Le rap, ce sera toujours mieux (indé)pendant !

Ce blog a bientôt un an. L’âge où toute la famille est convoquée au chevet du bambin pour s’extasier sur ses progrès stupéfiants. Vous êtes priés de remplir de ah! et de oh! la ligne suivante.

(   )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )    (    )

Merci, fermez le ban. Et maintenant

 

On ne s’en lasse pas, de ce comique de répétition… D’ailleurs, ce n’était pas très enthousiaste. Bien l’impression qu’il manque du monde.

En matière d’infidélité, on a vu pire ces derniers temps. Tant de causes démarrant en feu de paille pour se terminer en eau de boudin, ça finit par faire une mélasse dont il est difficile de se dépêtrer !

Bien. Où en étions-nous ? Ah oui, la famille. Familles, je ne vous hais point, mais à une condition : ne laissez plus personne vous qualifier de tribus ou de clans. Pure stratégie de lobbies médiatiques, pas nécessairement publicitaires au demeurant, divisant sciemment pour mieux vendre leur soupe.

Ce qui, de près ou de loin, et aujourd’hui pas plus qu’hier, ne peut convenir au rap (écoutez Papi, les enfants). Musicalement œcuménique, intrinsèquement démocratique, il reste la voix du peuple. S’il était replié sur lui-même, nombre de ses représentants se seraient reconvertis depuis un bail, tant il est plus facile d’y gagner des pépins que des pépètes.

De fait, il y a des pépites à en extraire chaque fois que son expression est libre et combative… on va commencer par celle-ci, qui illustre à merveille notre propos :

 

C’est tout ce qui nous intéresse, plutôt que de verser dans une de ces querelles anciens-modernes qui ne feront jamais que la joie des académiciens, en herbe ou de tout poil. Le hip hop reprenant à son compte les conventions dont est censée le démarquer toute l’essence du mouvement, voilà qui serait aussi suicidaire que désopilant (oui, on aime bien se marrer avec le canon sur la tempe, chacun sa came).

Aussi le slogan « c’était mieux avant » apparaît-il comme un simple libelle, un gimmick futé destiné à être réfuté. Il l’a d’ailleurs été, avec le grand mérite d’aiguillonner par la même occasion la verve littéraire de quelques-uns, dont les deux ci-dessus. Certainement pas un hasard !

 

L’album à venir de Kaot’F , si souvent reporté, jamais abandonné, s’intitule « L’écoute et l’entente »… est-il utile de développer le concept ?

Une vraie famille n’est jamais fermée, sa plus noble fonction est d’accueillir. Et non pas d’intégrer, nuance ! D’intégrer à ingérer il n’y a qu’un t pas très dansant.

Dans la vidéo qui précède sont personnifiées les composantes essentielles de ce qu’on continuera à nommer le vrai rap. Celui qui se fout éperdument du buzz, du compteur de vues (truqué par définition) et de la direction verticale des pouces pavloviens. Celui qui réunit de leur propre chef une douzaine d’artistes de notoriété variable selon leurs affinités, et non sur un coup de marketing. Celui où l’on retrouve régulièrement des baroudeurs du freestyle en rupture (provisoire, parce que l’exercice est addictif) de Rap Contenders ou End Of the Weak. Une référence, un label de qualité aussi motivant côté fosse que côté scène…

Celui aussi dans lequel le premier à balancer ici ses huit mesures, l’archétype du rappeur aussi indépendant qu’entreprenant, voit une armée potentielle en marche.

Mettez une douzaine de Nasme, de Sëar et de Flynt dans le rap français, et il se gagne à la fois un avenir, l’émergence de talents cachés et la mise en retrait, sinon en sommeil définitif, des petits manitous ignares qui nous bombardent de leur daube en conserve avariée. A 7:18 si vraiment vous n’avez pas le temps de voir ce docu en entier, il y a de quoi espérer en des lendemains qui chantent moins faux.

 

Pas d’hypocrisie. Perchée plus ou moins discrètement sur nos baromètres, la grenouille YouTube continue de coasser ses prédictions lénifiantes. Grâce à nous qui lui donnons les moyens d’atteindre la taille du bœuf…

Stoppons cette enflure, cessons d’être des bœufs !

 

Publicités

Happy new EOW 2015 !!

Z’avez vu? Le bandeau, là-haut?

Cette fois c’est conclu, notez bien la date. Ce qui nous ravit, outre la joie d’accueillir la si pertinemment surnommée « Couteau Suisse », c’est de maintenir à notre manière un état d’esprit. Une sorte d’emprunt du souffle EOW, si vous voulez… Mais non, pas hhheeoowww ! ça c’est la bise de nord-est, et elle n’est pas très chaleureuse en ce moment.

On reprend : E-O-Dub ! E-O-Dub !!… voilà qui est mieux.

L’année 2014 était celle des 10 ans d’End Of the Weak France.

IMG_0403

coucou mes p’tits lapins! (comme dirait Cheeko, champion de France 2014)

On ne saurait décemment la boucler (quelqu’un a dit si, là ?) sans revenir sur cet anniversaire. D’autant que dix jours avant son terme, la fête parisienne du Petit Bain a été tout simplement somptueuse ! Les présents ce soir-là en attendent impatiemment des images professionnellement léchées.

Voyez déjà ci-dessous à quoi peut ressembler la prestation haut de gamme d’un « All Star » constellé de diamants. Soit bruts, comme Kt Gorique alors détentrice de la couronne mondiale à 22 ans ; soit déjà sertis à sa naissance     -ou peu s’en faut- dans le pavé de Boulogne-Billancourt, tels Kohndo et Dany Dan (respectivement de La Cliqua et des Sages Po’, ad vitam aeternam)…

 

 

Un peu d’histoire (-géo)

Bien, préservons-nous de tout parisianisme à la graisse de hérisson. La compétition a intelligemment essaimé, et depuis longtemps. Les challenges régionaux ont eux aussi quelques soirées mémorables à offrir à qui voudrait se plonger dans le Grand Bain de la communauté EOW… une Internationale du freestyle dont il n’existe pas d’équivalent.

USA, Royaume-Uni, France, Suisse, Allemagne : tous ces pays à forte implantation « rapologique » ont déjà vu leur représentant proclamé champion du monde End Of the Weak.

A commencer (soyons chauvins) par Artik à Saragosse en 2006, pour la première édition sous sa forme actuelle. Imité l’année dernière à Londres par RES, désormais Res Turner et (nous semble-t-il) presque jalousé.

 

Nooooon… ?! Si. Parce que tant que le freestyler vit sa passion dans sa piaule, ou la rue, puis dans des salles animées par un même esprit de partage, tout va bien. Les mâchoires commencent à se crisper s’il prétend venir bousculer la hiérarchie du rap biz (désolé, le rap game c’est autre chose).

Bon, une fois encore on s’éloigne du sujet.

 

Cessons donc cette déambulation hipopotamesque sur des plates-bandes entretenues par des jardiniers mieux avisés, ou plus consensuels.

Allez, on se mouille encore, pour le plaisir de la baignade… Du fait de tout son apport à la culture hip-hop, le Canada mérite d’avoir son EOW World Champion. Québécois et trilingue, ce serait en quelque sorte le bigarreau sur le cake. Et un background d’artiste pluridisciplinaire ne déparerait certes pas l’ensemble. Vous voyez à qui on fait allusion ?

Mais à Kampala le 25 octobre, le rappeur sud-africain Slege Lee a remporté le titre.

 

Magnifique symbole pour tout un continent : à l’instar de tous les autres emcee’s en lice, Monk.e l’a vécu et salué comme tel. Mentalité qui nous change sacrément des rituels moisis d’une arène dont les « combattants » bodysculptés ne se voient jamais à moins de cinq kilomètres… Ou gladiaviotent par séides décérébrés interposés !

The end of the wack

L’affrontement est une composante naturelle du hip-hop. Certaines figures de proue l’ont dénaturé, et cela fait mal au cœur (restons polis) des aficionados de longue date. Pas grave… reste les battles, et leurs bretteurs de la rime qui boxe. Même si le contexte est un peu différent, on les retrouve fréquemment dès les tours qualificatifs d’End Of the Weak. Où leur panoplie de kickeur affamé doit intégrer quelques qualités techniques indispensables pour ne pas se vautrer…

Ici à l’oeuvre en 2006 le « tireur » le plus rapide de tout l’Ouest : le Nantais Philémon, aîné respecté, l’un des plus doués de sa génération, pas encore cité dans le cours de cet article. Sa réactivité face au non moins talentueux Artik avait de quoi renvoyer sangloter dans leurs couches les Billy the Kid du moment. Lesquels ont bien grandi, mais Philémon continue de se balader…

 

Visuels et auditifs, les exemples ne manquent pas sur le net, servez-vous copieusement (Rap Contenders, WordUp! Battles notamment).

EOW est une confrérie universelle, dont les traces ne tarderont pas à être relevées outer space par la descendance du robot Philae (pas du tout, vous vous trompez ! il n’y a pas de moquette à la bibliothèque Couronnes)…  Son activisme est d’autant plus méritoire que dépourvu de toute visée lucrative. Ses coordinateurs(trices) sont de véritables hommes et femmes-orchestre peu soucieux(euses) de leur propre buzz, et que pourtant leur passion fait identifier très vite par les fans. Qu’il s’agisse de dee-jaying, de prosélytisme télévisuel et radiophonique, d’organisation des évènements, ou de fonctions manageriales au sens le plus noble du terme…

La famille en l’occurrence, ce n’est pas qu’une figure de style, c’est une réalité qui survivra à l’inéluctable déboulonnage des wack mc’s. En d’autres temps, ceux-là se seraient fait éjecter fissa de la scène. Un sort que ne méritera jamais le plus bafouillant des kids qui contribuent à bâtir l’aventure End Of the Weak, des fondations à la cime…