Monk.e, retour gagnant : Jeu, set et match !

Médaille d’or olympique de crowd surf selon une estimation objective, Monk.e n’avait pu se risquer à ce périlleux exercice dans le contexte intimiste du concert donné à la bibliothèque Couronnes en mai 2014. Aucune difficulté à nous remémorer cette journée. Trop pluvieuse pour être honnête, trop peu partagée pour être pleinement gratifiante, mais illuminée par son charisme et sa bonne humeur.

Une après-midi de peinture, une heure et demie sur scène en soirée ! Et dans la track list, trois bons quarts de l’album « Initiatique » qui venait de paraître…

Un an plus tard, voici donc venir son successeur « Esclavage, Exode et Renaissance », cinquième solo d’une discographie à nulle autre pareille. Ne serait-ce que parce qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une folle activité, à rendre caduque la simple notion de nervous breakdown.

Etant donné que le maître d’œuvre a choisi la forme du triptyque dans la construction, pourquoi s’écarter du canevas ? C’est parti, accrochez-vous le chemin vers la lumière est magnifique mais escarpé!

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Esclavage

Le griot de Drummondville n’est pas de ceux qu’on musèle, et la critique sociale est constamment en filigrane. Mais il a l’humilité de s’inclure dans la dénonciation de nos errements collectifs.

Coca-colanisation : Rien que le titre pourrait donner des sueurs froides à Akhenaton (mais quelle tsé-tsé a donc piqué notre Akh?!). Sur fond sonore de street riot la voix doucereuse s’adresse ironiquement à l’autorité policière, donnant le ton de ce premier volet. Un riddim dancehall, une instru aigrelette signée du complice Kenlo Craqnuques et une rageuse concision, pour un démarrage en trombe…

Cashdown : Le clip qui nous a mis l’eau à la bouche et la puce à l’oreille (paf ! dans la gueule, conclusion coluchienne). Tout aussi dense et revigorant, mais cette fois c’est la rythmique trap de PSTV (Positive) qui a en charge de coller au propos acéré. L’adéquation n’est pas immédiatement évidente, mais dans le carquois de l’alchimiste québécois on fait toujours flèche de toute prod.

Ballin’ !!

 

Sages de sillons : La première des six contributions soniques de Sev Dee. Profusion est le mot qui vient tout de suite à l’esprit. Profusion verbale et instrumentale (et picturale, soit dit en passant : quelle pochette !), sans oublier celle du cœur. Fort de l’assurance exempte de tout moralisme où l’a mené son parcours personnel, le « b-boy érudit qui étudie sur l’asphalte » égrène sans complaisance ces travers qui nous aliènent encore et toujours, en dépit de la connaissance acquise…

Rêver d’être éveillé : Dans la continuité, philosophiquement parlant. La tonalité d’ensemble plutôt apaisée bénéficie de la diction au scalpel du rappeur anglophone UrbN LogiX, déjà de la partie sur « Destin & beyond » (2012). Quant au sample mélancolique de vibraphone choisi par Vincent Pryce , il constitue une trame parfaite pour un duo de mc’s combatifs aux flows si manifestement complémentaires.

Les poumons égarés : Texte et atmosphère d’une subtilité décapante, sur une énorme instru de Sev Dee, de facture quasi-« canoxienne ». Le titre fera d’ailleurs l’objet du prochain clip tourné au Kenya. Il entame ce que nous considérons comme le plat de résistance de l’opus, soit une suite magistrale de 27 minutes menant à la fin du deuxième chapitre intitulé Exode…

Ce qui rend plus trivial notre découpage façon entrée-plat-dessert (4-8-4 au lieu de 7-5-4), que ceci nous soit pardonné !

Yoseph : Relativement dépouillé côté beatmaking (Sev Dee encore), « Yoseph » nous rappelle la puissance incantatoire de « Chers Elohim » (Initiatique) dont il diffère pourtant largement. L’apparente tranquillité du morceau, que renforce le flow élastique de Iblast, est trompeuse. Monk.e est bien là dans son registre le plus offensif, qui ne relève pas plus du prêche que sa spiritualité ne témoigne d’un quelconque dogmatisme.

Heaven help dem : A elle seule, la présence de Kendrick Lamar ferait le buzz, si c’était là le but premier de notre globetrotter préféré. Mais à la notoriété de ses invités, il préfère l’appartenance à une même famille artistique. Ce qui est d’ailleurs le cas du troisième larron Jonathan Emile, membre du collectif Kalmunity à l’origine de cette collaboration fructueuse. Quant à la thématique, les exactions des pouvoirs de par le monde sauront toujours lui fournir la matière, hélas !

 

Exode

La représentation classique du sage le montre dans une posture statique et réflexive, sous le chêne ou le banian (entre autres stéréotypes botaniques). Pas dans celle d’un ludion extraverti parcourant la planète en long, en large et en travers. Et pourtant…

Ciclos : Croisé au cours de ses nombreux voyages au Mexique, l’ami Lengualerta avait forcément sa place réservée sur EER. En toute logique, l’album (compilation de titres inédits de la période 2008-2014) se teinte avec lui d’une nuance plus optimiste. Pour autant, ne pas se fier totalement à la très pimpante couleur latino reggae d’un morceau traduisant une certaine insatisfaction. « Partir et partir encore, partir pour revenir plus fort »…

Alchimiophonie : Si cela ne tenait qu’à nous, on élèverait à Toast Dawg une statue aussi haute que celle du Corcovado (visuel de son diptyque « Brazivilain », rappelons-le aux non initiés). Ce beatmaker sait tout faire, y compris concocter à l’intention de Monk.e le son le plus éthéré des seize fournis. Celui qui nous renvoie quelque part à l’ouest de la Voix Lactée, où nous avait transportés l’année dernière « Initiatique», aux bons soins de Smilé Smahh.

Intimité stellaire : Hein, qu’est-ce qu’on vous disait ! dans les familles Kalmunity, Amérythmes ou Nomadic Massive, je voudrais les Quatre Grâces… Mafé, Meryem Saci, Sola, Caro Dupont : si on n’a pas ici affaire à une constellation, alors c’est que Monk.e est le successeur du pape François. Ce dont nous doutons fortement. Il faut le savoir, il n’est point d’album de Monk.e sans une ode vibrante à l’éternel féminin…

Le Mozart de nos âmes : Parmi les trois Français présents, Artik le mc et Tayreeb à la prod ne déparent pas en terrain piu piu. On pourrait le croire un peu mouvant pour le débit syncopé de freestyler du champion du monde End Of the Weak 2006, mais il n’en est pas à un défi près. Au demeurant, ces deux-là se connaissent suffisamment pour être un parfait complément au plus beau fleuron canadien du challenge EOW.

Spectrum : A Sev Dee le soin de boucler instrumentalement le cycle Exode. Seul du noyau dur de K6A (adeptes assidus de la double casquette mc-dj) à se cantonner dans l’élaboration de beats en tous styles, il s’en acquitte avec son brio habituel. Sur ce morceau peut-être le plus achevé de tous, qui dégage une impression de sérénité peu commune, Monk.e se balade littéralement. Les nappes onctueuses du grand maître des soirées ArtBeat Montréal sont faites pour lui.

Renaissance

Monk.e est l’antithèse des trop fameux « singes de la sagesse ». Il est celui qui voit tout, entend tout, dit tout. Mais le sage n’a pas d’obédience. Autant pour ceux qui le voient comme une sorte de gourou.

Bilan : Pareil terme pourrait annoncer un testament artistique, mais il n’en est rien. Mis en musique par Jam, sur le mode très cool qu’on lui connaît (un peu soul, un peu boom bap), « Bilan » décrit en fait la maturation d’un homme vers l’âge véritablement adulte. Celui où, loin de considérer le savoir acquis tel un moyen de domination, il en use désormais comme de sa meilleure chance d’évolution personnelle. A signaler le carré d’as estampillé K6A, P.Dox et Smilé complétant cette donne royale.

Fou folie : Que le minot Kaytranada (membre éminent d’Alaiz) soit le support sonique supersonique de cette track, probablement la plus distanciée de EER, nous ravit. La vague, la vogue, la hype, le hip du hop, le hop du hip, tout ça c’est une chose, mais rien ne vaut le fer forgé sur l’enclume old school. Ceci n’est en rien une attaque, car contrairement à ce que l’on constate en notre proximité immédiate (Belleville reprends-toi !) la synergie se fait ici spontanément. A réécouter sans modération…

3 lil’ birds : Dans la foulée, tirons une bonne fois pour toutes notre galure à Sev Dee, dont on attend impatiemment l’association avec FiligraNn, grand ordonnateur des redoutables WordUp! Battles. Lui seul DEVAIT procurer au raton en chef le socle de cette association trilingue incluant Lengualerta et «el neo-reconquistador» Boogat, figure bien connue de la scène montréalaise. Comment ne pas adhérer à cette allègre philosophie, inspirée par le musicien le plus universel qui fût ?

Royaumes : La voilà donc in extremis, la prod de Gyver Hypman qui augure de l’album commun à venir, un peu retardé mais toujours d’actualité. Une bonne dose de tendresse et d’émotion en guise de conclusion à cet opus totalement réussi, généreux, plus accessible que les deux précédents, et d’une cohérence absolue en dépit de la volubile diversité qu’implique son concept.

Alors, pour le plaisir et par procuration : merci Maestro !?!

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Eman x Vlooper = xxl

Le 2 septembre prochain, 7ième Ciel Records sort « XXL « , premier album du tandem EmanVlooper. A moins qu’ils n’aient viré de cap à 180 degrés par rapport à leur EP 4 titres de 2012, dont ce bijou

on risque d’entendre à nouveau s’égosiller certains fanatiques de la pureté linguistique.

Pas l’intention d’entrer dans ce débat, tellement il tape à côté de la plaque. Le rap québ pourrait avoir choisi de s’exprimer en pidgin frandenspangitalisch (d’accord, ça n’existe pas… c’est de la licence prosaïque), il n’en serait pas moins talentueux.

Le terreau Alaclair

Et ces deux-là n’ont pas été trop mal servis à la loterie génétique, en termes de talent. De plus, ils sont très représentatifs de la façon dont celui-ci peut s’épanouir là-bas (ici aussi, mais à un degré nettement moindre, on y reviendra).

Au départ, un gros collectif soudé, puis la maturation individuelle, générant quelques embranchements sur la base des fameux atomes crochus.

Or, les composants de l’atome bas-canadien sont l’électron, le neutron, le proton et le postrigodon. Ce dernier a donc, entre autres engendré le duo Eman-Vlooper, au sein de l’archétypal Alaclair Ensemble, lui-même en partie né de la cuisse de l’entité pluridisciplinaire K6A. Et dont le manifeste ci-joint ne manquera pas d’édifier le lecteur légèrement déconcerté par l’inexactitude scientifique de cet exposé (encore un puriste, probablement !).

Bref, « XXL » va faire mal –et pas uniquement aux précieux tympans si faciles à écorcher que c’en est un plaisir… comment peut-on le savoir sans l’avoir entendu ? ha ha ha, quelle mauvaise foi dans cette question… heu non, finalement elle est moins bête qu’elle n’en a l’air !

D’abord, on a vu et écouté ceci :

 

Ensuite, regardez bien l’intitulé de la vidéo (vous Québécois vous dites le vidéo, permettez-nous de nous esbaudir).

Vous ne lisez pas : Eman + Vlooper, mais Eman x Vlooper. Un peu comme « Initiatique » c’est Monk.e x Smilé Smahh, ou « Snapkit » Osti One x R.U. Nul besoin d’être un génie des mathématiques pour en déduire que nous aurons là affaire à une nouvelle multiplication des pains et des parpaings, n’est-ce pas ?

Psyché poetry

Mais trêve de billevesées, sinon de coquecigrues (on a bon, là ?).

Pas forcément le plus connu des deux lascars qui nous intéressent aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, Vlooper a.k.a. NRV Loopa pourrait bien avoir startuppé (oooooouuuuh ! carton jaune m’sieur l’arbitre) l’appellation Piu-Piu dont nous vous entretenions quelques poils plus bas.

Ce n’est en rien son « bâton de maréchal ». A 28 ans, ce discret beatmaker a tout l’avenir devant lui, non pas simplement au Canada, mais bel et bien outre-Atlantique. Quelques sons ? Volontiers, merci d’avoir susurré la proposition… Dont acte.

Eman, dans cette équation à deux presque inconnus chez nous, est assez délirant dans son genre. L’un des reproches souvent faits au hip-hop québécois, y compris par ses propres acteurs, c’est son versant comique, d’une veine parodique plus ou moins consciemment dépréciatrice.

Avec Eman, caustique bretteur à fleuret pas si moucheté qu’il n’y paraît au francophone laborieux, on est sur le terrain de la poésie sans bornes, celle qui crée son propre psychédélisme.

En ajoutant aux déjà cités « Radiothérapie », l’album de Dramatik (co-fondateur de Muzion en 1996, svp !), on tient pour le moment quatre jalons de l’année hip hop au Canada. Ils sont aussi différents l’un de l’autre sur le fond que dans la forme, parfois abrupts, souvent visionnaires, et toujours inventifs.

Il n’est pas trop tard pour s’en inspirer. C’est en s’autorisant toutes les privautés avec la norme que le rap vivra encore longtemps.

Il n’est pas trop tard non plus pour réserver votre soirée

Osti One, haute résolution

Avant d’aborder le propos du jour, deux phrases d’egotrip.
Il semblerait que ce blog soit bien suivi… au Canada. Nous en sommes très fiers, mais notre objectif premier reste d’intéresser ici à ce qui se passe là-bas.
Et là, apparemment c’est pas gagné !
Alors bien sûr, on pourrait tagger ces modestes articles avec des mots comme Fouine ou B2o. Après tout, zoologie et chimie sont aussi des sujets porteurs.
Ce serait tricher, et tricher c’est très vilain. Presque autant qu’aller faire le pingouin dans les « garderies » mondaines d’un showbiz schizophrène et côtedazuresque (Seigneur, pourquoi tant de Z !?).

N’hésitez pas à (ré)écouter le dernier son illustrant notre sincère hommage à Sans Pression, Souverain Pontife de choc. Il souligne, à sa percutante manière, l’autisme volontaire où persistent à se cantonner certaines figures de proue de notre rap hexagonal.

Il ne faudrait pas que cette attitude rigoureusement indéfendable déteigne sur leur public. A fortiori quand elle confine au mépris. Que les petits bonshommes ne l’oublient pas : 2Bal, Akh ou La Cliqua ont collaboré avec les rappeurs québécois parce qu’ils les trouvaient talentueux. Et inversement, sans paternalisme à la noix.

Bon, terminé pour l’autosatisfaction et le donneurdeleçonisme (ben quoi ?), redevenons po-si-tifs.

Quand même, vous ne trouvez pas qu’on a fait beaucoup d’infidélités à K6A, ces derniers temps ? Faudrait peut-être pas oublier qu’on leur doit notre engouement retrouvé envers Montréal ! Pour ceux qui ont raté le début, rien ne vous empêche de descendre par l’ascenseur, à droite en sortant…

Atout slang

Du noyau originel de K6A, il a beaucoup été question de Monk.E, en une logique imparable résumée par le bandeau introductif resté inchangé, tout là-haut. Il est un autre membre, un chouïa moins prolifique, qu’on se gardera d’oublier dans le cours de notre sinueuse flânerie. Et cette vadrouille-là, pourquoi ne pas la commencer en caméra subjective :

 

Savoureux, non ? Presqu’odorant, de fait. Ce clip réalisé pour le tout récent EP « Snapkit » (et non Snakepit, chers herpétologues) a le triple avantage de présenter Osti One, cordes vocales passées à la toile émeri du slang québ ; plus Entek « le PM humain », qui ralentit légèrement son débit pour l’occasion ; et griotte sur le clafoutis, deux ex-Atach Tatuq aujourd’hui Ducs du Hasard (ok ok, quadruple avantage, pas la peine de la ramener les matheux !)

On pourrait partir sur cette dernière piste, et avoir pas mal de grain à moudre. Ce sera plus tard, pour le moment on a dit Osti One. Lorsque ça le prend, il est également capable de commettre des délits dans ce genre :

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Certes, il y est entraîné souvent par le larron nommé Monk.E, mais l’excuse est faible. Au début de ce siècle déjà, ils formaient avec Saer et Serak un quatuor de chenapans qui barbouillaient partout dans la crèche et même au dehors. Quand on pense qu’ils se sont adjoint ensuite les services de 18 autres raccoons, ça fait franchement frémir !

Tenez, un autre témoignage de leur complicité indissoluble se trouve . Association de bienfaiteurs : ça peut aller chercher dans les… voyons… 2’53 », sur ce splendide « Initiatique » dont l’empreinte n’est pas près de s’effacer.

Nous espérons fortement que le bienheureux horticulteur et viticulteur Smilé Smahh nous réserve encore quelques millésimes soniques de cet acabit. Faute de quoi SevDee, KenLo, Vnce, Vlooper, ou pire encore un membre d’Alaiz  tapi dans l’ombre, viendra lui arracher sauvagement sa couronne 2014… veuillez nous pardonner, pendant un instant on s’est cru dans un épisode de notre hilarant jeu national Kivanikéki.

Quant à « Full HD », le solo d’Osti One dont on peut vanter une identique originalité en 2013, laissons-le en parler lui-même à Elementality peu après sa sortie. Et y expliquer en particulier le concept technologique du titre, appliqué à sa philosophie de vie. Un somptueux festin idiomatique, à frapper d’apoplexie la « bien-parlance » médiatique locale…

Oui vraiment, encore un sacré beau fleuron de la garderie !?!

 

« Hikuri », le clip : incandescent !

Agréablement hypnotique, obsédant jusqu’à la transe, à l’instar du rituel éponyme -à ne pas forcément conseiller à tous les esprits curieux- dansant à l’extrême et profondément humaniste, « Hikuri » fait depuis peu l’objet du troisième clip d’un album marquant de 2014.

 

La bibliothèque Couronnes dispose d’une version de ce titre filmée le 24 mai. Elle est de nature à envoyer dans les cordes quelques ergoteurs plus soucieux de technique d’enregistrement que de la puissance du morceau.

La présentation empreinte de chaleur et d’humour, et cette aisance dans l’impro que l’on connaît bien désormais, y donnaient lieu à une véritable re-création du thème pour la circonstance. Si l’épithète monkien n’était pas déjà accolé à un géant, on en userait et abuserait à satiété.

Hélas… car il y a un hélas, qu’on ose à peine confesser… le cadeau, ce soir-là, de Monk.E à son trop maigre (mais affûté) public pâtit d’un indéniable défaut visuel. A savoir, la présence intempestive dans le champ (de peyotl) de deux dos emportés par la vibe, au point d’occulter longuement la scène… :

 

Bon, faute avouée… bla, bla, bla, etc.

Quoi qu’il en soit, une heure et demie de concert de cette qualité permet la mise en ligne prochaine d’une vidéo dûment expurgée. Comportant, à défaut de l’image « incriminée », l’un des plus beaux sons d’Initiatique, dont le cinéaste Benjamin Ramaugé a saisi toute l’essence. Jusqu’au sympathique dernier plan du clip…

Hikuri, de Monk.E et Smilé Smahh, Montréal : une subtile fragrance cactacée, inoubliable !

Merci Monk.E ! Merci Montréal !

Cher Dawiyd,

Cette fois pas de blabla… Quelle belle famille tu as !!

Amitié indéfectible,

                                                 Equipe Couronnes

 

P.S.  On pourrait composer la bande-son qui suit de 100 manières différentes. Ce sera celle de notre été, et de qui voudra partager les cadeaux du plus généreux artiste jamais rencontré… Tous les albums dont sont extraits ces titres, de la même veine combattante, sont (ou seront prochainement) disponibles à la bibliothèque Couronnes.

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« Flotter » – Beyond Monk.E (stoïque sous le déluge à la bibliothèque Couronnes, 24-5-2014)

 

BerekYah – Les loops

Smockey, Didier Awadi, Emrical, BerekYah, Dramatik – A chaque peuple un combat

Jkill et Imposs – Fèmen dan yo 

Mafé – Who am I 

Obia et Cotola – Le théorème 

Chele, KenLo, RCU – CUBA es 

Waahli et Taliwah – Black fades to black 

Monk.E, Sola, Waahli, Lou Piensa, Rawgged MC – Ici / Là-bas 

Meryem Saci – Concrete jungle (live) 

FiligraNn et SevDee – Ventre du dragon 

Sola et Baby K – Guerrera  

D-Track – L’insoutenable légèreté des abris-tempos 

Nomadic Massive – Nah murderah 

Nomadic Massive – Any sound 

Jam & P.Dox, avec Smilé – 2 yeux brouillés 

Sarah MK et Gabriel Teodros – Black love 

Alaclair Ensemble – Les brizasseurs de fizzoules 

Neto Yuth – Soldats 

Osti One (prod. Smilé) – B.S. 

Jowee Omicil – Panama 

Monk.E et Chele – Hymne aux struggles 

 

P.P.S. Ce blog va prendre quelques semaines de vacances, mais ne vous réjouissez pas trop vite… dès juillet, il reprendra ses activités 42133_97465157_cool_H162605_L

Monk.E à Couronnes : J-15…

… et lancement de sa fusée « Initiatique » : J+15.
Pas un jour qui se soit écoulé sans un retour sur ce joyau stratosphérique, depuis le 24 avril !

Non par nécessité professionnelle, simplement pour le plaisir et l’émotion bruts. Deux semaines, et déjà toutes les allures du must. On ne dira pas classique, tellement il trace sa lumineuse arabesque hors du champ traditionnel du hip-hop.

Néanmoins c’est bien de hip-hop qu’il s’agit. Certes plus tout à fait sous la forme ci-dessous, socle ô combien imputrescible pour la communauté originelle,

 

mais largement de nature à effacer les moues circonspectes sur les visages de b-boys désormais quadragénaires.

Une critique de Darcy McDonald (pistez ses articles si vous maîtrisez l’anglais) parue dans Cult MTL a fort bien saisi l’aspect innovant, sinon révolutionnaire, de l’épopée « Initiatique ». Poser son rap sur les sons ambient space concoctés par le maître queux Smilé Smahh pouvait apparaître comme une gageure. C’était sans compter avec le verbe luxuriant et le flow olympien de Monk.E, qui repousse encore les limites de la jeune école Piu-Piu, plutôt instrumentale à l’heure actuelle.
Tous ses pairs au Québec ont salué à tour de rôle la performance. Il faut réellement avoir son charisme pour toucher (outre les étoiles) les cœurs d’une flamme aussi vive que celle qui brûle sur « Chers Elohim » ou « Hikuri » -on ne cite là que deux des pures merveilles émaillant un album au timing parfait.

Shroomcaps et shroombap à l’honneur

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Lino et Calbo, toujours sur la brèche, et Monk.E en guest : pur P.O.I.S.O.N. !!

Le décor est planté. La « scène du crime » suivant aussi, voyez ci-contre.

Rien à voir avec de la promo toute bête. Monk.E sera là parce qu’il l’a souhaité aussi ardemment que nous, qui avons découvert sa peinture et son rap par une espèce de coup de dés du destin.
Son périple européen se poursuivra en Suisse, avec notamment la première partie d’Ärsenik à Montreux le 31 mai, dans le cadre d’End of the Weak 2014.
Décalage d’une semaine qui nous évoque irrésistiblement Djeli Moussa Condé et ses musiciens, « chez nous » en novembre dernier, huit jours avant leur mémorable concert au New Morning. L’enfant de Conakry et Belleville, son chant si puissant et humble à la fois, faisant naître dans le public conquis une affection spontanée, aux ressorts plus profonds que le seul talent artistique.

Monk.E est de cette lignée. Celle des griots, au sens de grands communicateurs. Nul doute que l’essence africaine du mot lui convienne.
Et Drummondville rime avec Belleville, qui d’ailleurs ne lui est pas inconnu. Les rideaux de la bibliothèque Couronnes graffés par ses soins, dix mois après sa fresque très remarquée sur le spot Dénoyez, en collaboration avec Kouka Ntadi l’indomptable « semeur » de guerriers bantous : voilà une idée qui nous enchante.

Vous les verriez plutôt dans quel style?

Celui-ci?

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Monk.E & K6A, Montréal

Celui-là?

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« Piupiu style » (Monk.E & Fluke Art, Longueuil)

Ou bien quelque chose dans ce genre?

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Yah’s oracle (2010)

Shroomcaps dans la journée (« tu t’mouches en couleurs si t’as pas mis d’masque »), shroombap en soirée avec son DJ pour la circonstance Gyver Hypman, partenaire tellement sur la bonne longueur d’ondes qu’un disque commun est prévu pour la fin de l’année.

 

Good trip en perspective, assurément…

L’histoire ne s’arrêtera pas là. Ce blog non plus. Monk.E, notre cher « Immuable en mouvement », encore moins !

 

« Initiatique », album céleste

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Jeudi dernier, Monk.E a sorti son quatrième LP. Cette fois on ne le chroniquera pas avec huit ans de décalage !
Remarquez, l’avantage d’avoir quelques wagons de retard, c’est de pouvoir remonter tout le train en se goinfrant sans vergogne de son contenu.
Avec le risque de l’indigestion, certes. Mais « Initiatique » porte en lui pas mal de vertus curatives, en cas de nécessité.
Elles nous détacheraient presque de toutes les contingences de la gravité terrestre. Attention toutefois aux dangers de l’apesanteur, qui accélère le vieillissement, en toute logique scientifique. Même à l’approche de l’été balnéaire. Pardon, on digresse…

Novateur et inspiré

Producteur de l’intégralité des morceaux de l’album, Smilé Smahh est dans la continuité du travail de KenLo sur le précédent. Le virage que l’avènement de la piu piu music avait imprimé à « Destin et beyond » est ici plus que largement confirmé. Quoi de plus normal, ces deux éminents raccoons faisant de toute évidence partie des locomotives du mouvement…
Extraits en pré-écoute que nous avons usés jusqu’à la trame numérique, « Le seul chemin », objet d’un clip en deux versions successives dont celle-ci,

et l’épuré « Oasis » annonçaient la couleur plutôt fresh. D’ailleurs, quel autre mot que couleur pour traduire le style de Monk.E ?
Sa musique regorge d’images, littéralement. Et si vous n’arrivez pas à bien les visualiser, le graffeur émérite se charge de vous enseigner quelques rudiments techniques. Ainsi sur le didactique « Shroomcaps saturés », où le néophyte fait bombance au seul énoncé de nuances chromatiques dont il soupçonnait à peine l’existence.
Dans l’intervalle, « Chers Elohim » tout empreint de spiritualité et d’œcuménisme, et « Parano » dont le thème à l’opposé de ces valeurs cosmogoniques exige plus de lourdeur sur le beat, constituent la belle ossature d’un opus à classer d’ores et déjà dans les réussites de l’année.

Monk.E assurément est un mystique. Mais de ceux qui vous gagnent à leur cause sans grand effort prosélytique. Juste par le recours à la beauté sans artifice. Celle qui transparaît au coeur de l’intimiste « Pour que tu m’appartiennes » conclusif, par exemple (avec la superbe contribution d’Alan Prater). Et lorsque le verbe se fait contempteur de certains modes de vie qui nous concernent tous, une pirouette sémantique vient alléger judicieusement le propos.
Il n’y a pas tellement de rappeurs capables d’aligner autant de barres dans un couplet. Adeptes prudents du fameux standard seize-mesures, beaucoup craignent la chute de tension, de densité textuelle plus exactement, en faisant plus long. Sans le moindre prêche en filigrane, malgré ses apparences de grand gourou, Monk.E a toujours évité l’écueil avec brio… c’est peut-être là que tient la fameuse « Différence bas-canadienne » (entre berner et séduire).

Intro inspirée, poème de haute volée en lieu et place du skit médian habituel, des invités triés sur le volet (mention à Frase, sa gratte dépouillée et son chant limpide)… il fallait un titre faible pour légitimer le statut de pépite en devenir.
Sûrement pas le plus agressif « Mercantilismes » avec Osti One, combinaison à trois en forme de brelan d’as montréalais du moment. Ni « Hikuri », l’un des sons les plus foisonnants de l’album. Alors, peut-être « Parle à ton people », qui contraint d’emblée à se précipiter sur le Wiktionnaire pour vérifier le sens, pas encore assimilé par l’auteur de ces lignes (honte à lui !), de procrastinateur.
Mais on chipote, là. Et si Monk.E avait réalisé tout simplement le sans-faute, en 40 minutes de jeu au zénith et 12 passes décisives !?!

Voilà déjà longtemps qu’il est un MC hors pair. Comme ses comparses de K6A, collectif capable à son meilleur d’évoquer les Californiens de Freestyle Fellowship ou encore Souls of Mischief.
En investissant tout l’espace sonore que lui ménagent les nouveaux territoires Piu-Piu, le poète et arpenteur obstiné qu’est le natif de Drummondville vient d’atteindre la Voie Lactée.

Qui l’aime le suive ! Nous, on y va de ce pas…