Rap queb à la folie (douce)

Rien à faire ! Le rap hexagonal a beau vivre actuellement la résurgence de monstres sacrés, la reconnaissance tardive de soldats de l’ombre, ou l’éclosion de jeunes pousses, un seul sujet motive les gazettes.

Pour notre part chers lecteurs (qu’est-ce qu’on est bien en si petit comité !), oublions momentanément les galipettes amoureuses du duc de Boulogne et du marquis de Sevran, il n’y a pas que le cul dans la vie. Aucune péripétie de leur interminable idylle ne nous étant épargnée, on retournerait bien prendre un bol d’air vers l’Ouest, pas vous ?

Non pas notre Ouest à nous, même si là-bas aussi il y a du nouveau, remarque… Mais bien au-delà des phares du Créac’h et de Nividic, en piquant droit sur la Nouvelle-Ecosse, puis l’embouchure du Saint-Laurent. Vous y êtes déjà ? Attendez-nous, on arrive.

Remontons maintenant le fleuve, pour une nouvelle et passionnante aventure à la rencontre de ces étranges autochtones qui se disent nos cousins, comme c’est bizarre -on dirait les belles histoires de l’oncle Paul, hein?

Alaclair, plus frappés que Fontaine

Au cours de notre première exploration, nous avons un peu zappé la capitale, dans notre hâte à rejoindre Montréal où presque tout se passe. Jouxtant Limoilou dont on vous a déjà parlé (Webster et consorts) se trouve le quartier de Saint-Roch, l’occasion de faire une riante halte -ce n’est plus l’oncle Paul mais le jeu d’Emile Franc, désolé.

Pourquoi? Parce qu’à cet endroit « d’la frouche y en a plein d’sortes/ça débarque du bas du fleuve/din vannes vartes/ça finit les yeux toute plissés/comme un rootsman à Bangkok ». On n’invente rien, il s’agit là, dans un genre qui laisse sans voix les plus éminents linguistes, du témoignage incontestable signé Alaclair Ensemble sur « Toute est impossible » , leur dernière livraison (la première est ici, ne vous gênez surtout pas) :

 

Intéressant, non ?
Eux, ils l’appellent depuis belle lurette post-rigodon, mais vous pouvez préférer post-rap si ça vous chante. Ils ne boiront pas votre sang pour autant, ces pratiques érotiques n’existant que dans certaines familles de la noblesse d’épée du 9.2 et du 9.3.

Dans l’ordre de divine apparition :

Claude Bégin sur les choeurs évanescents, tout récent auteur de « Les magiciens », opus pop en concerto déconcertant mais son passé plaide pour lui, Votre Honneur (en outre, il peut bénéficier de la circonstance atténuante de vivre dans la capitale) ;

KenLo Craqnuques Tout’Nou (et alors? à Montréal, le post-rock a bien ses Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & the Tra-la-la Band), cador de la piu piu et ex-comparse de prédilection de Monk.e quand celui-ci veut bien s’arrêter de bouger ;

Eman anciennement moitié d’Accrophone avec le premier nommé, et aujourd’hui moitié de Eman x VLooper avec… VLooper (leur commun effort « XXL » est terrassant) ;

Ogden alias Robert Nelson, Président de la République Libre du Bas-Canada, à qui on piquerait bien sa casquette en dépit de ses hautes fonctions, s’il ne faisait pas si peur ;

Maybe Watson l’inclassable, incassable, incasable et pourtant titulaire en 2011 d’une carte d’abonné à la bibliothèque municipale de Saint-Laurent, la preuve !

Mash, l’autre beatmaker et septième larron, est sur ces images invisible et silencieux, mais fort capable lui aussi de l’ouvrir à bon escient.

Mais laissons-les se présenter eux-mêmes, par le truchement de ce glossaire et de cette autobio d’une sidérante objectivité. Et puisque deux de ces messieurs sévissent également au sein de K6A, une petite rétro dont on ne se lasse jamais. Vous non plus, vous allez voir…

 

La veine humoristique d’un certain rap québécois laisse parfois à désirer, car dépourvue de tout alibi artistique. Avec Alaclair Ensemble, on tient un groupe dont le délire permanent s’appuie sur un savoir-faire musical indéniable.

Ainsi que le rappelait pas plus tard qu’around midnight Stephen Harper, Premier Ministre du Canada et souffre-douleur en chef, qui a gentiment accepté de poser (mais pas nu, c’est contre ses principes d’homme pudique) pour la pochette du susdit album.

 

Post-rap et poses trap

And now for something completely different…

Nous beaucoup aussi aimons ceux-ci, for example. Tout comme le public des TransMusicales de Rennes le 4 décembre, et un peu moins celui de la Flèche d’Or deux jours plus tard, comme c’est rebizarre (mais parisien, celi expliquant ceça et inversement, chié merde quoi).

 

Rappelons que le parti-pris des Dead Obies d’user d’une sorte d’espéranto pas toujours aisé à capter leur a valu la hargne de critiques musicaux (oxymoron ?) se découvrant pour la circonstance zélés défenseurs de la pureté sémantique. En France nous avons nos chroniqueurs fleur bleue obsédés par les croquignolettes tribulations des couples pipole, au Québec ils ont de rigoureux professeurs de Belles Lettres reconvertis dans la presse rap. Chacun sa croix…

Mais si vous êtes plus trap que post-rap, pas de souci. Vous avez le droit de vous jeter avidement sur les jeunes gens ci-dessous, en admettant que vous reveniez d’un long voyage dans le cosmos. Faites-le avant qu’il ne soit trop tard, et que leurs vêtements ne soient tout déchirés, tant les courants novateurs se succèdent là-bas si rapidement qu’ils se fondent les uns dans les autres !

La très bonne idée de Loud et Lary est probablement d’avoir fait appel en 2010 aux services (super)soniques de Ajust. Tout aussi bonne, celle de s’adjoindre ceux d’une équipe technique capable de leur torcher des clips à tomber à la renverse, en moins de temps qu’il ne nous en faut pour toucher le sol à plat dos.

Quant aux Posterz, élevés en fût à Vancouver avant de maturer à Montréal, leur premier cru est l’un des plus attendus de 2015, alors magnez-vous les jeunes !

 

Hardcore pas mort

Ah bon, c’est du hardcore que vous voulez?
Hé bien sachez que non seulement certains indigènes pratiquent encore ces rituels ancestraux des deux côtés du Saint-Laurent (parfois même dedans, et à plusieurs pieds de profondeur), mais en plus ils ont le truc dans la peau.

L’un des plus remarquables spécimens du genre renverrait sangloter dans son antre l’Hydre de Lerne soi-même. En effet, la multiplicité de ses têtes rend inefficace toute la gamme allant du coupe-chou de papa à la tronçonneuse de Leatherface.

Nous parlons là, avec les poils des bras dûment hérissés et des tremoli dans la glotte, du team Explicit. Au fil des années, ils ont acquis une envergure incontestée même des professeurs de Belles Lettres locaux ! Car si ces derniers comprennent tout ce qu’ils disent, l’inverse est également vrai. Même nous, avec pourtant un océan d’écart, on va en dire beaucoup de bien si vous n’y voyez pas d’inconvénient…

Très sérieusement, ce que font en ce moment les Souldia, Saye, Sadik, et on en passe dont le nom ne commence pas par S comme Sauvage, c’est très fort. A savoir, convaincre en à peine moins de seize ans (soit la durée d’existence du label fondé par 2Faces en 1999) qu’ils étaient capables de faire des disques et des concerts et pis tout ça sans mettre les Laurentides à feu et à sang.

 

Rigolez pas, on a lu il n’y a pas si longtemps, dans la presse généraliste de là-bas, l’article d’une brave dame envoyée toute tremblante au casse-pipe. Imaginez son soulagement, à l’évidence que ces monstres s’étaient en définitive fort civilement tenus, sur scène et en dehors.

Comme les MC’s cités viennent tous les trois de commettre individuellement leur crime lyriciste en tir groupé, découvrons-en trois de plus, dans l’excellente compagnie de K-Turnaz l’un des deux DJ’s attitrés du collectif (l’autre étant Fade Wizard) :

 

Si jamais tout ce beau monde se sentait une petite faiblesse bien compréhensible, nul besoin de chercher la relève. Quelques glorieux anciens tiennent tout aussi haut ce flambeau-là, et on ne serait pas étonnés de les revoir sous peu… D’avance merci.

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Eman x vLooper : un autre missile du rap québ

De Rap en Graff… c’est écrit sur l’emballage.

So what, quid du graff ? se demande à juste titre notre fidèle et latiniste follower de Limeil-Brévannes, dans le 9.4 (c’est pas vrai, on fait semblant, comme dans le courrier des lecteurs de la presse de gare).

Il est bien là, en filigrane. Avoir pris pour fil conducteur Monk.E est une idée presque aussi riche que le rap québ lui-même. Vu que le gaillard est armé en permanence de ses cans les plus créatives (check this out), on garde forcément le street art en ligne de mire.

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Crocodeals bas-canadiens, par Monk.E & Axe Lalime !?! Ode à Ogden ?

Lequel ne se goûte jamais mieux qu’in situ, est-il utile de le préciser…

Dans le même ordre d’idée, rien de tel qu’un bon freestyle pour montrer ce qu’un rappeur a « dans le moteur ». L’émission Ghetto Erudit s’en est fait depuis 2006 le temple sacré montréalais. On conseille volontiers aux curieux d’y faire un tour à l’occasion.

 

Récemment s’y produisaient Eman et vLooper (prononcez Vee Looper). C’est exact, on vous les a déjà présentés… bien vu, cher et néanmoins fictif Brévannais, du 9.4 ! Mais on ne faisait alors qu’annoncer leur premier LP. Qui entre temps est paru, et actuellement sur sa rampe de lancement.

L’expression n’est pas fortuite, tant « XXL » est bien le missile attendu. Et comme « Initiatique », le dernier opus de Monk.E (dont votre serviteur assume benoîtement la 87ème écoute), il brûle 40 minutes durant. Soit la durée des grands albums de l’histoire du hip hop.

Cqfd… ben tiens, on est là pour ça !

L’album rap québ de l’année? Oui, si…

Tout d’abord, que « Mantra » entame les (d)ébats est un excellent point (en passing shot de revers). Parce qu’il FAUT abuser des bonnes choses, et que celle-là est parfaitement apéritive ! Le clip réalisé par Les Gamins Production y distille d’ailleurs une telle addictivité qu’il n’est pas inutile de se recentrer sur le texte et l’instru.

Et là, aucune place au doute, c’est le morceau idéal pour une première approche de ce duo plus robuste que sa discographie commune. En dehors d’Alaclair, tout du moins.

Petite digression (on ne se refait pas). Ils ont pris le parti d’une distribution plus marketée qu’à l’habitude, qu’il s’agisse d’eux-mêmes ou de leur entourage immédiat. Démarche qu’Eman résumait limpidement au micro de Ghetto Erudit : il y a un peu d’argent à prendre dans le rap québ, pourquoi se gêner ?

Réfléchissons un instant, chers amis, à ceux qui en prennent cent fois plus avec cent fois moins de talent, ici et là, et même ailleurs. Top chrono, fin de la « réflexion »…

Gros avantage pour nous, discothécaires de Paname et néanmoins fans : on les aura ! Heu… dans nos bacs, voulons-nous dire. Monk.E ne peut pas faire tous les mois le trajet, les bras chargés de cadeaux. En attendant, retour à XXL, dûment acheté et impatiemment téléchargé par le précieux truchement de Bandcamp.

Au deuxième titre, le coup de foudre se profile. Même avec une prod électro qui chatouille nos tympans sur le mode où-ai-je-entendu-ça, « Tirer des moves » pose vLooper en vrai maestro du son, alliant puissance et subtilité à doses milligrammées, où les références revendiquées à feu J Dilla ne sont jamais très loin.

Quant à Eman, nul besoin de verses à rallonge pour asseoir son flow protéiforme. Plutôt fluide quand il se cale à l’attaque sur celui d’un invité certifié rub-a-dub (« Tout’ nou » avec Papa T) ; capable d’accélérer brusquement sur un beat pourtant downtempo (« Dookie ») ; revenant à des considérations plus old school et syncopées (« Les pauvres ») ; gardant résolument son style éraillé tout en se fondant dans le joli filet soul de MoDlee (« Back to me »).

Conquis par cet éclectisme, on n’a plus qu’à se refaire le finement irrévérencieux « Publi-sac », découvert en exclu chez Ghetto Erudit. Le type de friandise qui gagne en saveur à chaque écoute, pour tout francophone pointilleux (attention, terrain glissant 😉

Poursuivre « Sans les mains » mais avec Neto Yuth, toaster sur coulis de piu-piu du genre goûtu, et MoDlee concluant en diva trip-hopisante du meilleur cru.

Deux délicieuses incongruités plus tard, on voit d’un troisième œil velouté « Nat King Cole », et l’évanescente Ariane Moffatt monte dans notre estime pour son saut « Dans le vide » en clair-obscur, special guest écartelée entre les douces nappes de vLooper et le timbre rugueux d’Eman.

A vrai dire, tout cela est un peu mad, pardonnez-nous cette facilité. Yes Eman, yes vLooper, we’re « M.A.D. » at you… Et si XXL n’est pas notre disque de l’année, c’est qu’il ne contient que onze pépites, là où celui de Monk.E en alignait douze de facture tout aussi variée.

C’est vraiment là que réside la qualité du rap québ, tous genres confondus. Dans sa versatilité…

XXLcouv

Eman x Vlooper = xxl

Le 2 septembre prochain, 7ième Ciel Records sort « XXL « , premier album du tandem EmanVlooper. A moins qu’ils n’aient viré de cap à 180 degrés par rapport à leur EP 4 titres de 2012, dont ce bijou

on risque d’entendre à nouveau s’égosiller certains fanatiques de la pureté linguistique.

Pas l’intention d’entrer dans ce débat, tellement il tape à côté de la plaque. Le rap québ pourrait avoir choisi de s’exprimer en pidgin frandenspangitalisch (d’accord, ça n’existe pas… c’est de la licence prosaïque), il n’en serait pas moins talentueux.

Le terreau Alaclair

Et ces deux-là n’ont pas été trop mal servis à la loterie génétique, en termes de talent. De plus, ils sont très représentatifs de la façon dont celui-ci peut s’épanouir là-bas (ici aussi, mais à un degré nettement moindre, on y reviendra).

Au départ, un gros collectif soudé, puis la maturation individuelle, générant quelques embranchements sur la base des fameux atomes crochus.

Or, les composants de l’atome bas-canadien sont l’électron, le neutron, le proton et le postrigodon. Ce dernier a donc, entre autres engendré le duo Eman-Vlooper, au sein de l’archétypal Alaclair Ensemble, lui-même en partie né de la cuisse de l’entité pluridisciplinaire K6A. Et dont le manifeste ci-joint ne manquera pas d’édifier le lecteur légèrement déconcerté par l’inexactitude scientifique de cet exposé (encore un puriste, probablement !).

Bref, « XXL » va faire mal –et pas uniquement aux précieux tympans si faciles à écorcher que c’en est un plaisir… comment peut-on le savoir sans l’avoir entendu ? ha ha ha, quelle mauvaise foi dans cette question… heu non, finalement elle est moins bête qu’elle n’en a l’air !

D’abord, on a vu et écouté ceci :

 

Ensuite, regardez bien l’intitulé de la vidéo (vous Québécois vous dites le vidéo, permettez-nous de nous esbaudir).

Vous ne lisez pas : Eman + Vlooper, mais Eman x Vlooper. Un peu comme « Initiatique » c’est Monk.e x Smilé Smahh, ou « Snapkit » Osti One x R.U. Nul besoin d’être un génie des mathématiques pour en déduire que nous aurons là affaire à une nouvelle multiplication des pains et des parpaings, n’est-ce pas ?

Psyché poetry

Mais trêve de billevesées, sinon de coquecigrues (on a bon, là ?).

Pas forcément le plus connu des deux lascars qui nous intéressent aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, Vlooper a.k.a. NRV Loopa pourrait bien avoir startuppé (oooooouuuuh ! carton jaune m’sieur l’arbitre) l’appellation Piu-Piu dont nous vous entretenions quelques poils plus bas.

Ce n’est en rien son « bâton de maréchal ». A 28 ans, ce discret beatmaker a tout l’avenir devant lui, non pas simplement au Canada, mais bel et bien outre-Atlantique. Quelques sons ? Volontiers, merci d’avoir susurré la proposition… Dont acte.

Eman, dans cette équation à deux presque inconnus chez nous, est assez délirant dans son genre. L’un des reproches souvent faits au hip-hop québécois, y compris par ses propres acteurs, c’est son versant comique, d’une veine parodique plus ou moins consciemment dépréciatrice.

Avec Eman, caustique bretteur à fleuret pas si moucheté qu’il n’y paraît au francophone laborieux, on est sur le terrain de la poésie sans bornes, celle qui crée son propre psychédélisme.

En ajoutant aux déjà cités « Radiothérapie », l’album de Dramatik (co-fondateur de Muzion en 1996, svp !), on tient pour le moment quatre jalons de l’année hip hop au Canada. Ils sont aussi différents l’un de l’autre sur le fond que dans la forme, parfois abrupts, souvent visionnaires, et toujours inventifs.

Il n’est pas trop tard pour s’en inspirer. C’est en s’autorisant toutes les privautés avec la norme que le rap vivra encore longtemps.

Il n’est pas trop tard non plus pour réserver votre soirée

Merci Monk.E ! Merci Montréal !

Cher Dawiyd,

Cette fois pas de blabla… Quelle belle famille tu as !!

Amitié indéfectible,

                                                 Equipe Couronnes

 

P.S.  On pourrait composer la bande-son qui suit de 100 manières différentes. Ce sera celle de notre été, et de qui voudra partager les cadeaux du plus généreux artiste jamais rencontré… Tous les albums dont sont extraits ces titres, de la même veine combattante, sont (ou seront prochainement) disponibles à la bibliothèque Couronnes.

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« Flotter » – Beyond Monk.E (stoïque sous le déluge à la bibliothèque Couronnes, 24-5-2014)

 

BerekYah – Les loops

Smockey, Didier Awadi, Emrical, BerekYah, Dramatik – A chaque peuple un combat

Jkill et Imposs – Fèmen dan yo 

Mafé – Who am I 

Obia et Cotola – Le théorème 

Chele, KenLo, RCU – CUBA es 

Waahli et Taliwah – Black fades to black 

Monk.E, Sola, Waahli, Lou Piensa, Rawgged MC – Ici / Là-bas 

Meryem Saci – Concrete jungle (live) 

FiligraNn et SevDee – Ventre du dragon 

Sola et Baby K – Guerrera  

D-Track – L’insoutenable légèreté des abris-tempos 

Nomadic Massive – Nah murderah 

Nomadic Massive – Any sound 

Jam & P.Dox, avec Smilé – 2 yeux brouillés 

Sarah MK et Gabriel Teodros – Black love 

Alaclair Ensemble – Les brizasseurs de fizzoules 

Neto Yuth – Soldats 

Osti One (prod. Smilé) – B.S. 

Jowee Omicil – Panama 

Monk.E et Chele – Hymne aux struggles 

 

P.P.S. Ce blog va prendre quelques semaines de vacances, mais ne vous réjouissez pas trop vite… dès juillet, il reprendra ses activités 42133_97465157_cool_H162605_L

2013, une année de rap à Montréal

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Monk.E, Mexico

Elargissons un peu le champ de la famille, pour y intégrer des collègues volontiers cités par Monk.E dans sa revue de l’année écoulée.

Proche de K6A, avec deux sociétaires en commun –Maybe Watson et KenLo– Alaclair Ensemble remporte selon lui, et haut la main, la palme du meilleur titre d’album : ‘’Les maigres blancs d’Amérique du Noir’’.

Finement distanciée, la trouvaille stylistique nous secoue franchement la panse. Ou les côtes flottantes, pour les plus maigres (blancs) d’entre nous. Malgré le risque de persistance rétinienne sur une royale physionomie, on vous propose ce « Mon cou » plutôt électro, totalement décalé et néanmoins fortement vertébré. Bougez donc le vôtre comme il convient.

Autre bombe de 2013 volontiers citée : le trio Loud, Lary & Ajust. Mais si l’unanimité semble se faire parmi leurs pairs, les fans sont plus réservés. Nous aussi. Car on parle là d’un genre qui a produit ça et là plus que sa ration de ‘’daube’’ pure et simple. Alors, pourquoi ne pas redonner la parole à Monk.E le grand frère indulgent :

« Loud, Lary et Ajust ont continué de faire des ravages avec leur gullywood style contagieux. A un point tel que rapper en franglais sur des beats de trap s’appelle maintenant rapper comme Lary Kidd, pour beaucoup de jeunes qui ignorent l’origine américaine (dirty South) de cette rafraîchissante vague québécoise ».

Faites-vous votre opinion …

Trap music, le mot est lâché. La poule aurifère de pointures reconnues, comme de « suceurs de roues patentés » -mais ceci est un autre débat.

En ce qui nous concerne on préfère, dans un style pas très éloigné, la technique bien au point des très acclamés Dead Obies, sur l’ambiance un rien slacker de cette version de « $ud $ale » à tomber. De rire, et de son siège.

Le titre figure sur l’album ‘’Montréal Sud’’, on en trouvera tout naturellement le pendant géographique avec le dénommé Koriass sur « Rue des Saules », dans le genre périlleux mais remarquablement maîtrisé  de l’exercice sociologique sans concession…

El Cotola a filmé ‘’Graffologie 404’’ déjà présenté dans le précédent article. Comment pourrions-nous négliger le tandem qu’il forme avec Obia le Chef (dont le flow rappelle celui de notre Passi, un peu perdu de vue) sur ‘’Le Théorème’’, autre pépite très soulful de 2013. On ne vous fera pas l’injure de situer les lieux de tournage du clip de « Pour le love »!

Autre belle réussite pour moitié imputable à El Cotola : l’ambiance 100% sud-américaine de Agua Negra avec son deuxième complice attitré Paranoize, dont il partage les origines.

Et toujours dans cette veine world beat, sur un mode plus léger peut-être, on se gardera d’oublier le groove latino irrésistible de Boogat, également représentant de cette communauté fortement implantée à Montréal.

Irrésistibles aussi, les deux breaks scénaristiques préludant au vrai sujet traité par le clip de « Rap Queb » de Webster. Si seulement quelques rappeurs montés en épingle arrivaient à saupoudrer, ne serait-ce que d’une pincée de son second degré, leurs clichés grotesques ! Quoi qu’il en soit, ‘’A l’ombre des feuilles’’ est l’œuvre mature d’un vétéran, sûr de sa trajectoire depuis près de 20 ans, dont la première moitié utilise la langue anglaise comme vecteur.

Et puisqu’il est question de dualité sémantique, parlons de Jai Nitai Lotus, l’artiste québécois anglophone à citer le plus urgemment. Par sa culture jazz revendiquée et son côté polyvalent, il évoque quelques-uns de ses plus honorables confrères à l’ouest de l’Hudson Bay. Ainsi sur ce court mais intense morceau qu’est « Simbreaker », extrait de son premier véritable album « Something you feel »…

Plus connu en France, en raison de collaborations avec quelques artistes du cru (Fonky Family, Akhenaton, Ol’Kainry, 2Bal…), le très respecté Sans Pression a fait sur la scène québécoise un retour remarqué. Non qu’il en ait disparu ces dernières années, mais aux yeux de Monk.E il s’était quelque peu dispersé en productions indignes de son talent.

« Vagabond ma religion », le titre éponyme de son dernier opus, donne une bonne idée du savoir-faire persistant d’un auteur qui n’a jamais mâché ses mots.

En particulier pour flétrir, à juste raison, ce complexe de supériorité affiché par des collègues hexagonaux, et pas des mieux placés pour donner des leçons. Pour certains de ces esprits bornés, le parler joual serait un handicap insurmontable! Sans commentaire…