End Of the Weak 2014 : Kampala, nous voilà !

Comme le suggère le précédent article, End Of the Weak n’est pas un sujet qu’on se contente d’effleurer. Approchez le bout de l’ongle de l’engrenage, et le truc vous avale en entier.

Et pourtant… Malgré notre assiduité à youtubiser cette appellation d’origine contrôlée, on vient seulement de découvrir la vidéo qui suit !

 

[n.d.r. : Merci à Benoît « Bbrain » Beaudry (EOW Montréal, Ghetto Erudit) pour son rôle au poste d’aiguillage !]

Intéressant concept, qu’en pensez-vous ?

Une brochette de Mc’s de ce calibre, mis en images sur le vif dans les rues de New York avec le seul support instrumental du beatboxing… voilà qui nourrit la foi en la survivance du real hip hop, un rien malmenée ces derniers temps.

Jalousie, quand tu nous tiens!

Car lorsque les fans de certaines icônes surmédiatisées commencent à nier en France le talent d’un Deen Burbigo, au nom d’une soi-disant absence de street credibility (!!!), ou à contester la légitimité de Soulkast à s’adjoindre les services du légendaire DJ Premier (ce qu’ils devraient plutôt saluer bien bas), on est en droit de s’inquiéter d’un tel manque de discernement. Et là, on est polis…

Repassons en mode bisounours. Nous, on aime non seulement Primo, comme tout le monde, mais aussi Deen et Soulkast, comme personne… non on exagère, son Panthéon perso est classieux au possible, jugez-en plutôt :

 

Et puisqu’on vient de faire une embardée vers le rap français, restons-y encore un peu, si ça ne vous dérange pas.

Il est hors de question de le zapper ici, nous avons simplement choisi un autre angle. Parmi bien d’autres raisons de croire en lui : la vitalité de labels furieusement indépendants (Din Records) ; les projets collectifs qui se montent dans la difficulté, et soudent étroitement leurs auteurs (Etats-Unis d’Afrique) ; la mise à feu régulière de quelques torpilles inattendues (Red.K), avec le support de grands anciens peaufinant les leurs (Lino) ;

 

et même le potentiel de L’Entourage, crew pluridisciplinaire comme on les apprécie, mais pas encore parvenu à maturité.

Oui, il y a une vie en dehors du match des tsars BoobKaa. Le second a réussi « sur le tard » l’incroyable performance de s’engouffrer dans un créneau en principe totalement bouché ! Chapeau l’artiste, mais n’y a-t-il pas quelque part un problème, illustré dans l’exemple de billetterie ci-dessous ?

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(haut lieu montréalais ici identifié par sa vitrine)

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photos Olivier Brault, Hip Hop Café

 

D’un côté Masta Ace, un géant du Queensbridge, toujours sur la brèche depuis 1988 ; de l’autre Kaaris, lui aussi probable admirateur sevranais du précédent, et du mythique Juicy Crew dans son ensemble, mais improbable météorite de la Planète HH depuis 2013. Cherchez l’erreur de prix…

 La griffe EODub

Où en étions-nous ?

Ah oui, End Of the Weak… dont le chapitre France mérite quant à lui tous les éloges. De la profusion de preuves filmées qui en témoignent, nous extrairons celle-ci. Pas innocemment, puisqu’elle nous ramène au Deen Burbigo qui fut champion EOW de Marseille en 2011. Rester au niveau de baroudeurs tels qu’Artik et Kenyon, et ce dans les conditions particulières de la radio, n’est pas à la portée d’un néophyte :

 

En effet EOW a ses règles mais surtout ses « aigles ». Auxquels évitent souvent de se confronter de mieux établis dans le rap game, occultant de fait la dimension ludique d’une expression depuis longtemps consacrée.

La terrible avant-dernière épreuve « MC versus DJ » est à cet égard une chausse-trape où le premier nommé laisse parfois des plumes. Le DJ, maître du pitch en la circonstance, a bien entendu pour mission de ne favoriser aucun concurrent. Mais qu’un petit coup de folie le prenne, et il désarçonne un cador mieux qu’un bronco de rodéo n’expédie son cow boy dans la poussière.

Du plus modeste participant à une sélection régionale, à RES le champion du monde en titre, tous suscitent le respect. Et font des émules dans une frange activiste, souvent jeune, du public peu enclin à emprunter les chemins balisés.

En remportant toutes les finales canadiennes depuis 2012, Monk.E est à son tour entré dans le club des « gardiens de la flamme ». Au-delà de l’affection qu’il nous inspire, et de notre espoir de le voir couronné à Kampala, capitale de l’Ouganda, il est la synthèse de l’esprit EOW.

S’ils disent EO, vous dites ? Dub (pour Double U) ! Okay, one more time…

dans le rôle de Warlock pour la gestuelle : Sarah C 😉

 

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EOW, on y revient toujours… surtout Monk.E !

 

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(photo MC June)

C’est fait, it’s done, ha hecho ese !!!

Pour la troisième fois consécutive, Monk.E est champion EOW du Canada, qu’il représentera en Ouganda dans deux mois.

Y a-t-il quelque chose qu’on n’ait pas encore dit à son propos ?

Des douze apôtres parmi lesquels on ne trouvera jamais de traître, il est probablement l’un des plus dignes du titre mondial.

On dit « probablement », parce qu’on ne connaît pas encore tous les participants à la finale. Cela ne saurait tarder.

C’est tout à la gloire d’End of The Weak de mettre dans la lumière ces compétiteurs-là. Venus de tous les horizons de la planète (et non des quatre coins qui font si mal aux ossements de Galileo Galilei), et sortis de « poules éliminatoires » plus périlleuses que celle de nos Bleus au Brésil… Avec à chaque étape, un état d’esprit comparable au décathlon et à l’heptathlon de l’athlétisme.

La domination de Monk.E au Canada n’est pas une hégémonie, mais une véritable cérémonie.

Inépuisable, ce chum-là va nous épuiser !

KT Gorique, Monk.E et la famille EOW

Né sur un coup de cœur, ne détestant pas les coups de pique mais sachant se tenir à carreau (le trèfle vous change parfois une caisse claire en caisse enregistreuse), ce blog a aujourd’hui cinq mois. Un âge où l’on a encore le droit de balbutier, ce qui nous arrange bien dans notre credo de ne pas varier d’un iota sa raison d’être.
Grosso modo : hip hop à tous les étages, du moment qu’on se baigne ailleurs que dans le mainstream. Grossissimo modo : la culture des block parties à l’ancienne, plutôt que la sculpture des parties anciennement charnues…

Et lorsque l’élément moteur est le plaisir de la découverte, son carburant est facile à trouver. Prenez Monk.E, par exemple –vous êtes sûrs, on vous en a déjà parlé !?!
Bon, maintenant lâchez-le, et plus vite que ça. Réduisez la focale, ou élargissez le champ, c’est comme vous voulez puisque que ça revient au même. Vous voyez le nombre de connexions possibles dans le cadre ?

 

A la 50ème seconde apparaît la future primée de cette édition 2012 d’End Of the Weak à New-York, mais vous êtes vivement invités à aller jusqu’à 1:23:05, bande de flemmards ! Parce que le sextette de lévriers qu’elle a ramassés dans la ligne droite, c’est pas du menu fretin croyez-nous…

Faisons tout de suite un sort à un stéréotype langagier des plus navrants. KT Gorique n’est pas un petit bout de femme, KT Gorique est une grande dame. Championne du monde à 21 ans, représentant la Suisse dans le berceau même du rap pour sa première participation !

Si l’on osait (t’inquiète, on va oser), on évoquerait la précocité de Queen Latifah, ou mieux, MC Lyte. Sans oublier Diam’s et son prometteur « Premier mandat » de 1999. Si l’on osait toujours plus (te bile pas, on est des oufs), on dirait qu’il est bien moins aisé de décrocher la couronne mondiale EOW à l’extérieur que de réussir son premier album à domicile.
N’est pas la Mannschaft qui veut –aux dernières nouvelles, elle ne serait pas constituée de petits bouts d’hommes, n’est-ce pas wunderbar ?
N’est pas non plus le Barça qui veut, admirez la transition

 

Et comme KT Gorique n’en est plus à un défi près, écoutez-la dans l’exercice périlleux d’un premier titre en anglais, mis en ligne le jour de ses 23 ans. La famille, on vous dit !

 

Monk.E, le freestyle dans la tripe

Suite à la nouvelle victoire de Monk.E aux qualifs d’End Of the Weak, une petite polémique est née, concernant sa légitimité à représenter régulièrement depuis 2012 le Canada.

Attention ! on parle là d’un artiste trop respecté pour que le débat dégénère, et non d’une sanglante « matière à beef ». D’ailleurs, pour le moment, il n’est que finaliste, et sa mise au point (à lire sur sa page Facebook) a le mérite de le souligner.

Quant à notre propos en l’occurrence, il sera simple, sinon simpliste… Pourquoi Monk.E reste-t-il au sommet, bon an mal an ?

L’essentiel de la réponse tient ici, dans le règlement de la compétition, où aucune petite clause en corps 8 n’interdit au champion national de défendre son titre.
Chacune des 5 épreuves, chacun des 5 critères principaux de notation, offre une garantie de crédibilité à conseiller volontiers au petit monde de… heu, au hasard… du patinage artistique, tiens pourquoi pas ! De même que l’intégrité des organisateurs et des jurys d’EOW, soit dit en passant.

Alors, allons-y pour nos 5 bonnes raisons de voir Monk.E dans la peau du champion du monde EOW 2014…

– parce que sa capacité à se renouveler est immense, et qu’il n’y a jamais de redondance dans ses performances (ndlr : contrairement aux pauvres rimes en « ance » du blogueur honteux et confus, qui ne l’a pas fait exprès) ;

– parce que la passion l’anime en permanence (damned, encore une !), et que la lassitude l’épargnera encore lorsqu’il sera un ambassadeur octogénaire ;

– parce que son inspiration se nourrit de tout, et que la polyvalence est un atout maître dans ce type de confrontation ;

– parce que c’est un manieur de mots émérite, toujours dans le bon tempo car attentif au contexte ;

– enfin, last but not least, parce qu’il s’est bonifié dans le creuset de collectifs aussi divers que K6A, Amérythmes ou les trop méconnus KalmUnity, et qu’un total épanouissement artistique en est la conséquence logique.

Que Monk.E fasse ou non le voyage en Ouganda (*), il sera un vainqueur, tout comme Mef, Helmé et Clay, les autres participants de cette avant-dernière étape québécoise, et tant d’autres avant et après eux.

Car c’est aussi cela , la « Fin des Faibles » : une fête collective du pur mceing, traditionnellement conclue par un cypha skills de feu…

 

 

(*) big up à Cheeko (membre de Phases Cachées), qui y représentera la France en octobre. Avant d’en arriver là, il lui a fallu se frotter à quelques pointures…