Monk.E, septembre de folie

!! interlude !!

cabaretUW

une légende

+

le fils d’une légende

+

une légende en marche… devinez qui !!

(on vous donne 3 indices)

  

The Lighthouse (détail) – Monk.E @House of PainT, Ottawa

 

!! hip hop will never die !!

Eman x vLooper : un autre missile du rap québ

De Rap en Graff… c’est écrit sur l’emballage.

So what, quid du graff ? se demande à juste titre notre fidèle et latiniste follower de Limeil-Brévannes, dans le 9.4 (c’est pas vrai, on fait semblant, comme dans le courrier des lecteurs de la presse de gare).

Il est bien là, en filigrane. Avoir pris pour fil conducteur Monk.E est une idée presque aussi riche que le rap québ lui-même. Vu que le gaillard est armé en permanence de ses cans les plus créatives (check this out), on garde forcément le street art en ligne de mire.

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Crocodeals bas-canadiens, par Monk.E & Axe Lalime !?! Ode à Ogden ?

Lequel ne se goûte jamais mieux qu’in situ, est-il utile de le préciser…

Dans le même ordre d’idée, rien de tel qu’un bon freestyle pour montrer ce qu’un rappeur a « dans le moteur ». L’émission Ghetto Erudit s’en est fait depuis 2006 le temple sacré montréalais. On conseille volontiers aux curieux d’y faire un tour à l’occasion.

 

Récemment s’y produisaient Eman et vLooper (prononcez Vee Looper). C’est exact, on vous les a déjà présentés… bien vu, cher et néanmoins fictif Brévannais, du 9.4 ! Mais on ne faisait alors qu’annoncer leur premier LP. Qui entre temps est paru, et actuellement sur sa rampe de lancement.

L’expression n’est pas fortuite, tant « XXL » est bien le missile attendu. Et comme « Initiatique », le dernier opus de Monk.E (dont votre serviteur assume benoîtement la 87ème écoute), il brûle 40 minutes durant. Soit la durée des grands albums de l’histoire du hip hop.

Cqfd… ben tiens, on est là pour ça !

L’album rap québ de l’année? Oui, si…

Tout d’abord, que « Mantra » entame les (d)ébats est un excellent point (en passing shot de revers). Parce qu’il FAUT abuser des bonnes choses, et que celle-là est parfaitement apéritive ! Le clip réalisé par Les Gamins Production y distille d’ailleurs une telle addictivité qu’il n’est pas inutile de se recentrer sur le texte et l’instru.

Et là, aucune place au doute, c’est le morceau idéal pour une première approche de ce duo plus robuste que sa discographie commune. En dehors d’Alaclair, tout du moins.

Petite digression (on ne se refait pas). Ils ont pris le parti d’une distribution plus marketée qu’à l’habitude, qu’il s’agisse d’eux-mêmes ou de leur entourage immédiat. Démarche qu’Eman résumait limpidement au micro de Ghetto Erudit : il y a un peu d’argent à prendre dans le rap québ, pourquoi se gêner ?

Réfléchissons un instant, chers amis, à ceux qui en prennent cent fois plus avec cent fois moins de talent, ici et là, et même ailleurs. Top chrono, fin de la « réflexion »…

Gros avantage pour nous, discothécaires de Paname et néanmoins fans : on les aura ! Heu… dans nos bacs, voulons-nous dire. Monk.E ne peut pas faire tous les mois le trajet, les bras chargés de cadeaux. En attendant, retour à XXL, dûment acheté et impatiemment téléchargé par le précieux truchement de Bandcamp.

Au deuxième titre, le coup de foudre se profile. Même avec une prod électro qui chatouille nos tympans sur le mode où-ai-je-entendu-ça, « Tirer des moves » pose vLooper en vrai maestro du son, alliant puissance et subtilité à doses milligrammées, où les références revendiquées à feu J Dilla ne sont jamais très loin.

Quant à Eman, nul besoin de verses à rallonge pour asseoir son flow protéiforme. Plutôt fluide quand il se cale à l’attaque sur celui d’un invité certifié rub-a-dub (« Tout’ nou » avec Papa T) ; capable d’accélérer brusquement sur un beat pourtant downtempo (« Dookie ») ; revenant à des considérations plus old school et syncopées (« Les pauvres ») ; gardant résolument son style éraillé tout en se fondant dans le joli filet soul de MoDlee (« Back to me »).

Conquis par cet éclectisme, on n’a plus qu’à se refaire le finement irrévérencieux « Publi-sac », découvert en exclu chez Ghetto Erudit. Le type de friandise qui gagne en saveur à chaque écoute, pour tout francophone pointilleux (attention, terrain glissant 😉

Poursuivre « Sans les mains » mais avec Neto Yuth, toaster sur coulis de piu-piu du genre goûtu, et MoDlee concluant en diva trip-hopisante du meilleur cru.

Deux délicieuses incongruités plus tard, on voit d’un troisième œil velouté « Nat King Cole », et l’évanescente Ariane Moffatt monte dans notre estime pour son saut « Dans le vide » en clair-obscur, special guest écartelée entre les douces nappes de vLooper et le timbre rugueux d’Eman.

A vrai dire, tout cela est un peu mad, pardonnez-nous cette facilité. Yes Eman, yes vLooper, we’re « M.A.D. » at you… Et si XXL n’est pas notre disque de l’année, c’est qu’il ne contient que onze pépites, là où celui de Monk.E en alignait douze de facture tout aussi variée.

C’est vraiment là que réside la qualité du rap québ, tous genres confondus. Dans sa versatilité…

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Osti One, haute résolution

Avant d’aborder le propos du jour, deux phrases d’egotrip.
Il semblerait que ce blog soit bien suivi… au Canada. Nous en sommes très fiers, mais notre objectif premier reste d’intéresser ici à ce qui se passe là-bas.
Et là, apparemment c’est pas gagné !
Alors bien sûr, on pourrait tagger ces modestes articles avec des mots comme Fouine ou B2o. Après tout, zoologie et chimie sont aussi des sujets porteurs.
Ce serait tricher, et tricher c’est très vilain. Presque autant qu’aller faire le pingouin dans les « garderies » mondaines d’un showbiz schizophrène et côtedazuresque (Seigneur, pourquoi tant de Z !?).

N’hésitez pas à (ré)écouter le dernier son illustrant notre sincère hommage à Sans Pression, Souverain Pontife de choc. Il souligne, à sa percutante manière, l’autisme volontaire où persistent à se cantonner certaines figures de proue de notre rap hexagonal.

Il ne faudrait pas que cette attitude rigoureusement indéfendable déteigne sur leur public. A fortiori quand elle confine au mépris. Que les petits bonshommes ne l’oublient pas : 2Bal, Akh ou La Cliqua ont collaboré avec les rappeurs québécois parce qu’ils les trouvaient talentueux. Et inversement, sans paternalisme à la noix.

Bon, terminé pour l’autosatisfaction et le donneurdeleçonisme (ben quoi ?), redevenons po-si-tifs.

Quand même, vous ne trouvez pas qu’on a fait beaucoup d’infidélités à K6A, ces derniers temps ? Faudrait peut-être pas oublier qu’on leur doit notre engouement retrouvé envers Montréal ! Pour ceux qui ont raté le début, rien ne vous empêche de descendre par l’ascenseur, à droite en sortant…

Atout slang

Du noyau originel de K6A, il a beaucoup été question de Monk.E, en une logique imparable résumée par le bandeau introductif resté inchangé, tout là-haut. Il est un autre membre, un chouïa moins prolifique, qu’on se gardera d’oublier dans le cours de notre sinueuse flânerie. Et cette vadrouille-là, pourquoi ne pas la commencer en caméra subjective :

 

Savoureux, non ? Presqu’odorant, de fait. Ce clip réalisé pour le tout récent EP « Snapkit » (et non Snakepit, chers herpétologues) a le triple avantage de présenter Osti One, cordes vocales passées à la toile émeri du slang québ ; plus Entek « le PM humain », qui ralentit légèrement son débit pour l’occasion ; et griotte sur le clafoutis, deux ex-Atach Tatuq aujourd’hui Ducs du Hasard (ok ok, quadruple avantage, pas la peine de la ramener les matheux !)

On pourrait partir sur cette dernière piste, et avoir pas mal de grain à moudre. Ce sera plus tard, pour le moment on a dit Osti One. Lorsque ça le prend, il est également capable de commettre des délits dans ce genre :

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Certes, il y est entraîné souvent par le larron nommé Monk.E, mais l’excuse est faible. Au début de ce siècle déjà, ils formaient avec Saer et Serak un quatuor de chenapans qui barbouillaient partout dans la crèche et même au dehors. Quand on pense qu’ils se sont adjoint ensuite les services de 18 autres raccoons, ça fait franchement frémir !

Tenez, un autre témoignage de leur complicité indissoluble se trouve . Association de bienfaiteurs : ça peut aller chercher dans les… voyons… 2’53 », sur ce splendide « Initiatique » dont l’empreinte n’est pas près de s’effacer.

Nous espérons fortement que le bienheureux horticulteur et viticulteur Smilé Smahh nous réserve encore quelques millésimes soniques de cet acabit. Faute de quoi SevDee, KenLo, Vnce, Vlooper, ou pire encore un membre d’Alaiz  tapi dans l’ombre, viendra lui arracher sauvagement sa couronne 2014… veuillez nous pardonner, pendant un instant on s’est cru dans un épisode de notre hilarant jeu national Kivanikéki.

Quant à « Full HD », le solo d’Osti One dont on peut vanter une identique originalité en 2013, laissons-le en parler lui-même à Elementality peu après sa sortie. Et y expliquer en particulier le concept technologique du titre, appliqué à sa philosophie de vie. Un somptueux festin idiomatique, à frapper d’apoplexie la « bien-parlance » médiatique locale…

Oui vraiment, encore un sacré beau fleuron de la garderie !?!

 

Tous à Hochelaga

Le fantastique bouquin(*) de John Brunner « Tous à Zanzibar », paru en 1968, regroupe virtuellement notre Humanité de 2010 sur cet archipel au large de la Tanzanie. Chaque individu partageant alors avec trois autres un petit mètre carré de terre ferme.

Selon le même principe, les 483 km² recensés de l’archipel d’Hochelaga (à ne pas confondre avec la circonscription, de bien moindre superficie) suffiraient à accueillir la communauté hip-hop mondiale de 2014. En la tassant même un peu moins… tout en conservant ce type d’espace

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« Migration aquatique » (Monk.E, Piscine Baldwin, Montréal)

Mais pourquoi donc nous exiler là-bas, grands dieux ? s’interroge benoîtement la génitrice, et parfois unique lectrice, du blogueur ici présent. Parce que, à l’heure actuelle, c’est là-bas que presque tout se passe : dans le berceau historique de Montréal.

Mais non M’man, pas en SF, en rap ! Quoique… le piu piu style, hein ? ça peut nous faire voyager loin dans le futur.

Elle croyait que dans les deux cas il fallait plutôt se tourner vers les Etats-Unis. Or John Brunner était anglais, et d’une. Et de deux, la France dans tout ça ? Ben, heu… depuis que Booba roule en Rolls, M’man a un peu lâché l’affaire. Il faut la comprendre, B2O est tellement Lunatic qu’il a zappé la Lexus de son lointain souvenir, c’est très décevant ! Bon enfin, les vrais savent.

Revenons à nos gloutons, ou carcajous au Canada. Et à nos ratons. Dont l’un, et pas des moins bigarrés, s’apprête à faire le trajet inverse. J-5, très précisément.

Pfff, rien à voir avec Jurassic Five, M’man !

Tu sais quoi ? tu vas tout dérouler vers le bas sur ce splendide arrière-plan vert signé Jess Gonzalez, et en apprendre plus sur Monk.E avant samedi prochain à la bibliothèque Couronnes. A commencer par ceci, même si la set list du concert y différera forcément

 

Au fait, Hochelaga : seulement à partir du 25 mai, d’accord ? Ou plutôt du 12 juin, fin du séjour européen du Monk. Et sans passer par le Brésil, j’te connais…

(*en tout discothécaire insomniaque, il y a un bibliothécaire qui sommeille)

 

Monk.E à Couronnes : J-15…

… et lancement de sa fusée « Initiatique » : J+15.
Pas un jour qui se soit écoulé sans un retour sur ce joyau stratosphérique, depuis le 24 avril !

Non par nécessité professionnelle, simplement pour le plaisir et l’émotion bruts. Deux semaines, et déjà toutes les allures du must. On ne dira pas classique, tellement il trace sa lumineuse arabesque hors du champ traditionnel du hip-hop.

Néanmoins c’est bien de hip-hop qu’il s’agit. Certes plus tout à fait sous la forme ci-dessous, socle ô combien imputrescible pour la communauté originelle,

 

mais largement de nature à effacer les moues circonspectes sur les visages de b-boys désormais quadragénaires.

Une critique de Darcy McDonald (pistez ses articles si vous maîtrisez l’anglais) parue dans Cult MTL a fort bien saisi l’aspect innovant, sinon révolutionnaire, de l’épopée « Initiatique ». Poser son rap sur les sons ambient space concoctés par le maître queux Smilé Smahh pouvait apparaître comme une gageure. C’était sans compter avec le verbe luxuriant et le flow olympien de Monk.E, qui repousse encore les limites de la jeune école Piu-Piu, plutôt instrumentale à l’heure actuelle.
Tous ses pairs au Québec ont salué à tour de rôle la performance. Il faut réellement avoir son charisme pour toucher (outre les étoiles) les cœurs d’une flamme aussi vive que celle qui brûle sur « Chers Elohim » ou « Hikuri » -on ne cite là que deux des pures merveilles émaillant un album au timing parfait.

Shroomcaps et shroombap à l’honneur

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Lino et Calbo, toujours sur la brèche, et Monk.E en guest : pur P.O.I.S.O.N. !!

Le décor est planté. La « scène du crime » suivant aussi, voyez ci-contre.

Rien à voir avec de la promo toute bête. Monk.E sera là parce qu’il l’a souhaité aussi ardemment que nous, qui avons découvert sa peinture et son rap par une espèce de coup de dés du destin.
Son périple européen se poursuivra en Suisse, avec notamment la première partie d’Ärsenik à Montreux le 31 mai, dans le cadre d’End of the Weak 2014.
Décalage d’une semaine qui nous évoque irrésistiblement Djeli Moussa Condé et ses musiciens, « chez nous » en novembre dernier, huit jours avant leur mémorable concert au New Morning. L’enfant de Conakry et Belleville, son chant si puissant et humble à la fois, faisant naître dans le public conquis une affection spontanée, aux ressorts plus profonds que le seul talent artistique.

Monk.E est de cette lignée. Celle des griots, au sens de grands communicateurs. Nul doute que l’essence africaine du mot lui convienne.
Et Drummondville rime avec Belleville, qui d’ailleurs ne lui est pas inconnu. Les rideaux de la bibliothèque Couronnes graffés par ses soins, dix mois après sa fresque très remarquée sur le spot Dénoyez, en collaboration avec Kouka Ntadi l’indomptable « semeur » de guerriers bantous : voilà une idée qui nous enchante.

Vous les verriez plutôt dans quel style?

Celui-ci?

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Monk.E & K6A, Montréal

Celui-là?

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« Piupiu style » (Monk.E & Fluke Art, Longueuil)

Ou bien quelque chose dans ce genre?

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Yah’s oracle (2010)

Shroomcaps dans la journée (« tu t’mouches en couleurs si t’as pas mis d’masque »), shroombap en soirée avec son DJ pour la circonstance Gyver Hypman, partenaire tellement sur la bonne longueur d’ondes qu’un disque commun est prévu pour la fin de l’année.

 

Good trip en perspective, assurément…

L’histoire ne s’arrêtera pas là. Ce blog non plus. Monk.E, notre cher « Immuable en mouvement », encore moins !

 

Du hip-hop au piu-piu

Impossible de parler de Montréal sans évoquer la Piu Piu music.
Si vous n’étiez pas sur Terre ces trois dernières années, pas de problème : vous en avez forcément entendu l’équivalent dans l’espace intergalactique, et ne serez pas dépaysés.

Drôles d’oiseaux, ces Piu Piu ! Certains adeptes expliquent volontiers l’appellation par les sonorités pépiantes du laser. Ce n’est qu’une des variantes possibles, la paternité du terme revenant apparemment à Vlooper, l’un des beatmakers d’Alaclair Ensemble.

Quant à la définir plus précisément, trêve de gazouillis superflus…

Ci-dessous, l’excellent documentaire signé Aisha C. Vertus, en forme de présentation d’une florissante scène locale par ses acteurs les plus influents. Dont SevDee, grand ordonnateur du son de K6A et initiateur de l’aventure ArtBeat Montréal.

Ici, leurs créations compilées en trois volumes.

, un article très complet sur le sujet, écrit à l’occasion de la 15ème édition du MEG (Montréal Electronic Groove).

Et maintenant, retour à Monk.E pour la traduction picturale.

James Dewitt Yancey, alias Jay Dee alias J Dilla, le légendaire DJ producteur de Detroit décédé en 2006, est en effet la source d’inspiration principale du mouvement Piu Piu.
Hip hop électro par essence, celui-ci a évolué très vite musicalement, et intégré une dimension multi-culturelle fédératrice. Nombre de MC’s circonspects au départ n’hésitent plus désormais à poser leurs textes sur ces instrus parfois « casse-gueule » à l’origine, de par leur structure un peu liquide.

Ses nombreuses collaborations avec Kenlo ont tout naturellement mené Monk.E sur ce chemin-là. Son album « Initiatique », à paraître fin avril, est d’ailleurs produit par Smilé Smahh, autre élément de premier plan de l’école Piu Piu.

Vous a-t-on déjà dit qu’on l’attend avec impatience? Et son auteur en chair et en os, un mois plus tard?

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« Le Monk » (Monk.E & Young Jarus, Mexico)

Montréal place-forte sur le Web

Les rappeurs québécois ont su s’emparer à temps du précieux véhicule qu’est notre World Wide Web. Plus promptement que d’autres, en butte parfois au même blocage culturel de la part de leurs compatriotes.

Allez, petit exercice de mémoire. Facultatif pour vous, les kids !…

L’essor et l’oubli

Flashback au coeur effervescent des glorieuses nineties. Vous savez, cette période où un label novateur de la capitale belge, Sub Rosa, éditait le rap inuit de Nuuk Posse, groupe de la capitale groenlandaise !

Dans la famille Double H, le Canada francophone aligne un carré d’as discographique qui trouve immédiatement son auditoire. Soit : Dubmatique, Rainmen (ft. La Cliqua sur ce titre), puis Muzion et… Sans Pression (comme on se retrouve!), pour autant d’albums devenus des classiques.

Et puis…?

Rien, ou presque. Du moins, en termes d’exposition médiatique -parce que la qualité demeure, quant à elle. Peut-être s’agit-il là du chaînon manquant évoqué dans l’intro de ce blog. De temps à autre cependant, façon de ne pas s’enliser précocement dans le mainstream, la mise en lumière de quelques artistes probablement mieux structurés pour un retentissement international (Loco LocassManu Militari, par exemple).

Renaissance : le rap queb aime le ouèbe

Alors… juste un soufflé qui retombe? Que nenni ! Aucune raison que cesse d’opérer le fameux esprit Do It Yourself qui a révolutionné la musique. L’immense « Survival of the fittest » de Mobb Deep ne saurait s’appliquer à toutes choses en ce bas monde, n’est-ce pas?

En l’occurrence équipé du minimum technologique vital, le cousin doué de la branche outre-Atlantique va retracer sa route, en utilisant au mieux les possibilités du Net. Parallèlement quelques artistes itinérants dans l’âme font renaître l’intérêt pour leurs productions, un rien éclipsées par celles du voisin omniphage du sud.

Ainsi Monk.E, notre guide à distance (quelquefois à son insu) au travers de cette présentation. L’archétype du passeur activiste, qui signe début 2006 un premier disque aussi « boom bap » que réfléchi, synthèse rarissime de styles et de talents. Classé dans son Top10 par le webzine DISQC (adresse à connaître impérativement), l’album en enfantera quatre autres, tandis que son auteur enchaîne sur ce qu’il appelle légitimement ses pèlerinages.

A terrasser d’épuisement bien des hyperactifs ! Mais pas lui…

Montréal, arène des battles

Le tour d’horizon du précédent billet, qui s’appuie fortement sur les choix de Monk.E, ne se prétend d’ailleurs ni état des lieux, ni panorama exhaustif de 2013. Son petit complément d’âme pourrait bien être une forme de fusion pas trop courante en nos contrées. Non seulement entre courants musicaux, mais aussi entre générations.

On retrouve le phénomène sous cet aspect primordial de la culture hip hop, particulièrement apprécié au Québec : les battles, joutes oratoires qui sont le fil conducteur du film 8 mile (avec Eminem). A la nuance près qu’elles se déroulent désormais systématiquement a cappella, et dans un esprit de respect mutuel.

Vous aimez le syndrome de « l’oeil qui frise », aux meilleures phases de l’adversaire en rhétorique? Goûtez donc ci-dessous la confrontation Jam vs. Jeune Chilly Chill dans le cadre des WordUp! Battles, manifestation de référence. On peut zapper dessus à volonté, tout en gardant l’assurance de tomber sur un passage d’anthologie. Adopté en France sous l’appellation de Rap Contenders, le concept a permis notamment à un certain Nekfeu (membre de 1995 et S-crew) de diversifier sa palette de talents.

Là encore le K6A est « dans la place », y compris Monk.E hilare aux premiers rangs, et Filigrann aka Fili endossant ici la fonction d’animateur et organisateur. Afin de mieux situer cette autre (et haute) figure montréalaise, on ne résistera pas, en guise de conclusion, au plaisir de revoir « Protège ta nuque », morceau de bravoure où il est l’alter ego de Raekwon.

Un bel hommage aux mythiques « shaolins » de Staten Island, en même temps qu’un exercice sur le son techniquement bien plus complexe qu’il n’y paraît. Pas d’la marde, tabarnak ! oops, pardon…

Vive le « Rap Queb » libre!!

« La scène hip-hop québécoise prend de la maturité et se diversifie rapidement. Je suis de plus en plus fier de la représenter dans les pèlerinages artistiques que j’entreprends. Elle n’a rien à envier à personne. Nos graffeurs, nos rappeurs, nos beat makers et musiciens, nos bboys et bgirls me rendent confiant : une fois la bonne visibilité remise sur notre communauté les gens n’en seront point déçus. Comme toute scène nous avons toujours notre lot de clichés de mauvais goût et de productions honteuses, mais je reste ferme sur le fait que notre ratio de qualité est à la hausse depuis quelques années. »
(propos tenus par Monk.E au webzine montréalais WordUp! fin 2013)

Le bâton de pèlerin de Monk.E l’a mené au cours des derniers mois, d’ateliers de poésie et d’alchimiographie (ce dernier concept lui appartient, qui plus est) en compétitions internationales de freestyle telles que End Of the Weak

; de concerts donnés quasiment impromptu, en réalisations graphiques étourdissantes de brio : commanditées parfois, et souvent en collaboration,  parce que cela correspond à son mode de pensée humaniste ; de Montréal à Londres, de Paris au Nuevo Leon (capitale : la mythique Monterrey)

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Monk.E & Mr. Skelleton
Cholula, Puebla

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Monk.E & Kouka Ntadi
Belleville, Paris

de performances au côté d’icônes mondialement reconnues, en responsabilités officielles de directeur artistique ou membre de jury… et on en passe !

Bref, qui dit mieux ?

Ce Monsieur, avec un grand t’aime, a trouvé en outre le temps de sortir un quatrième album (ici, l’un des titres phares du précédent)

de promouvoir ceux de ses potes, et de dire oui, au hasard de l’une de ses performances parisiennes, à la bibliothèque Couronnes qui le sollicitait par l’intermédiaire de sa photo-reporteuse-moissonneuse-battante attitrée…

Alors, si vous étiez en quête du véritable esprit du hip-hop, ne cherchez plus : il soufflera au 66 de la rue des Couronnes le samedi 24 mai prochain!