l’affiche, l’impeccable DJ Mat aux platines… On aimerait que la belle cohue du boulevard Vincent-Auriol soit au parfum, mais c’est indéniablement celui de la Nuit Blanche qui flotte dans l’air.

Grosse concurrence. Tant pis, on sera en petit comité.

Celui de l’accueil, à l’extérieur, est constitué en majorité des adversaires imminents, en train de faire connaissance. Bon esprit. Inscriptions bouclées. Les retardataires auront une session de rattrapage de leur « acte manqué ». Dans la salle encore déserte un concurrent, look improbable et concentration extrême, est lancé dans une sorte de shadow-boxing assez captivant.

L’endroit se remplit, aussi rapidement que le temps d’écopage d’un Canadair. Pour l’heure pas de feu à éteindre, mais ça ne saurait tarder. Au demeurant, la triplette Dandyguel-Mic Orni-Cheeko, si elle n’est pas de Belleville, n’en possède pas moins l’art de vous chauffer un public comme il convient.

Ce sera moins évident à l’entame du showcase d’Urshan Clan, avant l’inévitable étincelle qui embrase tout. Joli challenge, relevé en beauté par les représentants du 5.9 pas déstabilisés par un tout aussi inévitable petit chambrage estampillé Paname. Petit aperçu récent de leur savoir-faire :

 

On retrouve plus tard deux des membres du groupe en qualifs. L’un fera partie du quintette de « survivants », pas l’autre. Avis perso : dommage, on aurait voté Slimane…

Paradoxalement, on ne citera pas d’autre nom. D’abord parce qu’on ne les a pas tous retenus, et ensuite le symbole nous plaît bien. Dans la trentaine d’éliminés, on aura vu entre autres : un ambianceur venu avec son jeune crew chaud bouillant ; pas mal de flows acérés, contrariés par une gestuelle largement perfectible ; inversement, de véritables maestros du mic négligeant le texte ; un rasta mettant en mots son émotion d’avoir à  improviser devant une foule, et à aucun moment hors sujet.

Le grand nombre de rappeurs présents ne pouvait permettre l’habituel parcours en cinq étapes (qui reprendra son cours au fil des rounds ultérieurs). Du coup, interdit de se rater sur le seize ou sur l’impro soumis à l’appréciation du jury, dont Gyver Hypman, boss très occupé de !PushuP!productions. Un sacré défi, où personne n’a été ridicule.

Chapeau bas ! Même le galure de Mic Orni, champion d’Europe 2010, dont un son « aux petits oignons » clôturera avantageusement ce billet… son imbécile d’auteur a oublié qu’il avait dans la poche de quoi filmer !

Le manque d’habitude, que voulez-vous. Toute la faute, et tout le mérite, en reviennent aux participants sur scène.

Webster, samouraï sous l’arbre à palabre

 

Vous avez remarqué, combien les vétérans québécois se portent bien ?

Dramatik, Sans Pression, Obia le Chef, Osti One, Toast Dawg… et bien d’autres encore. Dont Webster, dit « Le Web ». 
Reconnaissons-le, par contraste nos allusions au rap de l’Hexagone sont parfois teintées d’amertume (c’est joli ça ! teinté d’amertume… pas cliché du tout).

Peut-être qu’on a mal vieilli. Mais on se soigne. Nous aussi avons nos anciens, et pour eux le respect qu’ils méritent souvent.

Ceux que l’on n’arrive pas à imaginer s’arrêtant un jour. Ceux qui ont fait le combat de trop. Ceux qui se sont tournés vers autre chose, et laisseront leur trace indélébile… Et puis ceux dont on ne parle plus tellement, malgré tout figures tutélaires toujours présentes. Si l’on ne devait en citer qu’un, ce serait Ahmed Koma, un grand bonhomme, dont on attend impatiemment le nouvel album.

 

Le rap canadien semble avoir mieux résisté à l’épreuve du temps.
Reprenons à l’année 2003. Celle où les zanciens situent la baisse de régime déjà évoquée précédemment. Et où les pluzanciens se résignaient à un retour au bercail navré vers le… hem… rock (t’as vu, on l’a pas écrit fort, hein ?).

L’empreinte de Limoilou

En ces temps reculés paraissait au Québec « Mindbender », le premier solo de Webster. Formule assez originale en termes de packaging, le projet présentant simultanément une autre galette signée Shoddy, collègue MC au sein du collectif Limoilou Starz monté quelques années auparavant.

Ouvrons une prudente parenthèse : il nous semble qu’il est plus difficile de faire du rap à Québec qu’à Montréal. Si on se trompe vous nous le dites, mais ne tapez pas sur la tête svp !

En partie parce qu’il vit dans la première nommée, ville conservatrice à l’instar de bien d’autres terres d’immigration européenne, Webster a développé une aptitude au storytelling à dimension historique.

C’est après être repassé en 2006 par la case Limoilou Starz, devenue une véritable confédération anglo-franco ayant doublé de volume depuis ses débuts, qu’il a affiné ce don.

Outre sa splendide pochette façon Ghost dog, son deuxième effort en samouraï solitaire est un parfait exemple de cohérence artistique, réalisant une sorte de transition à double titre. De par son utilisation exclusive du français, bien sûr ; mais aussi et surtout, l’affirmation par le verbe d’une philosophie de vie, imprégnée de ses racines. Les sénégalaises, mais aussi celles qui l’attachent à son quartier.

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Le moine zen dont la lecture engendra « Sagesse immobile » en 2007, ou l’ordre de la Hashishin et son inspirateur Hassan-i-Sabah, qui sous-tendent la totalité de l’album « Le vieux d’la montagne » (2010), apparaissent au premier abord très éloignés, tant géographiquement que chronologiquement.
En rester là serait superficiel. Aly Ndiaye ne fait pas dans l’épate. Si son érudition impressionne, ce n’est pas le but recherché.

 

Dans l’exposé de son cheminement personnel, il inclut sans réserve sa bande de potes, passés de l’assemblage hétéroclite des énergies adolescentes à une organisation tirant le meilleur de chacun de ses éléments. Comme peut le faire Limoilou, secteur trop dénigré de la capitale. Et comme le fit, aux 11ème et 12ème siècles, certaine communauté de philosophes, assassins et consommateurs de hashish (pouahh !).

Ce parallèle entre souffle de l’Histoire et évolution individuelle, le hip hop a souvent su le traduire. Insight ou Akhenaton, Medine ou Immortal Technique, La Rumeur ou Dead Prez… la liste serait longue. Les uns comme les autres, ils nous instruisent mieux que les manuels de nos scolarités formatées, le plaisir auditif en prime.

Mmmmh… et donc? que faisiez-vous dans la nuit de 2003 à 2013?
Nous avons déjà plaidé coupable sur ce chef d’accusation, Votre Honneur. De fait, nous attendions sans le savoir « A l’ombre des feuilles ». Et vu qu’on n’a pas l’intention de vous mâcher le travail, vous allez le télécharger vous-même…
De « L’art des calligraphes » au « Dernier mot », en passant par « Main de maître » et « Reste vaillant » (feat. Souldia), c’est une merveille de circonstance atténuante !

 

 

End Of the Weak, mouvement perpétuel

« Le  Livre s’ouvre sur une plage blanche / Une page grande / Un coucher de soleil orange / Au paysage immense / […] / Retour à un souffle véritable » (Immuable en mouvement, on Destin et Beyond, Monk.E & KenLo)

A l’entame de l’un des plus beaux textes de Monk.E, ces simples lignes ont une portée universaliste qui étreint le coeur du moins mystique d’entre nous. Sans pour autant en neutraliser la nuque… Elles s’appliquent à toute entreprise faisant table rase de la banalité, quand elle devient la norme.

Faut-il le rappeler, End of the Weak signifie la fin des faibles. Rien de péjoratif dans cette « A.O.C. ». Elle ne promet pas la Géhenne aux timorés, mais exhorte au dépassement de soi-même.

Par exemple, parti de là…

10470154_10152387210256728_6386182010041631193_o   tu peux te rendre là…   13954_10152658461800772_8095664007732848832_n

… en rivalisant, et convergeant tout à la fois, avec un échantillon de challengers tels que ceux-ci, ou celui-là qui leur a succédé au palmarès du chapitre français :

 

Avant, on se contentait de « suivre l’affaire »…. mais ça c’était avant. Maintenant, on sait qu’elle symbolise le futur du hip hop !

Monk.E, septembre de folie

!! interlude !!

cabaretUW

une légende

+

le fils d’une légende

+

une légende en marche… devinez qui !!

(on vous donne 3 indices)

  

The Lighthouse (détail) – Monk.E @House of PainT, Ottawa

 

!! hip hop will never die !!

Brazivilain:7-1, signé Toast Dawg

Avant de croiser la route de Monk.E, on avait perdu le contact avec le hip hop québécois depuis… pfff… allez, on ose : 2003 !!

Un grand millésime là-bas. Dont nous recommandons l’écoute intensive (et éventuellement l’achat) de cette bombe-ci, cette bombe-là, et cette bombe-H pour faire bonne mesure.

Et encore, juste parce qu’un podium olympique n’a que trois marches. A partir de là, le rouge nous monte au front…

Une chose est frappante, dans ce qui se passait à notre insu, en cet outre-Atlantique Nord en pleine ébullition (faut l’faire !) : la manière dont on retombe toujours dans les pas de ceux qui ont compté au travers de cette décennie. Dans le même temps, un paquet de nos figures de proue hexagonales buvaient la tasse sans même s’en apercevoir ! Bien aidés en cela par une presse spécialisée en totale perdition.

Meanwhile in Canada…

La maturation artistique, dans la diversification. Une sorte de parcours en poupées-gigogne, où chaque projet d’envergure qui se monte contient au moins un pilier d’un précédent.

Atach Tatuq en est l’illustration parfaite. Né des cendres de Traumaturges, le temps de commettre deux albums d’anthologie (« Deluxxx » succédant en 2005 à « La guerre des Tuqs »), puis de splitter en deux entités distinctes dont Payz Play. Ce qui nous amène au monsieur dont nous voulons parler aujourd’hui.

Plus qu’un crime, ne pas évoquer sur ce blog Toast Dawg, metteur en sons des trois groupes pré-cités sous le nom de DJ Naes, serait une grave omission.

Notons que le DJ a sur le MC un indéniable avantage, qui ne vous échappe certainement pas bande de p’tits futés ! Quoi qu’il fasse, les garants empressés de la bonne moralité du rap ne viennent jamais apposer, de leurs gros sabots boueux, la mention certifié conscient sur ses instrus.

D’où, entre autres raisons très subjectives et complètement assumées, une indéniable longévité chez les plus doués de l’espèce. « Survival of the fittest », en quelque sorte… Pour autant, on ne connaît guère de rappeur(s) ayant fait carrière sans beats dignes de ce nom en guise de socle.

Un « vet » très demandé

En 18 ans de bons et loyaux services, Toast Dawg a déjà servi le caviar à la louche à nombre d’entre eux. Et son dernier effort en date nous apparaît à la fois comme l’une des belles créations de 2014, et une preuve de plus de sa disponibilité très recherchée. En deux épisodes très groupés dans le temps, ce qui ne gâte rien.

 

L’occasion de constater dès la « First impression » qu’il se maintient sans forcer (mains aux cocottes, dirons-nous) dans le peloton des prétendants au maillot jaune Piu Piu. Trophée virtuel sacrément disputé, avec l’avènement des Kaytranada, High Klassified (Alaiz) ou encore Vnce (Dead Obies) ; et la santé florissante des plus expérimentés KenLo, Smilé, SevDee (K6A en force) et vLooper (Alaclair Ensemble). Excusez du peu !

Détricoter ainsi les rythmiques tribales de la batucada, ou jazzy de la bossa, pour les intégrer à celles d’un hip hop lui-même sérieusement déstructuré, cela nous rappelle Amon Tobin à son meilleur. C’est-à-dire un Carioca de naissance et Montréalais de cœur, ce qui n’est pas anodin…

Par ailleurs Toast Dawg a gardé l’art et la manière de transformer un essai réussi. Les sept sons de derrière les fagots de « Brazivilain » (six si l’on ne compte pas le teaser final), dignes de la série des « Special herbs » de MF Doom, pourraient constituer à eux seuls l’objet sur lequel le fan de base va se ruer, la bave aux lèvres et les yeux fous. Sauf qu’il n’est pas en magasin, abruti !

Ni son successeur, où le Christ du Corcovado de l’artwork sort de sa nuit brumeuse pour adopter les tons jaune, vert et bleu nationaux. Presque aussi abstract que la Seleçao le 8 juillet suivant… prémonitoire ?

 

Quoi qu’il en soit, « Brazivilain : revisited » est une véritable offrande, payée de retour. Lancé sur des bases foudroyantes par l’instru  » Transamazonienne Express », relayée par une tierce à l’atout comme on en voit peu (successivement Monk.E, Koriass et Eman), le rythme de la partie ne faiblit qu’à peine sur les covers suivantes.

Loud & Lary privés d’Ajust en toute logique, se montrent très convaincants sur « Belem », pièce de choix de l’opus 1 ; Jam avec ou sans Pdox pourrait se permettre de flemmarder en permanence tellement on l’aime ; et l’alliance anglo-franco EgyptoWahli de « Wildin’ on the Island » (originellement « Six weeks vacation ») se glisse avec volupté dans un écrin douillettement préparé pour elle –Meryem Saci aux chœurs, rhâââ lovely…

On craignait de trouver plus anecdotiques les remixes de la deuxième partie. Le fameux écueil des toujours possibles redondances… Il n’en est rien. Les trois morceaux retravaillés ici sont plutôt l’occasion de faire connaissance avec quelques autres beatmakers riches de promesses, GrandBuda et Ben Orsound notamment. Que du beau monde, tout ça…

En résumé, six petits bijoux, dix-huit carats. Une nouvelle forme de la synergie à la québécoise.

Signée Toast Dawg !

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