Appelle-moi MC, volume Scud

Pour notre premier anniversaire, on se devait de pondre un billet. In extremis, à trois quarts d’heure du terme (26 février à 0h00), voilà qui est fait ! D’avance cher et nombreux lecteur de Trégonneau-Squiffiec, Côtes-d’Armor, veuille excuser tout enthousiasme superlatif, toute allusion acrimonieuse, tout dérapage incontrôlé -quoi que, tout bien considéré, on sait se tenir, hein ?

Blaiz’, deuxième acte

Il y a cinq ans paraissait « Appelle-moi MC »… L’une des plus brillantes compilations de l’histoire du rap français, à une époque où il en avait sacrément besoin. Quoi de plus logique que de retrouver ce niveau de qualité sous la houlette éclairée du même DJ Blaiz’, pour un volume 2 qui fleure bon l’indé ! On ne va pas faire dans la dentelle, ce skeud-là est un scud, qui bonifie encore un début d’année plutôt réussi.

Parce qu’il regroupe une grande partie des rappeurs et beatmakers qui constituent aujourd’hui une sorte de panthéon aux yeux des aficionados. Et lorsque ces derniers le sont de longue date (suivez mon regard en dedans), ils n’ont aucune peine à se situer dans le paysage.

« On dit qu’c’était mieux avant/ Mais j’étais là avant/ Si tu veux j’te r’fais le décor/ Mais son corps n’est pas excitant… »

Cultivons le paradoxe, la phase est signée Nasme. Autant dire un pilier de l’affaire en 2010, absent du track-listing de 2015. Piqûre de rappel, seringue bourrée jusqu’à la gueule de bonnes références :

 

Pas d’échappatoire possible : la mif’ est cernée, on n’en sortira pas autrement que les pieds devant. C’est une image bien sûr, puisque rap, littérature et cinoche sont faits pour s’entendre… simplement ça ne convient pas à tout le monde que « le rap coupé à la variète on cautionne pas du tout »! (Flynt)

Aucun élitisme dans cette affirmation, et encore moins de mépris. Qu’il s’agisse des artistes eux-mêmes, d’une presse nouvellement acquise au genre, ou des kids dont les goûts s’affineront, chacun son truc, comme on dit -et on dit bien, en l’occurrence… Juste une chose : même s’il ne sortait jamais son solo, le « Biffmaker » aurait plus fait pour la cause que les collègues à quelques milliers de K€ ou K$ en chiffre d’affaires !

La famille hip-hop en question englobe toutes les écoles, tous les styles, et tous les degrés de notoriété possibles, et ça fait de la matière ! Elle ne se définit jamais d’après son ancienneté, mais selon sa capacité à surfer dans le creux de la vague -le tube, pas visible du grand public massé sur la plage… Un exercice dans lequel bien des locomotives (mdr) du moment se casseraient la gueule en beauté.

S’il y a des biftons à prendre, pourquoi pas ? Mais s’ils sont chasse gardée, pour cause de modèle économique unique, on attendra. Et surtout, on luttera. Plutôt que de présenter son envers tout en chiquant au marlou. Et pourtant « j’s’rais tranquille à vie/ Si j’coupais l’doigt de P Diddy » (Paco)

 

Et maintenant, si on se faisait une punchline de quatre minutes? Ce n’est pas très éloigné de ça, et sans l’image qui parfois déconcentre elle n’en prend que plus de poids :

 

Première Ligne, deuxième salve

Voici près de deux ans, sous le titre de « Hardcore pas mort » le petit article qui suit avait fait un tabac sur notre page Facebook : deux likes !

Test two, in extenso… le choix de la fainéantise, mais que voulez-vous : il est déjà tard pour un bébé d’un an…

Chez Bboykonsian, on est autonome. Un collectif, un label, un webzine, une maison d’édition… et un combat. Violence verbale raisonnée. Si elle vise le flic honni, c’est la fonction et non l’individu. Ni mythomanie galopante, ni apologie gerbante. 

Rien à voir avec les « icônes » si gracieusement écloses d’un cocon ouaté confondu par mégarde avec le ghetto.

Ces types-là, plus quelques autres gravitant sur la même orbite, savent structurer un son autant que se structurer eux-mêmes. Balancer d’emblée la sauce poisseuse d’une atmosphère qui englue irrémédiablement. Histoire de ne laisser à l’auditeur d’autre choix que celui de la réflexion…

Comme les six nouvelles du livre-cd « A couteaux tirés » paru en 2013 chez Syllepse (consultez le catalogue, ça vaut son pesant de littérature engagée).

Pas un perdreau de l’année, l’auteur! Skalpel, rappeur d’Aulnay et d’Uruguay, 34 ans, et suffisamment d’inspiration pour en être déjà à son deuxième recueil. En plus de 6 solos dont celui-ci, et 5 Ep’s et albums en deux groupes successifs.

Du pur storytelling : le constat brut, pas la gloriole factice. Conneries assumées, gueules pétées, défonces revendiquées, cicatrices visibles, et la rage à flot, encore et toujours. La vie quoi, disent doctement ceux qui en sont à 20.000 lieues… 

Avec Guez (non, pas de Balzac m’enfin ! revoyez vos classiques), Skalpel constituait un tandem assez redoutable au sein de la K-Bine. Groupe né de ses cendres encore ardentes, Première Ligne a publié en mars 2013 son premier opus collectif. E.One l’autre MC s’y révèle pas maladroit non plus côté prods, et DJ Akye le Bboykonsian originel y distille toujours sa science du scratching. 

Ce trio représente l’essence même du hardcore, dans sa dimension de lutte sociale. 

Un passé, un présent et un futur de militance de l’asphalte hurlante. Celle qui se confectionne elle-même ses bannières, si besoin est… (mars 2013)

On n’y change pas un mot. Première Ligne aussi, c’est la famille. Ils enverront leur deuxième salve très prochainement, et ça fait du bien.

 

Ce blog avait un an, merci, à bientôt.

 

Le rap, ce sera toujours mieux (indé)pendant !

Ce blog a bientôt un an. L’âge où toute la famille est convoquée au chevet du bambin pour s’extasier sur ses progrès stupéfiants. Vous êtes priés de remplir de ah! et de oh! la ligne suivante.

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Merci, fermez le ban. Et maintenant

 

On ne s’en lasse pas, de ce comique de répétition… D’ailleurs, ce n’était pas très enthousiaste. Bien l’impression qu’il manque du monde.

En matière d’infidélité, on a vu pire ces derniers temps. Tant de causes démarrant en feu de paille pour se terminer en eau de boudin, ça finit par faire une mélasse dont il est difficile de se dépêtrer !

Bien. Où en étions-nous ? Ah oui, la famille. Familles, je ne vous hais point, mais à une condition : ne laissez plus personne vous qualifier de tribus ou de clans. Pure stratégie de lobbies médiatiques, pas nécessairement publicitaires au demeurant, divisant sciemment pour mieux vendre leur soupe.

Ce qui, de près ou de loin, et aujourd’hui pas plus qu’hier, ne peut convenir au rap (écoutez Papi, les enfants). Musicalement œcuménique, intrinsèquement démocratique, il reste la voix du peuple. S’il était replié sur lui-même, nombre de ses représentants se seraient reconvertis depuis un bail, tant il est plus facile d’y gagner des pépins que des pépètes.

De fait, il y a des pépites à en extraire chaque fois que son expression est libre et combative… on va commencer par celle-ci, qui illustre à merveille notre propos :

 

C’est tout ce qui nous intéresse, plutôt que de verser dans une de ces querelles anciens-modernes qui ne feront jamais que la joie des académiciens, en herbe ou de tout poil. Le hip hop reprenant à son compte les conventions dont est censée le démarquer toute l’essence du mouvement, voilà qui serait aussi suicidaire que désopilant (oui, on aime bien se marrer avec le canon sur la tempe, chacun sa came).

Aussi le slogan « c’était mieux avant » apparaît-il comme un simple libelle, un gimmick futé destiné à être réfuté. Il l’a d’ailleurs été, avec le grand mérite d’aiguillonner par la même occasion la verve littéraire de quelques-uns, dont les deux ci-dessus. Certainement pas un hasard !

 

L’album à venir de Kaot’F , si souvent reporté, jamais abandonné, s’intitule « L’écoute et l’entente »… est-il utile de développer le concept ?

Une vraie famille n’est jamais fermée, sa plus noble fonction est d’accueillir. Et non pas d’intégrer, nuance ! D’intégrer à ingérer il n’y a qu’un t pas très dansant.

Dans la vidéo qui précède sont personnifiées les composantes essentielles de ce qu’on continuera à nommer le vrai rap. Celui qui se fout éperdument du buzz, du compteur de vues (truqué par définition) et de la direction verticale des pouces pavloviens. Celui qui réunit de leur propre chef une douzaine d’artistes de notoriété variable selon leurs affinités, et non sur un coup de marketing. Celui où l’on retrouve régulièrement des baroudeurs du freestyle en rupture (provisoire, parce que l’exercice est addictif) de Rap Contenders ou End Of the Weak. Une référence, un label de qualité aussi motivant côté fosse que côté scène…

Celui aussi dans lequel le premier à balancer ici ses huit mesures, l’archétype du rappeur aussi indépendant qu’entreprenant, voit une armée potentielle en marche.

Mettez une douzaine de Nasme, de Sëar et de Flynt dans le rap français, et il se gagne à la fois un avenir, l’émergence de talents cachés et la mise en retrait, sinon en sommeil définitif, des petits manitous ignares qui nous bombardent de leur daube en conserve avariée. A 7:18 si vraiment vous n’avez pas le temps de voir ce docu en entier, il y a de quoi espérer en des lendemains qui chantent moins faux.

 

Pas d’hypocrisie. Perchée plus ou moins discrètement sur nos baromètres, la grenouille YouTube continue de coasser ses prédictions lénifiantes. Grâce à nous qui lui donnons les moyens d’atteindre la taille du bœuf…

Stoppons cette enflure, cessons d’être des bœufs !

 

Rap français : le réveil

Et puisque ce titre est un nouvel emprunt à Koma, une petite prière pour commencer :

Vite vite, maestro, un deuxième !!

 

Justement, un quatuor d’anciens vient poser son empreinte sur ce début d’année du rap français. Si parallèlement quelques zélateurs incontinents de la plus bête et méchante pétoire du monde pouvaient nous lâcher les baskets, ça nous arrangerait, merci ! Au moins pendant l’année 2015, qui s’annonce riche en sorties de qualité…

 

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Flashback sur la première année de ce siècle.

DJ Mehdi avait encore dix ans à vivre, et la Mafia K’1 Fry quelques friandises plus-hardcore-t’imploses à nous servir au dessert. Aussi ‘’Contenu sous pression’’, premier et unique effort  jusqu’à ce jour d’un rappeur sans tête (médiatiquement parlant), et sans flow bien reconnaissable, tranchait-il sérieusement sur les autres productions de la rugueuse constellation Vitry-Choisy-Orly.

Néanmoins Karlito, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’y révélait particulièrement subtil et introspectif. Au point d’en paraître abscons aux fans de ce collectif sérieusement enraciné dans la réalité brute de l’asphalte hurlante. Et par le fait, plus adepte des textes directs que de l’enchaînement crochet-uppercut.

Discret mais certainement pas effacé, le revoici dans une salve lyriciste des plus incisives. Moins allégorique que par le passé, plus imprégnée de cette atmosphère de jungle urbaine que la qualité technique des clips réalisés aujourd’hui rend à merveille.

Pour les Rolling Stones, « Undercover » fut l’album du début de la fin, aux dires de la plupart de leurs admirateurs.

Pour Karlito, c’est le premier titre d’un prometteur « Impact », qui pourrait bien marquer un nouveau départ. A vrai dire, on ne l’attendait plus. Quelques indices savamment distillés vers la fin de l’été dernier nous avaient pourtant mis à l’oreille une puce plutôt excitée…

 

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Si incroyable que cela puisse paraître, le tout jeune quadragénaire Lino n’en est lui aussi qu’à son deuxième solo. Alors certes, lui n’a jamais vraiment disparu de nos écrans radar, même en volant occasionnellement à basse altitude (ça lui arrive). Mais que le magistral « Paradis assassiné » n’ait un successeur qu’une décennie plus tard est assez significatif de la difficulté à se maintenir en pointe dans le rap game.

Surtout quand le bonhomme doit accepter que sorte sans son aval une compilation faite de bric et de broc (« Radio bitume » en 2012, qu’on dira moyen avec une prise de risque modérée)…

Après Mozart, Brahms ou Fauré, il aura donc pondu à son tour un Requiem de haute volée. Sincèrement, nul besoin qu’il soit d’anthologie, on parle tout de même là d’un mythique représentant des belles années du Secteur Ä !

S’il vous plaît Monsieur Bors, refaites-nous aussi du Ärsenik au niveau d’une certaine soirée à La Bellevilloise en décembre 2013… et big up au frérot Calbo !

 

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Considérer Demi-Portion le mal nommé (au regard de sa science pugilistique des mots) comme un vétéran, avec neuf ans de moins et un solo de plus que son glorieux aîné ci-dessus, peut sembler abusif. On assume…

Sur un plan professionnel, le demi-parrain de la connexion languedocienne est l’instigateur d’une flopée de compilations, mixtapes et freestyles d’excellent niveau. De par son vécu familial, on peut voir en lui l’archétype du gamin mal parti qui se fait un nom à la force de ses rimes.

 

Guidée par une prise de responsabilités excluant la dérive individuelle, sa maturité précoce l’a tranquillement mené à la reconnaissance par le grand public, avec son deuxième album « Les histoires ». Et la fidélité indéfectible de son auditoire de longue date en dit long sur l’authenticité du lien noué.

« Dragon rash » a créé une attente incroyable, et c’est totalement réjouissant. Parce que Rachid Daif est un type bien, et la dream team de mc’s invités ne s’y est pas trompée. Ni End Of the Weak Suisse et ses organisateurs (-trices, bien joué Güliz ;-), qui l’ont convié à parrainer l’épreuve.

Attention ! prévenons immédiatement l’argument classique d’une supposée promo par featurings interposés : Koma et Mokless la demi-Scred, Disiz, Aketo, R.E.D.K entre autres, sont de la partie pour un posse cut tel qu’on les aimera toujours, et la présence sur un titre du très stylé grand frère Oxmo allait presque de soi.

La grande majorité des morceaux porte la griffe du rappeur maroco-sétois, que le grand Georges aurait probablement adoubé s’il n’avait eu le très mauvais goût de disparaître deux ans avant sa naissance. Et  on a plaisir à y retrouver Sprinter, le complice des Grandes Gueules, ou encore Swift Guad au niveau qu’on leur connaît, c’est-à-dire à découvrir de toute urgence.

 

 

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Celui qui transforme ce brelan en carré est un peu l’opposé de Karlito en termes de stratégie ponctuelle, mais assurément pas dans l’esprit. Là où l’Orlysien déboule de nulle part pour nous balancer dans les gencives un album qu’on n’espérait plus, Nasme aurait plutôt tendance à nous faire le coup de l’Arlésienne.

Entendons-nous : Nasme l’Animal, le Biffmaker, dont la récente tournée a fait quelques salles combles aux six coins de l’Hexagone (hé oui ! nous avons quelques rudimentaires notions de géométrie) n’est pas vraiment du genre à poser des lapins. C’est juste qu’à son degré de talent et de notoriété, il est à nos yeux un cas unique dans le PRF (Paysage Rapologique Français) : collaborateur très prisé, artisan essentiel de connexions franco-belgo-helvéto-montréalaises de gros calibre, producteur de collègues méconnus sur le simple feeling (j’aime, j’te donne mon soutien technique), il n’a toujours pas sorti son premier album !

Excès d’altruisme? Pas impossible. L’homme est attachant, toujours disponible, détaché des contingences fatales à certains accros des sunlights. Le voir en concert, le plus souvent avec le poto Flynt dont il est quasiment indissociable, vous convainct réellement de la survivance de cette rebel music dont on a un peu perdu la trace.

En annonçant pour mars « Le Goût du pire », on est bien conscients de prendre un pari audacieux. Mais s’il devait encore être repoussé aux calandres de break, comme dit mon neveu marseillais préféré, on réécouterait avec le même plaisir ce flow inimitable, sur des textes entre ironie nonchalante et froide lucidité.

 

Par la faute de notre as de trèfle, il nous fallait un joker.

Il est tout trouvé. Il s’appelle Ali, c’est le monsieur sans qui Booba et 45 Scientific ne seraient rien. Il fut un pilier de Lunatic, le titre de son troisième solo, à paraître fin février, est celui d’un Pilier de la Sagesse.

QUE LA PAIX SOIT SUR VOUS !

Saint-Denis’ zoo Brooklyn style

Un seul hêtre vous manque, et tout est des peupliers : « The Batard Blog » n’a rien publié depuis le 11 décembre. Dont acte…        [démenti constaté vers 22h30 : allez voir comment le thème de son nouvel article rend indispensable cette rectification  😉 ]

 

Ok ok. Cette double illustration sonore d’escroc (qui a les crocs) est juste un prétexte. Personne n’est nul au point de ne pas avoir vu le lien, dans le titre en carton de ce billet. Mais on est là pour se faire plaisir, pas vrai ?

Sûr qu’en fait de clip « bucolique », souhait précédemment exprimé, il en existe de plus verdoyants que ceux-ci. Mais tels quels ils sont une forme de transition facile pour le blogueur qui entend ajouter au lectorat familial les occupants de la maison mitoyenne.

Et figurez-vous qu’on n’a pas envie de quitter celle, déjà évoquée, qui jouxte Lutèce au niveau 1.8 côté 9.3… Alors Ra-fal, à toi l’honneur, en pleine nature en plus !

 

La dalle au mic, ce doit être la règle pour tous ceux qui débarquent dans le game aujourd’hui. Faute de quoi le nouvel arrivant vit simultanément, et à son insu, sa naissance et sa mort artistiques ! Fût-ce avec quelques millions de vues youtubesques en une semaine…  Car seuls les vrais resteront. Y compris certains qui nous déçoivent maintenant, mais dont le passé les dispense d’avocat à la noix, merci pour eux.

Authentik

Dans la bande à (Pascal) Tessaud, cette authenticité-là exsude par tous les pores de la peau. Si l’on savait écrire sur le sujet, on décernerait au réalisateur de « Brooklyn », torero instinctif dans l’arène exagérément codifiée du 7ème Art, la queue, les deux oreilles, et les cojones pour faire bonne mesure.

A défaut, on se rabattra sur la dimension musicale, qui d’ailleurs lui est tout aussi familière. En se gardant bien d’oublier le sérieux appoint de Khulibaï, activiste dionysien sonique de longue date –tiens, replacez les trois qualificatifs dans l’ordre que vous voudrez, ça tinte agréablement !

L’adéquation entre les personnages de ce bijou filmique et le rap qu’ils représentent est un gage de crédibilité, jamais atteinte encore à un tel degré dans le cinéma français. Issa donc, certes pas le personnage le plus attachant de l’histoire, va se planter humainement. Ra-fal Uchiwa qui l’interprète, probablement tout aussi ambitieux dans sa réalité de MC, semble peu enclin à suivre le même chemin. Jugez-en plutôt, ici .

Pour autant, pas question de baliser aussi schématiquement leur parcours. Car de son côté le très carré animateur Yazid (Jalil Naciri), par exemple, pourrait bien avoir à regretter les effets de sa rigoureuse probité. On ne le saura pas. Pas plus que les choix à venir de ceux dont il aspire, sans doute trop, à être « la conscience ».

Ne perdons pas le fil… on a dit qu’on parlerait zik, et commencé par Kt Gorique, freestyleuse dans l’âme

 

Sans même savoir alors qu’elle tenait le rôle principal d’un film parti de nulle part pour arriver partout (festivals de Cannes, Tubingen, Bucarest, Talinn, Tanger, La Havane, Milan, Soleure… on en passe !). Ni qu’elle, la championne du monde End Of the Weak 2012, nous ferait la joie et l’honneur d’un concert à la bibliothèque Couronnes dans quatre mois !

Notre moisson d’avril… on n’en est pas peu fiers. Dès que la date sera validée, l’ami Monk.e, confrère lui-même champion EOW, lui laissera la place sur le bandeau de tête ci-dessus.

La famille

Autre figure centrale de « Brooklyn, le film » : Diego l’hôte sympa, le grand frère nonchalant et frimeur, c’est Despee Gonzales, et c’est une sacrée bonne idée ! Parce qu’on n’en voit pas beaucoup d’autres capables de nous faire humer aussi véridiquement l’air de Saint-Denis…

 

Le flow très articulé qu’on lui connaît, ce pilier d’Ursa Major en fait sans surprise un atout maître. Comment en irait-il autrement, dans un film dont toutes les scènes n’obéissent qu’à une loi, celle de l’improvisation !

Chacun des acteurs « secondaires » est dans son élément. Pas seulement l’irrésistible comparse Babali Show (au jeu presque sobre pour la circonstance, ses proches n’en sont pas revenus !!), mais toute l’équipe. Ainsi Tony, collègue de Yazid pendant les ateliers d’écriture, est joué par Blade MC, dont la vidéo ci-dessous fournit une idée assez exacte des dons multiples

 

tandis que celle-ci lui offre l’occasion de poser (à 11:15) sur l’instru de « Brooklyn zoo », dans l’exercice de prédilection de toute bonne émission dédiée à la culture urbaine

 

La famille pour le coup y est quasiment au complet, prenez donc place et faites connaissance. Et puisque Dino Killabizz est lui aussi présent, on ne va pas se gêner pour convier au dessert un soce de l’autre côté du périph’ : l’homme de Biffmaker, à savoir monsieur Nasme dont l’imminent « Goût du pire » va faire du bruit bien au-delà de Landerneau…

 

Ha ha ha avouez que vous l’avez pas vue venir celle-là ! Que tous les rappeurs de Landerneau lèvent le doigt, de toute évidence vous êtes parmi les plus proches géographiquement de Brooklyn, dans ce p….. d’Hexagone !!

Québec 2014, encore un bon cru

Avouez qu’on vous a manqué. Allez quoi… juste un peu ! quatre semaines sans article sur « de Rap en Graff », c’est proprement intolérable, non ?

Il faut dire que dans l’intervalle il y a eu la finale mondiale de End Of the Weak. Avec un beau vainqueur à la clé, le jeune Sud-Africain Slege Lee, et de l’avis de tous les participants une déferlante de vibes premier choix.

Et pourtant, on ne peut se départir d’une petite déception. Celle de n’avoir pas vu Monk.e, notre champion de cœur, couronné cinq mois après son passage rue des Couronnes.

Mais non, on ne boudait pas ! D’autant qu’EOW ne dort jamais, et le chapitre français est déjà bien avancé dans la phase des qualifications 2015.

Comment une scène underground aussi vivace n’a-t-elle pas encore la notoriété internationale qui redonnerait la banane au vieux babouin irascible signataire de ces lignes, cela reste un mystère ! Au moins se sent-on en famille (celle des cercopithèques, donc) quand on fréquente les salles où l’aventure commence pour quelques centaines de emcee’s, en herbe ou déjà confirmés.

Deux millésimes pour un grand crew

Bref… nous n’avions plus sous la main notre inspirateur favori. De retour de Kampala, Monk.e accepterait certainement de nous dresser un petit panorama du rap québ de 2014 finissant (dans lequel nous classons « Initiatique » hors catégorie, faut-il le redire). Mais cette fois on va le précéder, le moine-singe qui tel un Attila ayant appris les bonnes manières, laisse une impression durable partout où il passe –jaloux, nous ?

Avec sa confrérie K6A (famille des procyonidés), bien présente à chaque revue de détail,  il y aurait de quoi alimenter un blog pendant plusieurs années. Contentons-nous de savourer cette collaboration de 2013 entre trois de ses plus anciens raccoons, sur le « Full HD » du premier nommé : Osti One, Filigrann et P-Dox.

 

Ce dernier est par ailleurs l’auteur d’un solo légèrement loufoque pour ceux qui n’auraient pas connaissance de l’existence de la série cinématographique « The Mighty Ducks ». Ce en quoi ils sont amplement excusés. Anyway, la patte sonique veloutée de l’habituel acolyte Jam s’y pose en sept occasions sur douze.

Et puisque sur l’une des cinq restantes (vous avez remarqué comme on a progressé en maths, dans le programme de cette année scolaire?) figure Ajust, le beatmaker de LLA, vous reprendrez bien une louchée de Loud & Lary. Après « Gullywood », ils ont confirmé avec « Blue Volvo » leur leadership d’un genre que les détracteurs appellent rap de hipster –mais pourquoi sont-ils si méchants ?

 

On a un autre trio à vous mettre sous la dent, mordez bien fort. Pas des plus reconnus non plus, Tonic ici épaulé par Cobna (Sans Pression connexion, incontournable) et Paranoize la moitié d’Agua Negra déjà présenté (bon, vous suivez pas, c’est désespérant) nous servent un délice de cross-over à rendre vert Rick Ross soi-même, en personne nommément et peut-être même intrinsèquement sinon en tant qu’individu.

 

Venons-en maintenant au « cas » Souldia, repéré sur l’un des meilleurs titres du dernier album de Webster l’année passée. Lui aussi est de Québec, et quelque chose nous susurre dans l’oreille droite qu’une récente allusion à cette très comme-il-faut « Vieille Capitale » ne serait pas si… voyons… hem… arbitraire ?

Dans sa rubrique « Faits divers et judiciaire » (sic !!!) en date du 3 octobre, et avec une componction des plus suspectes, un quotidien s’étonnait que le lancement du nouvel opus de ce punchliner brut de décoffrage n’ait pas mis la ville à feu et à sang –on n’invente rien, payez 2,95$ si vous souhaitez vous régaler de ce papier-là !

Pas réellement le sentiment que son « Krime grave » soit de ceux qui nécessitent chars et barbelés pour protéger la nation en danger. Par contre, pour la faire réfléchir un peu… on vote de bonne grâce Souldia !

 

Ou Cheak, dont nous devons la récente découverte à notre référence radiophonique quasi hebdomadaire Ghetto Erudit. Musicien accompli puisant dans une époustouflante palette de genres, il est l’archétype de l’artiste québécois méconnu, qui mettrait la honte à une palanquée de glorieux bateleurs surcotés.

Son « Refus global » le situe en pole position sur la grille des Formule 1 de retour dans la compète après un petit break de deux ans. Bon rythme, pour un MC dont on devine le peu d’appétence pour le stress permanent…

 

Vignettes en série

Bon, toujours pas entrés dans la famille ?

Même si on y inclut, du côté de chez nous, une triplette impatiemment attendue en janvier si tout va bien ?

Dans le désordre (mais ça rapporte tout de même) : Lino, dont on exige que le titre de son « Requiem » ne soit qu’une figure de style ; Demi-Portion, notre Rachid Daif que l’on devrait multiplier par au moins quatre pour avoir une idée de la portion qu’il prend peu à peu dans le hip hop franco ; et Nasme, l’un de ces rappeurs sans le moindre solo à son actif d’après la police, mais omniprésent selon les organisateurs.

Très bien on reprend, vous l’aurez voulu !

En rafale et sans pitié aucune, veuillez agréer l’expression des sentiments distingués de Saye, vocalement au niveau du meilleur Rockin’ Squat (Assassin, z’avez pas oublié, quand même ?) ;

 

de Beeyoudee dont on conseillera par la même occasion les excellentes compilations « Talents disparus »;

 

de l’inimitable Syme (essayez, pour voir !) qu’on ne s’étonne aucunement d’entendre sur une instru de… Cheak, lequel semble désormais garder le 13 de son nom d’artiste à l’usage exclusif de sa casquette de producteur ;

 

de Rymz privé de Farfadet (cherchez un peu, pas question de vous mâcher toujours la besogne), qu’on ne risque pas d’oublier malgré la surprenante supplique qui suit ;

 

de Samian, dont n’importe quel teaser remplacerait avantageusement (a fortiori si l’on y voit à l’œuvre le grand DJ Horg) bien des clips belliqueux à 10 millions de vues…

 

… et bien des textes de 1000 mots que seule justifie une trop longue abstinence !

Prochaine mission, si toutefois nous l’acceptons : démontrer que le rap suisse n’a rien d’emmerdant. Si l’un de nos agents était capturé, ou tué, la Direction des affaires culturelles nierait avoir eu connaissance de nos agissements…