Appelle-moi MC, volume Scud

Pour notre premier anniversaire, on se devait de pondre un billet. In extremis, à trois quarts d’heure du terme (26 février à 0h00), voilà qui est fait ! D’avance cher et nombreux lecteur de Trégonneau-Squiffiec, Côtes-d’Armor, veuille excuser tout enthousiasme superlatif, toute allusion acrimonieuse, tout dérapage incontrôlé -quoi que, tout bien considéré, on sait se tenir, hein ?

Blaiz’, deuxième acte

Il y a cinq ans paraissait « Appelle-moi MC »… L’une des plus brillantes compilations de l’histoire du rap français, à une époque où il en avait sacrément besoin. Quoi de plus logique que de retrouver ce niveau de qualité sous la houlette éclairée du même DJ Blaiz’, pour un volume 2 qui fleure bon l’indé ! On ne va pas faire dans la dentelle, ce skeud-là est un scud, qui bonifie encore un début d’année plutôt réussi.

Parce qu’il regroupe une grande partie des rappeurs et beatmakers qui constituent aujourd’hui une sorte de panthéon aux yeux des aficionados. Et lorsque ces derniers le sont de longue date (suivez mon regard en dedans), ils n’ont aucune peine à se situer dans le paysage.

« On dit qu’c’était mieux avant/ Mais j’étais là avant/ Si tu veux j’te r’fais le décor/ Mais son corps n’est pas excitant… »

Cultivons le paradoxe, la phase est signée Nasme. Autant dire un pilier de l’affaire en 2010, absent du track-listing de 2015. Piqûre de rappel, seringue bourrée jusqu’à la gueule de bonnes références :

 

Pas d’échappatoire possible : la mif’ est cernée, on n’en sortira pas autrement que les pieds devant. C’est une image bien sûr, puisque rap, littérature et cinoche sont faits pour s’entendre… simplement ça ne convient pas à tout le monde que « le rap coupé à la variète on cautionne pas du tout »! (Flynt)

Aucun élitisme dans cette affirmation, et encore moins de mépris. Qu’il s’agisse des artistes eux-mêmes, d’une presse nouvellement acquise au genre, ou des kids dont les goûts s’affineront, chacun son truc, comme on dit -et on dit bien, en l’occurrence… Juste une chose : même s’il ne sortait jamais son solo, le « Biffmaker » aurait plus fait pour la cause que les collègues à quelques milliers de K€ ou K$ en chiffre d’affaires !

La famille hip-hop en question englobe toutes les écoles, tous les styles, et tous les degrés de notoriété possibles, et ça fait de la matière ! Elle ne se définit jamais d’après son ancienneté, mais selon sa capacité à surfer dans le creux de la vague -le tube, pas visible du grand public massé sur la plage… Un exercice dans lequel bien des locomotives (mdr) du moment se casseraient la gueule en beauté.

S’il y a des biftons à prendre, pourquoi pas ? Mais s’ils sont chasse gardée, pour cause de modèle économique unique, on attendra. Et surtout, on luttera. Plutôt que de présenter son envers tout en chiquant au marlou. Et pourtant « j’s’rais tranquille à vie/ Si j’coupais l’doigt de P Diddy » (Paco)

 

Et maintenant, si on se faisait une punchline de quatre minutes? Ce n’est pas très éloigné de ça, et sans l’image qui parfois déconcentre elle n’en prend que plus de poids :

 

Première Ligne, deuxième salve

Voici près de deux ans, sous le titre de « Hardcore pas mort » le petit article qui suit avait fait un tabac sur notre page Facebook : deux likes !

Test two, in extenso… le choix de la fainéantise, mais que voulez-vous : il est déjà tard pour un bébé d’un an…

Chez Bboykonsian, on est autonome. Un collectif, un label, un webzine, une maison d’édition… et un combat. Violence verbale raisonnée. Si elle vise le flic honni, c’est la fonction et non l’individu. Ni mythomanie galopante, ni apologie gerbante. 

Rien à voir avec les « icônes » si gracieusement écloses d’un cocon ouaté confondu par mégarde avec le ghetto.

Ces types-là, plus quelques autres gravitant sur la même orbite, savent structurer un son autant que se structurer eux-mêmes. Balancer d’emblée la sauce poisseuse d’une atmosphère qui englue irrémédiablement. Histoire de ne laisser à l’auditeur d’autre choix que celui de la réflexion…

Comme les six nouvelles du livre-cd « A couteaux tirés » paru en 2013 chez Syllepse (consultez le catalogue, ça vaut son pesant de littérature engagée).

Pas un perdreau de l’année, l’auteur! Skalpel, rappeur d’Aulnay et d’Uruguay, 34 ans, et suffisamment d’inspiration pour en être déjà à son deuxième recueil. En plus de 6 solos dont celui-ci, et 5 Ep’s et albums en deux groupes successifs.

Du pur storytelling : le constat brut, pas la gloriole factice. Conneries assumées, gueules pétées, défonces revendiquées, cicatrices visibles, et la rage à flot, encore et toujours. La vie quoi, disent doctement ceux qui en sont à 20.000 lieues… 

Avec Guez (non, pas de Balzac m’enfin ! revoyez vos classiques), Skalpel constituait un tandem assez redoutable au sein de la K-Bine. Groupe né de ses cendres encore ardentes, Première Ligne a publié en mars 2013 son premier opus collectif. E.One l’autre MC s’y révèle pas maladroit non plus côté prods, et DJ Akye le Bboykonsian originel y distille toujours sa science du scratching. 

Ce trio représente l’essence même du hardcore, dans sa dimension de lutte sociale. 

Un passé, un présent et un futur de militance de l’asphalte hurlante. Celle qui se confectionne elle-même ses bannières, si besoin est… (mars 2013)

On n’y change pas un mot. Première Ligne aussi, c’est la famille. Ils enverront leur deuxième salve très prochainement, et ça fait du bien.

 

Ce blog avait un an, merci, à bientôt.

 

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Le rap, ce sera toujours mieux (indé)pendant !

Ce blog a bientôt un an. L’âge où toute la famille est convoquée au chevet du bambin pour s’extasier sur ses progrès stupéfiants. Vous êtes priés de remplir de ah! et de oh! la ligne suivante.

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Merci, fermez le ban. Et maintenant

 

On ne s’en lasse pas, de ce comique de répétition… D’ailleurs, ce n’était pas très enthousiaste. Bien l’impression qu’il manque du monde.

En matière d’infidélité, on a vu pire ces derniers temps. Tant de causes démarrant en feu de paille pour se terminer en eau de boudin, ça finit par faire une mélasse dont il est difficile de se dépêtrer !

Bien. Où en étions-nous ? Ah oui, la famille. Familles, je ne vous hais point, mais à une condition : ne laissez plus personne vous qualifier de tribus ou de clans. Pure stratégie de lobbies médiatiques, pas nécessairement publicitaires au demeurant, divisant sciemment pour mieux vendre leur soupe.

Ce qui, de près ou de loin, et aujourd’hui pas plus qu’hier, ne peut convenir au rap (écoutez Papi, les enfants). Musicalement œcuménique, intrinsèquement démocratique, il reste la voix du peuple. S’il était replié sur lui-même, nombre de ses représentants se seraient reconvertis depuis un bail, tant il est plus facile d’y gagner des pépins que des pépètes.

De fait, il y a des pépites à en extraire chaque fois que son expression est libre et combative… on va commencer par celle-ci, qui illustre à merveille notre propos :

 

C’est tout ce qui nous intéresse, plutôt que de verser dans une de ces querelles anciens-modernes qui ne feront jamais que la joie des académiciens, en herbe ou de tout poil. Le hip hop reprenant à son compte les conventions dont est censée le démarquer toute l’essence du mouvement, voilà qui serait aussi suicidaire que désopilant (oui, on aime bien se marrer avec le canon sur la tempe, chacun sa came).

Aussi le slogan « c’était mieux avant » apparaît-il comme un simple libelle, un gimmick futé destiné à être réfuté. Il l’a d’ailleurs été, avec le grand mérite d’aiguillonner par la même occasion la verve littéraire de quelques-uns, dont les deux ci-dessus. Certainement pas un hasard !

 

L’album à venir de Kaot’F , si souvent reporté, jamais abandonné, s’intitule « L’écoute et l’entente »… est-il utile de développer le concept ?

Une vraie famille n’est jamais fermée, sa plus noble fonction est d’accueillir. Et non pas d’intégrer, nuance ! D’intégrer à ingérer il n’y a qu’un t pas très dansant.

Dans la vidéo qui précède sont personnifiées les composantes essentielles de ce qu’on continuera à nommer le vrai rap. Celui qui se fout éperdument du buzz, du compteur de vues (truqué par définition) et de la direction verticale des pouces pavloviens. Celui qui réunit de leur propre chef une douzaine d’artistes de notoriété variable selon leurs affinités, et non sur un coup de marketing. Celui où l’on retrouve régulièrement des baroudeurs du freestyle en rupture (provisoire, parce que l’exercice est addictif) de Rap Contenders ou End Of the Weak. Une référence, un label de qualité aussi motivant côté fosse que côté scène…

Celui aussi dans lequel le premier à balancer ici ses huit mesures, l’archétype du rappeur aussi indépendant qu’entreprenant, voit une armée potentielle en marche.

Mettez une douzaine de Nasme, de Sëar et de Flynt dans le rap français, et il se gagne à la fois un avenir, l’émergence de talents cachés et la mise en retrait, sinon en sommeil définitif, des petits manitous ignares qui nous bombardent de leur daube en conserve avariée. A 7:18 si vraiment vous n’avez pas le temps de voir ce docu en entier, il y a de quoi espérer en des lendemains qui chantent moins faux.

 

Pas d’hypocrisie. Perchée plus ou moins discrètement sur nos baromètres, la grenouille YouTube continue de coasser ses prédictions lénifiantes. Grâce à nous qui lui donnons les moyens d’atteindre la taille du bœuf…

Stoppons cette enflure, cessons d’être des bœufs !