Saint-Denis’ zoo Brooklyn style

Un seul hêtre vous manque, et tout est des peupliers : « The Batard Blog » n’a rien publié depuis le 11 décembre. Dont acte…        [démenti constaté vers 22h30 : allez voir comment le thème de son nouvel article rend indispensable cette rectification  😉 ]

 

Ok ok. Cette double illustration sonore d’escroc (qui a les crocs) est juste un prétexte. Personne n’est nul au point de ne pas avoir vu le lien, dans le titre en carton de ce billet. Mais on est là pour se faire plaisir, pas vrai ?

Sûr qu’en fait de clip « bucolique », souhait précédemment exprimé, il en existe de plus verdoyants que ceux-ci. Mais tels quels ils sont une forme de transition facile pour le blogueur qui entend ajouter au lectorat familial les occupants de la maison mitoyenne.

Et figurez-vous qu’on n’a pas envie de quitter celle, déjà évoquée, qui jouxte Lutèce au niveau 1.8 côté 9.3… Alors Ra-fal, à toi l’honneur, en pleine nature en plus !

 

La dalle au mic, ce doit être la règle pour tous ceux qui débarquent dans le game aujourd’hui. Faute de quoi le nouvel arrivant vit simultanément, et à son insu, sa naissance et sa mort artistiques ! Fût-ce avec quelques millions de vues youtubesques en une semaine…  Car seuls les vrais resteront. Y compris certains qui nous déçoivent maintenant, mais dont le passé les dispense d’avocat à la noix, merci pour eux.

Authentik

Dans la bande à (Pascal) Tessaud, cette authenticité-là exsude par tous les pores de la peau. Si l’on savait écrire sur le sujet, on décernerait au réalisateur de « Brooklyn », torero instinctif dans l’arène exagérément codifiée du 7ème Art, la queue, les deux oreilles, et les cojones pour faire bonne mesure.

A défaut, on se rabattra sur la dimension musicale, qui d’ailleurs lui est tout aussi familière. En se gardant bien d’oublier le sérieux appoint de Khulibaï, activiste dionysien sonique de longue date –tiens, replacez les trois qualificatifs dans l’ordre que vous voudrez, ça tinte agréablement !

L’adéquation entre les personnages de ce bijou filmique et le rap qu’ils représentent est un gage de crédibilité, jamais atteinte encore à un tel degré dans le cinéma français. Issa donc, certes pas le personnage le plus attachant de l’histoire, va se planter humainement. Ra-fal Uchiwa qui l’interprète, probablement tout aussi ambitieux dans sa réalité de MC, semble peu enclin à suivre le même chemin. Jugez-en plutôt, ici .

Pour autant, pas question de baliser aussi schématiquement leur parcours. Car de son côté le très carré animateur Yazid (Jalil Naciri), par exemple, pourrait bien avoir à regretter les effets de sa rigoureuse probité. On ne le saura pas. Pas plus que les choix à venir de ceux dont il aspire, sans doute trop, à être « la conscience ».

Ne perdons pas le fil… on a dit qu’on parlerait zik, et commencé par Kt Gorique, freestyleuse dans l’âme

 

Sans même savoir alors qu’elle tenait le rôle principal d’un film parti de nulle part pour arriver partout (festivals de Cannes, Tubingen, Bucarest, Talinn, Tanger, La Havane, Milan, Soleure… on en passe !). Ni qu’elle, la championne du monde End Of the Weak 2012, nous ferait la joie et l’honneur d’un concert à la bibliothèque Couronnes dans quatre mois !

Notre moisson d’avril… on n’en est pas peu fiers. Dès que la date sera validée, l’ami Monk.e, confrère lui-même champion EOW, lui laissera la place sur le bandeau de tête ci-dessus.

La famille

Autre figure centrale de « Brooklyn, le film » : Diego l’hôte sympa, le grand frère nonchalant et frimeur, c’est Despee Gonzales, et c’est une sacrée bonne idée ! Parce qu’on n’en voit pas beaucoup d’autres capables de nous faire humer aussi véridiquement l’air de Saint-Denis…

 

Le flow très articulé qu’on lui connaît, ce pilier d’Ursa Major en fait sans surprise un atout maître. Comment en irait-il autrement, dans un film dont toutes les scènes n’obéissent qu’à une loi, celle de l’improvisation !

Chacun des acteurs « secondaires » est dans son élément. Pas seulement l’irrésistible comparse Babali Show (au jeu presque sobre pour la circonstance, ses proches n’en sont pas revenus !!), mais toute l’équipe. Ainsi Tony, collègue de Yazid pendant les ateliers d’écriture, est joué par Blade MC, dont la vidéo ci-dessous fournit une idée assez exacte des dons multiples

 

tandis que celle-ci lui offre l’occasion de poser (à 11:15) sur l’instru de « Brooklyn zoo », dans l’exercice de prédilection de toute bonne émission dédiée à la culture urbaine

 

La famille pour le coup y est quasiment au complet, prenez donc place et faites connaissance. Et puisque Dino Killabizz est lui aussi présent, on ne va pas se gêner pour convier au dessert un soce de l’autre côté du périph’ : l’homme de Biffmaker, à savoir monsieur Nasme dont l’imminent « Goût du pire » va faire du bruit bien au-delà de Landerneau…

 

Ha ha ha avouez que vous l’avez pas vue venir celle-là ! Que tous les rappeurs de Landerneau lèvent le doigt, de toute évidence vous êtes parmi les plus proches géographiquement de Brooklyn, dans ce p….. d’Hexagone !!

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Interlude : le souffle frais venu de « Brooklyn »

« Quand j’écoute du rap aujourd’hui ça m’rappelle que l’orchestre du Titanic a continué de jouer pendant qu’il coulait… »

Diantre ! ce blog chercherait-il à se saborder ? Ou : de l’art de perdre 500 amis en un post… Que nenni, damoiselles et damoiseaux !
Celui qui s’exprime ainsi est Ahmed Koma, vétéran véner et vénéré de la Scred Connexion, qu’on n’a plus besoin de présenter ici.
Dans un JT national, on dirait d’un ton pénétré : ce constat est alarmant, David. Sur le blog d’une équipe dont un membre est une variété de b-boy antédiluvien, on préfère interpeller sur le mode : « dis donc Ahmed, tu devrais avoir honte de désespérer ainsi les darons ! »…

N’empêche que « le fiston » soulève un lièvre de taille.
Si la punchline est lapidaire, et éparpille façon Raoul Volfoni, sa formulation sans concession reste à méditer –attention, on refait du JT, là…

Koma ne pardonne pas qu’un certain rap se soit aligné sur un modèle de société tellement rance qu’il devrait être sa cible de prédilection. Comment ne pas abonder dans son sens? Mais il est encore capable d’enthousiasme.
Comme nous.

Une bonne claque aux clichés

En voyant –en vivant– « Brooklyn : le film » mercredi soir, à l’occasion de son ultime avant-première francilienne, on s’est dit pas mal de choses. Dont celle-ci, en définitive plus revigorante qu’accablante : le rap français demeurerait sacrément tonique s’il ne s’était pas, à un moment donné, retiré dans sa tour d’ivoire. Laissant libre cours, par exemple, à une vision fantasmée de cette banlieue où ses peintres du dimanche n’ont parfois jamais mis les pieds.
Sincèrement, on éprouve quelques réserves à pointer du doigt (ou de n’importe quel autre organe accusateur) telle ou telle dérive. Nous l’avons tous ici laissée nous emporter, à défaut de l’encourager sciemment. Presque tous. Pas Koma.

Ni le réalisateur Pascal Tessaud dont le credo, débordant de très loin du cadre de la simple compétence cinématographique, embrasse une dimension sociologique sans pédanterie que pourraient avantageusement assimiler nombre de ses confrères mieux « établis » –hopopop, ça par contre c’est pas de la punchline, mille excuses à l’intéressé !
Pascal c’est un guerrier, nous a assurés un de ses proches lors du débat qui a suivi la projection. Voilà qui est mieux, et on le croit volontiers.

 

Et parce que notre truc c’est plus le hip-hop que le cinoche –de l’art de perdre 500 amis de plus à la moitié du billet !– on laisse à d’autres le soin de parler du film. Superbement, et souvent poétiquement, ce qui est à la fois symptomatique et exaltant… et si après tout, ce 21ème siècle adolescent avait encore une chance d’aspirer non seulement à la spiritualité mais, plus optimiste encore, à la solidarité ?
Intègre et intransigeant, le personnage de Yazid (Jalil Naciri, l’un des trois comédiens professionnels du casting) nous correspond. A tous. Il suffit de se départir du faux cynisme dont Issa (Rafal Uchiwa, impeccable) croit se faire une armure… celui-ci est le perdant de l’histoire, moins parce qu’il en est le salaud que parce qu’il a abdiqué ses propres valeurs.

Honnête et candide à la fois, une intervenante (dans la salle) regrettait de ne pas avoir le fin mot de l’affaire. On n’en a pas plus le début mot. Combien de fois l’avons-nous réellement, dans la vraie vie ? Pourquoi n’y aurait-il pas un vrai cinéma, pour la décrire et l’aimer telle quelle ?

Le rap tel qu’il se vit

Pascal Tessaud est de Saint-Denis, haut lieu historique de ce-que-vous-savez… et de la royauté française. Celle des Mérovingiens en particulier, occasion d’un hilarant raccourci entre Dagobert et NTM. Fallait quand même la placer, celle-là, dans la bouche de la jeune Suisse débarquée à l’improviste pour une vexation de trop…

A croquer, s’imagine-t-on. Par ces matois matous qu’elle émeut, puis fascine à sa manière sans fioritures, en sortant des griffes qu’elle a acérées. On en sent presque physiquement la marque cuisante au cours d’un génial « freestyle », sur le tempo d’une tâche ménagère aussi répétitive que soudain cathartique.

Coralie, alias Brooklyn quand elle rappe, c’est Kt Gorique. Sous une apparence frêle à chavirer les moins honorables instincts protecteurs, on lui devine une facilité à mettre aux trop sûrs d’eux dans la réalité, les mêmes « râteaux » que dans la fiction.

Le vrai hip-hop, c’est aussi celui d’Ursa Major, les inséparables 2Spee Gonzales , Babali Show et Dino Killabizz, ou alors on a rien compris ! Plus fort que le légendaire Percee P écoulant ses cassettes à la sortie des salles du Bronx, ils faisaient encore leur auto-promo dans les rames de métro de la ligne 13 il n’y a pas si longtemps. Et sont prêts à y retourner…

 

A propos, on ne devait pas trop parler du scénario, et finalement qu’est-ce qu’on a fait d’autre ?

Explication toute bête : pour la première fois, on a vu un film français sur le rap qui respire le rap. Parce que tant ses interprètes que son auteur le vivent. Au quotidien, sans pathos, sans mégalomanie, avec les hauts et les bas que connaît toute passion.
A votre tour ! Et prenez donc le temps de faire connaissance avec toute l’équipe de « Brooklyn », ici.