Brazivilain:7-1, signé Toast Dawg

Avant de croiser la route de Monk.E, on avait perdu le contact avec le hip hop québécois depuis… pfff… allez, on ose : 2003 !!

Un grand millésime là-bas. Dont nous recommandons l’écoute intensive (et éventuellement l’achat) de cette bombe-ci, cette bombe-là, et cette bombe-H pour faire bonne mesure.

Et encore, juste parce qu’un podium olympique n’a que trois marches. A partir de là, le rouge nous monte au front…

Une chose est frappante, dans ce qui se passait à notre insu, en cet outre-Atlantique Nord en pleine ébullition (faut l’faire !) : la manière dont on retombe toujours dans les pas de ceux qui ont compté au travers de cette décennie. Dans le même temps, un paquet de nos figures de proue hexagonales buvaient la tasse sans même s’en apercevoir ! Bien aidés en cela par une presse spécialisée en totale perdition.

Meanwhile in Canada…

La maturation artistique, dans la diversification. Une sorte de parcours en poupées-gigogne, où chaque projet d’envergure qui se monte contient au moins un pilier d’un précédent.

Atach Tatuq en est l’illustration parfaite. Né des cendres de Traumaturges, le temps de commettre deux albums d’anthologie (« Deluxxx » succédant en 2005 à « La guerre des Tuqs »), puis de splitter en deux entités distinctes dont Payz Play. Ce qui nous amène au monsieur dont nous voulons parler aujourd’hui.

Plus qu’un crime, ne pas évoquer sur ce blog Toast Dawg, metteur en sons des trois groupes pré-cités sous le nom de DJ Naes, serait une grave omission.

Notons que le DJ a sur le MC un indéniable avantage, qui ne vous échappe certainement pas bande de p’tits futés ! Quoi qu’il fasse, les garants empressés de la bonne moralité du rap ne viennent jamais apposer, de leurs gros sabots boueux, la mention certifié conscient sur ses instrus.

D’où, entre autres raisons très subjectives et complètement assumées, une indéniable longévité chez les plus doués de l’espèce. « Survival of the fittest », en quelque sorte… Pour autant, on ne connaît guère de rappeur(s) ayant fait carrière sans beats dignes de ce nom en guise de socle.

Un « vet » très demandé

En 18 ans de bons et loyaux services, Toast Dawg a déjà servi le caviar à la louche à nombre d’entre eux. Et son dernier effort en date nous apparaît à la fois comme l’une des belles créations de 2014, et une preuve de plus de sa disponibilité très recherchée. En deux épisodes très groupés dans le temps, ce qui ne gâte rien.

 

L’occasion de constater dès la « First impression » qu’il se maintient sans forcer (mains aux cocottes, dirons-nous) dans le peloton des prétendants au maillot jaune Piu Piu. Trophée virtuel sacrément disputé, avec l’avènement des Kaytranada, High Klassified (Alaiz) ou encore Vnce (Dead Obies) ; et la santé florissante des plus expérimentés KenLo, Smilé, SevDee (K6A en force) et vLooper (Alaclair Ensemble). Excusez du peu !

Détricoter ainsi les rythmiques tribales de la batucada, ou jazzy de la bossa, pour les intégrer à celles d’un hip hop lui-même sérieusement déstructuré, cela nous rappelle Amon Tobin à son meilleur. C’est-à-dire un Carioca de naissance et Montréalais de cœur, ce qui n’est pas anodin…

Par ailleurs Toast Dawg a gardé l’art et la manière de transformer un essai réussi. Les sept sons de derrière les fagots de « Brazivilain » (six si l’on ne compte pas le teaser final), dignes de la série des « Special herbs » de MF Doom, pourraient constituer à eux seuls l’objet sur lequel le fan de base va se ruer, la bave aux lèvres et les yeux fous. Sauf qu’il n’est pas en magasin, abruti !

Ni son successeur, où le Christ du Corcovado de l’artwork sort de sa nuit brumeuse pour adopter les tons jaune, vert et bleu nationaux. Presque aussi abstract que la Seleçao le 8 juillet suivant… prémonitoire ?

 

Quoi qu’il en soit, « Brazivilain : revisited » est une véritable offrande, payée de retour. Lancé sur des bases foudroyantes par l’instru  » Transamazonienne Express », relayée par une tierce à l’atout comme on en voit peu (successivement Monk.E, Koriass et Eman), le rythme de la partie ne faiblit qu’à peine sur les covers suivantes.

Loud & Lary privés d’Ajust en toute logique, se montrent très convaincants sur « Belem », pièce de choix de l’opus 1 ; Jam avec ou sans Pdox pourrait se permettre de flemmarder en permanence tellement on l’aime ; et l’alliance anglo-franco EgyptoWahli de « Wildin’ on the Island » (originellement « Six weeks vacation ») se glisse avec volupté dans un écrin douillettement préparé pour elle –Meryem Saci aux chœurs, rhâââ lovely…

On craignait de trouver plus anecdotiques les remixes de la deuxième partie. Le fameux écueil des toujours possibles redondances… Il n’en est rien. Les trois morceaux retravaillés ici sont plutôt l’occasion de faire connaissance avec quelques autres beatmakers riches de promesses, GrandBuda et Ben Orsound notamment. Que du beau monde, tout ça…

En résumé, six petits bijoux, dix-huit carats. Une nouvelle forme de la synergie à la québécoise.

Signée Toast Dawg !

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Eman x vLooper : un autre missile du rap québ

De Rap en Graff… c’est écrit sur l’emballage.

So what, quid du graff ? se demande à juste titre notre fidèle et latiniste follower de Limeil-Brévannes, dans le 9.4 (c’est pas vrai, on fait semblant, comme dans le courrier des lecteurs de la presse de gare).

Il est bien là, en filigrane. Avoir pris pour fil conducteur Monk.E est une idée presque aussi riche que le rap québ lui-même. Vu que le gaillard est armé en permanence de ses cans les plus créatives (check this out), on garde forcément le street art en ligne de mire.

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Crocodeals bas-canadiens, par Monk.E & Axe Lalime !?! Ode à Ogden ?

Lequel ne se goûte jamais mieux qu’in situ, est-il utile de le préciser…

Dans le même ordre d’idée, rien de tel qu’un bon freestyle pour montrer ce qu’un rappeur a « dans le moteur ». L’émission Ghetto Erudit s’en est fait depuis 2006 le temple sacré montréalais. On conseille volontiers aux curieux d’y faire un tour à l’occasion.

 

Récemment s’y produisaient Eman et vLooper (prononcez Vee Looper). C’est exact, on vous les a déjà présentés… bien vu, cher et néanmoins fictif Brévannais, du 9.4 ! Mais on ne faisait alors qu’annoncer leur premier LP. Qui entre temps est paru, et actuellement sur sa rampe de lancement.

L’expression n’est pas fortuite, tant « XXL » est bien le missile attendu. Et comme « Initiatique », le dernier opus de Monk.E (dont votre serviteur assume benoîtement la 87ème écoute), il brûle 40 minutes durant. Soit la durée des grands albums de l’histoire du hip hop.

Cqfd… ben tiens, on est là pour ça !

L’album rap québ de l’année? Oui, si…

Tout d’abord, que « Mantra » entame les (d)ébats est un excellent point (en passing shot de revers). Parce qu’il FAUT abuser des bonnes choses, et que celle-là est parfaitement apéritive ! Le clip réalisé par Les Gamins Production y distille d’ailleurs une telle addictivité qu’il n’est pas inutile de se recentrer sur le texte et l’instru.

Et là, aucune place au doute, c’est le morceau idéal pour une première approche de ce duo plus robuste que sa discographie commune. En dehors d’Alaclair, tout du moins.

Petite digression (on ne se refait pas). Ils ont pris le parti d’une distribution plus marketée qu’à l’habitude, qu’il s’agisse d’eux-mêmes ou de leur entourage immédiat. Démarche qu’Eman résumait limpidement au micro de Ghetto Erudit : il y a un peu d’argent à prendre dans le rap québ, pourquoi se gêner ?

Réfléchissons un instant, chers amis, à ceux qui en prennent cent fois plus avec cent fois moins de talent, ici et là, et même ailleurs. Top chrono, fin de la « réflexion »…

Gros avantage pour nous, discothécaires de Paname et néanmoins fans : on les aura ! Heu… dans nos bacs, voulons-nous dire. Monk.E ne peut pas faire tous les mois le trajet, les bras chargés de cadeaux. En attendant, retour à XXL, dûment acheté et impatiemment téléchargé par le précieux truchement de Bandcamp.

Au deuxième titre, le coup de foudre se profile. Même avec une prod électro qui chatouille nos tympans sur le mode où-ai-je-entendu-ça, « Tirer des moves » pose vLooper en vrai maestro du son, alliant puissance et subtilité à doses milligrammées, où les références revendiquées à feu J Dilla ne sont jamais très loin.

Quant à Eman, nul besoin de verses à rallonge pour asseoir son flow protéiforme. Plutôt fluide quand il se cale à l’attaque sur celui d’un invité certifié rub-a-dub (« Tout’ nou » avec Papa T) ; capable d’accélérer brusquement sur un beat pourtant downtempo (« Dookie ») ; revenant à des considérations plus old school et syncopées (« Les pauvres ») ; gardant résolument son style éraillé tout en se fondant dans le joli filet soul de MoDlee (« Back to me »).

Conquis par cet éclectisme, on n’a plus qu’à se refaire le finement irrévérencieux « Publi-sac », découvert en exclu chez Ghetto Erudit. Le type de friandise qui gagne en saveur à chaque écoute, pour tout francophone pointilleux (attention, terrain glissant 😉

Poursuivre « Sans les mains » mais avec Neto Yuth, toaster sur coulis de piu-piu du genre goûtu, et MoDlee concluant en diva trip-hopisante du meilleur cru.

Deux délicieuses incongruités plus tard, on voit d’un troisième œil velouté « Nat King Cole », et l’évanescente Ariane Moffatt monte dans notre estime pour son saut « Dans le vide » en clair-obscur, special guest écartelée entre les douces nappes de vLooper et le timbre rugueux d’Eman.

A vrai dire, tout cela est un peu mad, pardonnez-nous cette facilité. Yes Eman, yes vLooper, we’re « M.A.D. » at you… Et si XXL n’est pas notre disque de l’année, c’est qu’il ne contient que onze pépites, là où celui de Monk.E en alignait douze de facture tout aussi variée.

C’est vraiment là que réside la qualité du rap québ, tous genres confondus. Dans sa versatilité…

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Tous à Hochelaga

Le fantastique bouquin(*) de John Brunner « Tous à Zanzibar », paru en 1968, regroupe virtuellement notre Humanité de 2010 sur cet archipel au large de la Tanzanie. Chaque individu partageant alors avec trois autres un petit mètre carré de terre ferme.

Selon le même principe, les 483 km² recensés de l’archipel d’Hochelaga (à ne pas confondre avec la circonscription, de bien moindre superficie) suffiraient à accueillir la communauté hip-hop mondiale de 2014. En la tassant même un peu moins… tout en conservant ce type d’espace

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« Migration aquatique » (Monk.E, Piscine Baldwin, Montréal)

Mais pourquoi donc nous exiler là-bas, grands dieux ? s’interroge benoîtement la génitrice, et parfois unique lectrice, du blogueur ici présent. Parce que, à l’heure actuelle, c’est là-bas que presque tout se passe : dans le berceau historique de Montréal.

Mais non M’man, pas en SF, en rap ! Quoique… le piu piu style, hein ? ça peut nous faire voyager loin dans le futur.

Elle croyait que dans les deux cas il fallait plutôt se tourner vers les Etats-Unis. Or John Brunner était anglais, et d’une. Et de deux, la France dans tout ça ? Ben, heu… depuis que Booba roule en Rolls, M’man a un peu lâché l’affaire. Il faut la comprendre, B2O est tellement Lunatic qu’il a zappé la Lexus de son lointain souvenir, c’est très décevant ! Bon enfin, les vrais savent.

Revenons à nos gloutons, ou carcajous au Canada. Et à nos ratons. Dont l’un, et pas des moins bigarrés, s’apprête à faire le trajet inverse. J-5, très précisément.

Pfff, rien à voir avec Jurassic Five, M’man !

Tu sais quoi ? tu vas tout dérouler vers le bas sur ce splendide arrière-plan vert signé Jess Gonzalez, et en apprendre plus sur Monk.E avant samedi prochain à la bibliothèque Couronnes. A commencer par ceci, même si la set list du concert y différera forcément

 

Au fait, Hochelaga : seulement à partir du 25 mai, d’accord ? Ou plutôt du 12 juin, fin du séjour européen du Monk. Et sans passer par le Brésil, j’te connais…

(*en tout discothécaire insomniaque, il y a un bibliothécaire qui sommeille)

 

Monk.E à Couronnes : J-15…

… et lancement de sa fusée « Initiatique » : J+15.
Pas un jour qui se soit écoulé sans un retour sur ce joyau stratosphérique, depuis le 24 avril !

Non par nécessité professionnelle, simplement pour le plaisir et l’émotion bruts. Deux semaines, et déjà toutes les allures du must. On ne dira pas classique, tellement il trace sa lumineuse arabesque hors du champ traditionnel du hip-hop.

Néanmoins c’est bien de hip-hop qu’il s’agit. Certes plus tout à fait sous la forme ci-dessous, socle ô combien imputrescible pour la communauté originelle,

 

mais largement de nature à effacer les moues circonspectes sur les visages de b-boys désormais quadragénaires.

Une critique de Darcy McDonald (pistez ses articles si vous maîtrisez l’anglais) parue dans Cult MTL a fort bien saisi l’aspect innovant, sinon révolutionnaire, de l’épopée « Initiatique ». Poser son rap sur les sons ambient space concoctés par le maître queux Smilé Smahh pouvait apparaître comme une gageure. C’était sans compter avec le verbe luxuriant et le flow olympien de Monk.E, qui repousse encore les limites de la jeune école Piu-Piu, plutôt instrumentale à l’heure actuelle.
Tous ses pairs au Québec ont salué à tour de rôle la performance. Il faut réellement avoir son charisme pour toucher (outre les étoiles) les cœurs d’une flamme aussi vive que celle qui brûle sur « Chers Elohim » ou « Hikuri » -on ne cite là que deux des pures merveilles émaillant un album au timing parfait.

Shroomcaps et shroombap à l’honneur

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Lino et Calbo, toujours sur la brèche, et Monk.E en guest : pur P.O.I.S.O.N. !!

Le décor est planté. La « scène du crime » suivant aussi, voyez ci-contre.

Rien à voir avec de la promo toute bête. Monk.E sera là parce qu’il l’a souhaité aussi ardemment que nous, qui avons découvert sa peinture et son rap par une espèce de coup de dés du destin.
Son périple européen se poursuivra en Suisse, avec notamment la première partie d’Ärsenik à Montreux le 31 mai, dans le cadre d’End of the Weak 2014.
Décalage d’une semaine qui nous évoque irrésistiblement Djeli Moussa Condé et ses musiciens, « chez nous » en novembre dernier, huit jours avant leur mémorable concert au New Morning. L’enfant de Conakry et Belleville, son chant si puissant et humble à la fois, faisant naître dans le public conquis une affection spontanée, aux ressorts plus profonds que le seul talent artistique.

Monk.E est de cette lignée. Celle des griots, au sens de grands communicateurs. Nul doute que l’essence africaine du mot lui convienne.
Et Drummondville rime avec Belleville, qui d’ailleurs ne lui est pas inconnu. Les rideaux de la bibliothèque Couronnes graffés par ses soins, dix mois après sa fresque très remarquée sur le spot Dénoyez, en collaboration avec Kouka Ntadi l’indomptable « semeur » de guerriers bantous : voilà une idée qui nous enchante.

Vous les verriez plutôt dans quel style?

Celui-ci?

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Monk.E & K6A, Montréal

Celui-là?

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« Piupiu style » (Monk.E & Fluke Art, Longueuil)

Ou bien quelque chose dans ce genre?

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Yah’s oracle (2010)

Shroomcaps dans la journée (« tu t’mouches en couleurs si t’as pas mis d’masque »), shroombap en soirée avec son DJ pour la circonstance Gyver Hypman, partenaire tellement sur la bonne longueur d’ondes qu’un disque commun est prévu pour la fin de l’année.

 

Good trip en perspective, assurément…

L’histoire ne s’arrêtera pas là. Ce blog non plus. Monk.E, notre cher « Immuable en mouvement », encore moins !

 

« Initiatique », album céleste

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Jeudi dernier, Monk.E a sorti son quatrième LP. Cette fois on ne le chroniquera pas avec huit ans de décalage !
Remarquez, l’avantage d’avoir quelques wagons de retard, c’est de pouvoir remonter tout le train en se goinfrant sans vergogne de son contenu.
Avec le risque de l’indigestion, certes. Mais « Initiatique » porte en lui pas mal de vertus curatives, en cas de nécessité.
Elles nous détacheraient presque de toutes les contingences de la gravité terrestre. Attention toutefois aux dangers de l’apesanteur, qui accélère le vieillissement, en toute logique scientifique. Même à l’approche de l’été balnéaire. Pardon, on digresse…

Novateur et inspiré

Producteur de l’intégralité des morceaux de l’album, Smilé Smahh est dans la continuité du travail de KenLo sur le précédent. Le virage que l’avènement de la piu piu music avait imprimé à « Destin et beyond » est ici plus que largement confirmé. Quoi de plus normal, ces deux éminents raccoons faisant de toute évidence partie des locomotives du mouvement…
Extraits en pré-écoute que nous avons usés jusqu’à la trame numérique, « Le seul chemin », objet d’un clip en deux versions successives dont celle-ci,

et l’épuré « Oasis » annonçaient la couleur plutôt fresh. D’ailleurs, quel autre mot que couleur pour traduire le style de Monk.E ?
Sa musique regorge d’images, littéralement. Et si vous n’arrivez pas à bien les visualiser, le graffeur émérite se charge de vous enseigner quelques rudiments techniques. Ainsi sur le didactique « Shroomcaps saturés », où le néophyte fait bombance au seul énoncé de nuances chromatiques dont il soupçonnait à peine l’existence.
Dans l’intervalle, « Chers Elohim » tout empreint de spiritualité et d’œcuménisme, et « Parano » dont le thème à l’opposé de ces valeurs cosmogoniques exige plus de lourdeur sur le beat, constituent la belle ossature d’un opus à classer d’ores et déjà dans les réussites de l’année.

Monk.E assurément est un mystique. Mais de ceux qui vous gagnent à leur cause sans grand effort prosélytique. Juste par le recours à la beauté sans artifice. Celle qui transparaît au coeur de l’intimiste « Pour que tu m’appartiennes » conclusif, par exemple (avec la superbe contribution d’Alan Prater). Et lorsque le verbe se fait contempteur de certains modes de vie qui nous concernent tous, une pirouette sémantique vient alléger judicieusement le propos.
Il n’y a pas tellement de rappeurs capables d’aligner autant de barres dans un couplet. Adeptes prudents du fameux standard seize-mesures, beaucoup craignent la chute de tension, de densité textuelle plus exactement, en faisant plus long. Sans le moindre prêche en filigrane, malgré ses apparences de grand gourou, Monk.E a toujours évité l’écueil avec brio… c’est peut-être là que tient la fameuse « Différence bas-canadienne » (entre berner et séduire).

Intro inspirée, poème de haute volée en lieu et place du skit médian habituel, des invités triés sur le volet (mention à Frase, sa gratte dépouillée et son chant limpide)… il fallait un titre faible pour légitimer le statut de pépite en devenir.
Sûrement pas le plus agressif « Mercantilismes » avec Osti One, combinaison à trois en forme de brelan d’as montréalais du moment. Ni « Hikuri », l’un des sons les plus foisonnants de l’album. Alors, peut-être « Parle à ton people », qui contraint d’emblée à se précipiter sur le Wiktionnaire pour vérifier le sens, pas encore assimilé par l’auteur de ces lignes (honte à lui !), de procrastinateur.
Mais on chipote, là. Et si Monk.E avait réalisé tout simplement le sans-faute, en 40 minutes de jeu au zénith et 12 passes décisives !?!

Voilà déjà longtemps qu’il est un MC hors pair. Comme ses comparses de K6A, collectif capable à son meilleur d’évoquer les Californiens de Freestyle Fellowship ou encore Souls of Mischief.
En investissant tout l’espace sonore que lui ménagent les nouveaux territoires Piu-Piu, le poète et arpenteur obstiné qu’est le natif de Drummondville vient d’atteindre la Voie Lactée.

Qui l’aime le suive ! Nous, on y va de ce pas…

Du hip-hop au piu-piu

Impossible de parler de Montréal sans évoquer la Piu Piu music.
Si vous n’étiez pas sur Terre ces trois dernières années, pas de problème : vous en avez forcément entendu l’équivalent dans l’espace intergalactique, et ne serez pas dépaysés.

Drôles d’oiseaux, ces Piu Piu ! Certains adeptes expliquent volontiers l’appellation par les sonorités pépiantes du laser. Ce n’est qu’une des variantes possibles, la paternité du terme revenant apparemment à Vlooper, l’un des beatmakers d’Alaclair Ensemble.

Quant à la définir plus précisément, trêve de gazouillis superflus…

Ci-dessous, l’excellent documentaire signé Aisha C. Vertus, en forme de présentation d’une florissante scène locale par ses acteurs les plus influents. Dont SevDee, grand ordonnateur du son de K6A et initiateur de l’aventure ArtBeat Montréal.

Ici, leurs créations compilées en trois volumes.

, un article très complet sur le sujet, écrit à l’occasion de la 15ème édition du MEG (Montréal Electronic Groove).

Et maintenant, retour à Monk.E pour la traduction picturale.

James Dewitt Yancey, alias Jay Dee alias J Dilla, le légendaire DJ producteur de Detroit décédé en 2006, est en effet la source d’inspiration principale du mouvement Piu Piu.
Hip hop électro par essence, celui-ci a évolué très vite musicalement, et intégré une dimension multi-culturelle fédératrice. Nombre de MC’s circonspects au départ n’hésitent plus désormais à poser leurs textes sur ces instrus parfois « casse-gueule » à l’origine, de par leur structure un peu liquide.

Ses nombreuses collaborations avec Kenlo ont tout naturellement mené Monk.E sur ce chemin-là. Son album « Initiatique », à paraître fin avril, est d’ailleurs produit par Smilé Smahh, autre élément de premier plan de l’école Piu Piu.

Vous a-t-on déjà dit qu’on l’attend avec impatience? Et son auteur en chair et en os, un mois plus tard?

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« Le Monk » (Monk.E & Young Jarus, Mexico)